Camps de concentration en Corée du Sud : l’exigence de vérité et de réparation pour les victimes

C’est l’une des pages les plus sombres de l’histoire de la dictature sud-coréenne : les camps de concentration où étaient enfermés, maltraités, exploités et tués tous les « indésirables » que la République de Corée (Corée du Sud) voulait faire disparaître des yeux du public, à l’approche notamment des Jeux olympique de Séoul en 1988. 

C’est le résultat d’une enquête minutieuse menée par l’agence Associated Press, dont ont rendu compte plusieurs médias francophones (notamment Le Monde et Le Temps, Sputnik News) : en 1975, le général-président Park Chung-hee (père de l’actuelle présidente sud-coréenne Mme Park Geun-hye) avait décidé de nettoyer les rues de Séoul et des grandes villes des vagabonds et sans-abris, et cette politique devait s’accélérer à l’approche des Jeux olympiques de Séoul en 1988 : en 1986, 16 000 personnes étaient ainsi détenues dans 36 camps de concentration en Corée du Sud. Parmi elles, des enfants perdus ou tout simplement non surveillés par un adulte, des ivrognes, des handicapés, des vendeurs ambulants… Les policiers touchaient une prime suivant le nombre de sans-abris qu’ils arrêtaient et envoyaient dans ces centres de détention aux conditions de vie inhumaines.

Le plus grand des camps – comptant plus de 4 000 prisonniers travaillant dans 20 usines – était Brothers Home (la Maison des Frères), à Busan. Le directeur de l’institution, Park In-keun, a été récompensé de deux médailles par les autorités sud-coréennes pour son travail dans le domaine social et a inspiré un téléfilm diffusé en Corée du Sud en 1985.

Comme l’a indiqué Sputnik News,

Les conditions de détention étaient inhumaines: les prisonniers étaient battus tous les jours, certains mourraient immédiatement, d’autres sont morts plus tard en raison de graves blessures, les enfants étaient constamment violés, les gens étaient malades, ils recevaient des traitements de l’hôpital seulement alors qu’ils étaient presque morts.

Les statistiques officielles montrent que pour la période 1975-1986, 513 personnes ont été tuées dans la Maison des Frères, en réalité, le nombre de morts est plus élevé. Ils étaient enterrés au hasard partout. Après que ce camp de concentration a été fermé en 1988, des ouvriers du bâtiment ont trouvé plusieurs centaines de restes humains dans les locaux. Les anciens prisonniers se souviennent que les travailleurs du camp trainaient les corps dans la forêt voisine.

Philippe Pons, pour Le Monde et Le Temps, cite les cas de torture et viols d’anciennes victimes à la Maison des Frères interrogées par AP :

Selon les certificats de décès délivrés par le médecin de l’établissement de Busan, les morts étaient dues à une «crise cardiaque» ou à un «excès de fatigue».

Les victimes interrogées par Associated Press font état de «torture et viols répétés». Selon un ancien détenu cité, Lee Chae-sik, ces sévices étaient pratiqués dans une pièce spéciale baptisée «chambre de correction». Choi Seung-won, 14 ans à l’époque, raconte avoir été torturé pour avoir volé un pain, incarcéré et violé par des gardes.

Après une visite du Procureur en 1987 Kim Yong-wang, une enquête a été ouverte et le camp de Busan fermé en 1988. Mais Park In-keun s’en est bien sorti, n’étant condamné en 1989 qu’à deux ans et demi de prison pour détournement de fonds et diverses infractions – les atrocités commises dans son établissement n’étant pas mentionnées.

Après une visite du Procureur en 1987 Kim Yong-won, une enquête a été ouverte et le camp de Busan fermé en 1988. Mais Park In-keun s’en est bien sorti, n’étant condamné en 1989 qu’à deux ans et demi de prison pour détournement de fonds et diverses infractions – les atrocités commises dans son établissement n’étant pas mentionnées.

Depuis, M. Kim Yong-won et les victimes des camps ne cessent, inlassablement, de demander la conduite d’une enquête impartiale, mais les autorités sud-coréennes multiplient les manoeuvres dilatoires. Si bien que, à ce jour, « aucun des employés de la Maison des Frères n’a été puni pour les violences commises, seulement deux gardes ont été condamnés à 18 et huit mois de prison » (Sputnik News).

Philippe Pons observe que les complicités pour empêcher les progrès de l’enquête s’expliquent par une volonté au plus haut niveau de l’Etat, notamment du Procureur en chef de Busan Park Hee-rae qui est un conseiller du Parti Saenuri de la Présidente Park Geun-hye :

Se fondant sur des témoignages de responsables de l’établissement et de victimes qui jusqu’à présent avaient gardé le silence, AP conclut que «les sévices subis par les détenus étaient pires et plus systématiques qu’on le pensait». La dissimulation des faits fut orchestrée au plus haut niveau du pouvoir: deux enquêtes furent bloquées par le procureur en chef de Busan, Park Hee-tae, par la suite ministre de la justice et qui est «actuellement un conseiller du parti au pouvoir», écrit AP. M. Park a refusé de répondre aux questions des journalistes de l’agence.

Les victimes demandent aujourd’hui que la lumière soit faite, mais le ministère de l’intérieur fait valoir qu’il y a prescription. La victoire de l’opposition, à la suite des élections du 13 avril, pourrait contraindre l’Etat à ouvrir finalement une enquête sur une des affaires les plus douloureuses de l’époque.

Le Comité international pour les libertés démocratiques en Corée du Sud (CILD) exige que l’enquête soit conduite à son terme, que soient jugés les responsables des atrocités commises dans les camps de concentration sud-coréens – jusqu’au plus haut niveau de l’Etat sud-coréen, qui devra présenter des excuses – et qu’une juste réparation soit apportée aux victimes.

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