Archives mensuelles : janvier 2018

L’université chrétienne Handong sous le feu des critiques pour avoir sanctionné des étudiants et des professeurs à la suite de l’organisation d’un séminaire

Comme l’a indiqué le Korea Herald, le 8 décembre 2017, le club « Fleur sauvage » (créé pour promouvoir les droits des minorités sociales) de l’université protestante Handong organisait un séminaire consacré à l’égalité femmes-hommes et à la prostitution, en présence de Lim Ok-hee, professeure de littérature anglaise et présidente du Centre pour les études culturelles sur les femmes, ainsi que de deux militantes féministes, les soeurs Hong Seung-eun et Seong-hee. Peu après, cinq étudiants organisateurs de la rencontre (ou ayant diffusé l’annonce sur les réseaux sociaux) ont dû s’expliquer devant un comité d’orientation, tandis que deux enseignants ont fait l’objet, pour l’un d’eux (Na Youn-sook), d’une surveillance, et pour l’autre, d’un non-renouvellement de son contrat (Kim Dae-ok).

seminaire_egalite-des-sexes_universite-chretienne_coree                                                     L’affiche du séminaire

Officiellement, les décisions prises qui apparaissent comme des sanctions ont été liées à l’organisation du séminaire dans une période trop rapprochée des examens. Sauf que le comportement des autorités universitaires indique bien une forme plus pernicieuse de censure à l’encontre d’idées jugées déviantes : cinq heures avant la conférence il a été demandé – en vain – à ses organisateurs d’annuler la réunion. Puis le doyen en charge des affaires étudiantes a organisé une manifestation de protestation avec 20 étudiants qui ont fait leur les slogans suivants : Rejetons le féminisme qui encourage les comportements de promiscuité sexuelle et : Nous nous opposons au féminisme qui détruit l’ordre familial établi par Dieu.

Cette affaire révèle la nécessité de lutter contre les tentatives de certains groupes protestants d’imposer en Corée du Sud l’équivalent chrétien de la charia, en contradiction avec les lois nationales. Le combat contre l’intolérance religieuse et pour la laïcité doit plus que jamais être mené en République de Corée.

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Jean Salem nous a quittés

Président du Comité d’initiative pour les libertés démocratiques en Corée du Sud, devenu le Comité international pour les libertés démocratiques en Corée du Sud (CILD), depuis sa fondation en 2015, le philosophe Jean Salem, professeur à l’Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne, nous a quittés le 14 janvier 2018 à l’âge de 65 ans, des suites d’une longue maladie. Le CILD rend hommage à un homme de combats, modeste et ouvert, d’une générosité rare, qui a jusqu’à la fin soutenu les luttes pour la démocratie en République de Corée. Son exemple doit continuer à nous inspirer.

jean-salem_moscou_février-2012_cild

A l’instar de son père, Henri Alleg, qui s’était très tôt investi dans les mobilisations pour la réunification de la Corée et la démocratie au Sud de la péninsule, Jean Salem n’aimait pas se mettre en avant, jugeant que les causes justes exigent de dépasser les clivages et les luttes de chapelle : à cet égard, le séminaire « Marx au XXIe siècle : l’esprit et la lettre », qu’il avait animé à la Sorbonne depuis 2005, était un lieu irremplaçable d’échanges et de débats sur la philosophie de Marx aujourd’hui et les questions qu’elle suscite. C’est d’ailleurs dans le cadre de ce séminaire qu’il avait à plusieurs reprises donné la parole aux militants sud-coréens frappés par la répression, qui luttent pour les droits politiques et sociaux, à mille lieux des clichés qui veulent voir dans la République de Corée une démocratie dite libérale.

Ayant participé aux manifestations du 1er mai à Séoul, il avait pu témoigner de l’engagement de tout un peuple pour défendre des libertés démocratiques durement acquises dans la lutte contre la junte militaire, puis pour chasser du pouvoir la très autoritaire présidente Park Geun-hye. Quand les droits politiques des Sud-Coréens étaient sacrifiés sur l’autel des intérêts économiques et stratégiques des capitales occidentales, qui se taisant honteusement sur des atteintes systématiques aux droits de l’homme à Séoul, Jean Salem était toujours présent, rappelant l’indispensable solidarité qui doit s’établir avec les prisonniers politiques qui sont aujourd’hui toujours derrière les barreaux à Séoul.

Jean Salem était un homme fidèle à ses convictions, qui s’était engagé sans faiblir dans le combat encore largement ignoré pour les droits de l’homme en Corée du Sud. Le CILD continuera son oeuvre. Nous lui rendons hommage et présentons nos condoléances à sa famille, ses amis et ses camarades.

Les biens de Park Geun-hye menacés

Le 8 janvier 2018, le Parquet central du district de Séoul a indiqué avoir demandé une saisie temporaire d’actifs détenus par l’ancienne présidente Park Geun-hye, afin de permettre leur saisie en cas de condamnation.

Jour après jour, la justice s’évertue à démêler l’écheveau des affaires qui ont conduit à la destitution de l’ancienne chef de l’Etat. Le 4 janvier, les procureurs l’ont mise en examen concernant l’utilisation de 3,65 milliards de won (soit près de 2,9 millions d’euros) reçus de l’agence nationale de renseignement entre mai 2013 et juillet 2016. Cette somme aurait servi de caisse noire, dont l’existence aurait été tenue secrète sauf à un petit groupe de proches de la présidence pour des dépenses à caractère personnel (toilettes, vacances, entretien immobilier…).

Les actifs gelés de l’ancienne présidente étaient estimés à 3,73 milliards de won fin 2016, avant qu’elle ne doive engager d’importantes dépenses en frais d’avocat pour assurer sa défense : une vingtaine de chefs d’accusation pèsent sur Mme Park.