Archives de Catégorie: Conseil des droits de l’homme des Nations Unies

« Défection » de serveuses nord-coréennes en Corée du Sud : les Nations unies exigent des « preuves »

En avril 2016, la défection en Corée du Sud de douze serveuses d’un restaurant nord-coréen en Chine, accompagnées de leur manager, avait été dénoncée par l’opposition comme une manoeuvre pré-électorale, tandis que la Corée du Nord dénonçait un « enlèvement » organisé par les services secrets sud-coréens (NIS), les jeunes femmes n’ayant pas – selon Pyongyang – choisi librement de se rendre en République de Corée. De nouvelles révélations ont eu lieu en mai 2018 : le manager des jeunes serveuses a déclaré avoir été un agent de renseignement sud-coréen depuis 2014, et envisagé d’organiser son départ en Corée du Sud, en 2016, quand il aurait eu peur d’être démasqué ; ses employeurs du NIS lui auraient alors demandé de partir avec les jeunes femmes, ce qu’il aurait fait en menaçant de les « balancer » aux autorités nord-coréennes, sans que ces dernières manifestement ne sachent quelle était leur destination.

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Tomas Ojea Quintana

Sur cette affaire symptomatique du fonctionnement des services secrets sous la présidence Park Geun-hye, Tomas Ojea Quintana, rapporteur spécial des Nations unies sur les droits de l’homme en Corée du Nord, a décrit les jeunes femmes comme des « victimes » en insistant sur leur droit fondamental à choisir le pays où elles souhaitent vivre :

Ma position en tant que rapporteur des Droits de l’Homme des Nations unies est de respecter les décisions des victimes (…) Quand je parle de victimes, j’entends par là qu’elles ont été l’objet d’une forme de tromperie quand à l’endroit où elles se rendaient.

Selon l’Agence France Presse, Tomas Ojea Quintana a pu rencontrer plusieurs des jeunes femmes après son arrivée à Séoul la semaine dernière et elles lui ont déclaré qu’ « elles ont été emmenées au Sud sans savoir qu’elles viendraient ici« .

Le rapporteur des Nations unies a demandé aux autorités de mener une enquête indépendante approfondie, en exigeant des preuves, pour établir la vérité sur cet incident dans les meilleurs délais, et que les personnes responsables rendent des comptes.

Jusqu’à présent, les nouvelles autorités sud-coréennes (démocrates) s’en étaient tenues à la thèse d’un choix volontaire des jeunes femmes de venir en Corée du Sud, le gouvernement Moon Jae-in souhaitant manifestement préserver les puissants intérêts du NIS. La position des Nations unies pourrait l’amener à davantage faire respecter le droit international, plus de deux ans après ce qui apparaît non plus comme une « défection de masse » (comme l’avaient claironné les conservateurs sud-coréens alors au pouvoir) mais bien plutôt comme une manipulation de masse de l’opinion publique coréenne et internationale.

 

 

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Les Nations unies ne doivent pas oublier le sort des Nord-Coréens retenus de force en Corée du Sud

Le 14 décembre 2017, le juriste argentin Tomás Ojea Quintana, rapporteur spécial des Nations unies sur les droits de l’homme en Corée du Nord, a tenu une conférence de presse. A cette occasion, la situation des Nord-Coréens retenus contre leur gré en Corée du Sud a été une fois encore évoquée, dans l’indifférence coupable de ceux qui, aux Nations unies, ont une vision sélective des cas de droits de l’homme qui méritent ou non de retenir leur attention.

kim-ryon-hui_tomas-ojea-quintana_droits-de-l-homme_coreeMme Kim Ryon-hui, s’adressant au rapporteur des Nations unies, le 14 décembre 2017

Tout d’abord, la Nord-Coréenne ayant fait défection en Corée du Sud Kim Ryon-hui, interdite par les autorités sud-coréennes de retourner au Nord de la Corée, a interpellé Tomás Ojea Quintana, en évoquant sa situation personnelle (que nous avions déjà mentionnée dans notre édition du 19 juin 2017) : le rapporteur des Nations unies s’est contenté de dire que le cas de Mme Kim n’entrait pas dans le champ de ses attributions… mais jusqu’à quand la Commission des droits de l’homme des Nations unies continuera-t-elle de fermer les yeux sur une violation aussi patente des droits fondamentaux de l’homme ? Pourquoi refuser d’ouvrir une enquête sur ce sujet ?

Car le cas de Kim Ryon-hui n’est pas isolé. En particulier, de lourds soupçons d’enlèvement par les autorités sud-coréennes continuent de peser en ce qui concerne tout ou partie de 12 serveuses nord-coréennes qui travaillaient dans un restaurant en Chine, apparues soudain en Corée du Sud à la veille d’élections législatives cruciales, dans ce qui a été dénoncé comme une tentative de manipulation électorale par la droite conservatrice alors au pouvoir à Séoul… Alors que les courriers adressés à la Commission des droits de l’homme des Nations unies, pour permettre aux jeunes femmes de faire valoir leur droit à vivre dans le pays qu’elles auraient choisi, sont restés sans réponse, le rapporteur Tomás Ojea Quintana avait demandé à les rencontrer, mais y a renoncé vu les limites posées par les autorités sud-coréennes. Il n’a pas jugé utile de préciser la nature des conditions qui lui ont été imposées.

Liberté de manifestation : des droits propres à la Corée du Sud

Si les atteintes à la liberté de manifestation en République de Corée ont donné lieu à des observations du Conseil des droits de l’homme des Nations unies, le changement de régime après que les manifestations de millions de personnes eurent mis fin au mandat de la Présidente Park Geun-hye s’est traduit par la mise en place d’un Comité de réforme politique et l’adoption de mesures dans le sens d’une plus grande liberté effective pour les manifestants. Toutefois, les conditions de renversement du régime militaire sud-coréen, au tournant des années 1980 et 1990, avaient déjà permis d’octroyer aux manifestants des droits inconnus dans la plupart des démocraties parlementaires.

Ainsi en France, la déclaration préalable en préfecture (et non l’autorisation, régime plus restrictif) des manifestations concerne tout rassemblement, y compris si celui-ci ne réunit qu’une ou quelques personnes. En Corée du Sud, les rassemblements à une personne – très utilisés, car ils permettent d’occuper la voie publique de manière continue, souvent jour et nuit – ne donnent lieu ni à déclaration, ni à autorisation, et sont en principe tolérés dès lors qu’ils ne dépassent pas un effectif de quelques personnes.

En France, les lieux de manifestation, définis préalablement lors de la déclaration en préfecture, excluent de fait un certain nombre d’endroits – comme la proximité immédiate des ambassades. En Corée du Sud, au contraire, où les manifestations visent souvent les ambassades américaine et japonaise, une telle restriction n’existe pas, car elle serait considérée comme une atteinte intolérable à la liberté de manifestation, digne des restrictions que mettaient en place la junte militaire.

Enfin, si les manifestants sont arrêtés et fouillés, il est d’usage en Corée du Sud qu’une manifestante ne soit jamais fouillée par un homme policier, mais seulement par une femme policier.

 

 

Loi de sécurité nationale, prisonniers politiques : Amnesty International interpelle les Nations unies sur la situation en Corée du Sud

En novembre 2017 aura lieu le vingt-huitième examen périodique universel, c’est-à-dire l’examen des réalisations de l’ensemble des Etats membres des Nations unies en matière de droits de l’homme, suivant un processus mené par les Etats sous les auspices du Conseil des droits de l’homme. Dans cette perspective, Amnesty International a présenté, le 26 juin dernier, le rapport suivant – dans une présentation par le Comité coréen pour sauver [le député] Lee que nous traduisons de l’anglais – , lequel rejoint les préoccupations du Comité international pour les libertés démocratiques en Corée du Sud quant à l’urgence d’abroger la loi de sécurité nationale et de libérer tous les prisonniers politiques, parmi lesquels l’ancien député Lee Seok-ki et le dirigeant syndical Han Sang-gyun.

Amnesty International exprime ses préoccupations concernant la loi de sécurité nationale (acronyme anglais : LSN), en soulignant que la LSN restreint les libertés d’expression, d’association et de réunion pacifique. Elle critique l’incapacité du gouvernement coréen à protéger les droits de l’homme. En particulier, elle présente l’emprisonnement de l’ancien député Lee Seok-ki et la dissolution de l’ancien Parti progressiste unifié (PPU) comme emblématiques des violations des droits de l’homme par la LSN ces dernières années.

En outre, Amnesty International appelle le gouvernement coréen non seulement à abolir la Loi de sécurité nationale pour garantir les libertés d’expression et d’association, mais aussi à libérer sans conditions toutes les personnes injustement condamnées et emprisonnées.

La libération sans conditions de Lee Seok-ki  est exigée de la communauté internationale conformément aux principes internationaux des droits de l’homme. Par ailleurs, la communauté internationale continue de dénoncer la dissolution injuste du PPU.

Le gouvernement du Président Moon Jae-in qui a été rendu possible par la Révolution des bougies doit répondre à ces exigences de la communauté internationale. Aujourd’hui, de nombreux prisonniers de conscience, dont Lee Seok-ki et Han Sang-gyun, ont été arrêtés alors qu’ils exerçaient leurs droits légalement. Libérer tous les prisonniers de conscience doit être la première étape pour mettre fin à l’héritage anti-droits de l’homme de l’ancienne administration Park Geun-hye. Ainsi, la République de Corée pourra redevenir une nation avancée en matière de démocratie et de droits de l’homme, se conformant aux standards internationaux s’agissant des droits de l’homme.

Mort de Baek Nam-gi : le rapporteur des Nations Unies veut une enquête indépendante

Après la mort de Baek Nam-gi, le 25 septembre 2016, qui avait été grièvement blessé par les forces de l’ordre sud-coréennes lors de la manifestation du 14 novembre 2015 en raison de l’usage disproportionné de canons à eau, Maina Kiai, rapporteur spécial du Haut Commissariat des Nations Unies pour les droits de l’homme, a demandé, le 28 septembre 2016, qu’une enquête indépendante soit conduite, afin de punir les responsables :

J’appelle à une enquête complète et indépendante sur l’usage par la police, pendant la manifestation, de canons à eau (…) qui ont de manière évidente conduit à la mort [de Baek Nam-gi], comme le montre les enregistrement vidéos disponibles (…)

 Les responsables doivent rendre des comptes et la famille de M. Baek obtenir une indemnisation appropriée ; par ailleurs, des mesures adéquates doivent être prises pour empêcher qu’un drame similaire ne survienne dans le futur.
Après avoir enquêté en Corée du Sud, Maina Kiai avait mis en évidence la dégradation progressive des libertés publiques en Corée du Sud. Cette situation est favorisée par la complicité de certains gouvernements occidentaux qui nient les atteintes aux droits de l’homme en République de Corée – au premier rang desquels le gouvernement français de M. François Hollande.

La famille et les défenseurs de Baek Nam-gi refusent qu’une autopsie soit menée et qui conduirait à exonérer les forces de l’ordre sud-coréennes de toute responsabilité dans la mort de Baek Nam-gi, alors que Nicholas Bequelin, directeur pour l’Asie de l’Est d’Amnesty International, a souligné l’absence de coopération des autorités sud-coréennes :

Amnesty International s’alarme du peu de progrès accomplis dans cette affaire dix mois après la manifestation (…) A ce jour, aucun officier impliqué dans l’affaire n’a eu à faire face aux conséquences de ses actions.

Répression des manifestations : la Corée du Sud mise en accusation devant le Conseil des droits de l’homme des Nations Unies

L’instruction par le Conseil des Droits de l’Homme des Nations Unies des atteintes aux libertés publiques commises par les autorités de la République de Corée (Corée du Sud) se poursuit : lors de la dernière session du Conseil à Genève, Baek Minjuhwa a témoigné des violences subies par son père, Baek Nam-gi, toujours dans le coma après la répression par les forces de l’ordre de la manifestation du 14 novembre 2015 (ci-dessous, photo de la session du Conseil à Genève le 17 juin 2016).

Baek-Minjuhwa_Baek-Nam-gi_Conseil-des-droits-de-l-homme_Nations-Unies

L’usage que font les autorités sud-coréennes des canons à eau lors des manifestations n’est pas acceptable : c’est à cause de cet usage disproportionné de la force que, depuis le 14 novembre 2015, le manifestant paysan Baek Nam-gi est toujours dans le coma, comme l’a rappelé sa fille Baek Minjuhwa, qui a témoigné devant le Conseil des Droits de l’Homme des Nations Unies – après avoir elle-même déjà visité l’Europe, tandis qu’une manifestation de soutien était organisée à Paris. Baek Minjuhwa a fait le lien avec la répression globale contre les opposants par les autorités sud-coréennes, en soulignant que l’eau des canons à eau est mélangée à des substances nocives :

Le gouvernement a demandé que le président de la Confédération coréenne des syndicats Han Sang-gyun soit condamné à huit ans de prison pour avoir organisé une manifestation. Il a arrêté ou envoyé des assignations à l’encontre de plus de 500 manifestants. La police a déployé des centaines de bus et des milliers d’officiers pour bloquer les principales routes avant même le début du rassemblement, et ils ont tiré sur les manifestants avec des canons dont l’eau était mélangée avec de la capsaïcine et d’autres substances nocives.

Baek Minjuhwa a déploré les lenteurs de l’enquête sud-coréenne concernant les causes du coma où est plongé son père, soulevant ainsi implicitement la question de l’indépendance de la justice sud-coréenne :

Le gouvernement sud-coréen prétend qu’une enquête approfondie est en cours. Mais depuis sept mois la seule personne qu’ils ont appelée pour l’interroger est ma soeur aînée, alors que c’est moi qui ai porté plainte.

Le témoignage de Baek Minjuhwa rejoint les conclusions de Maina Kiai, rapporteur spécial des Nations Unies pour les libertés d’association et de réunion pacifique qui a visité la Corée du Sud pendant neuf jours en janvier 2016, et a dressé un constat sans appel sur les atteintes à la liberté de manifestation et à la liberté de réunion lors de la même session du Conseil des Droits de l’Homme des Nations Unies à Genève.

S’agissant de l’usage des canons à eau, M. Kiai a observé que :

Le gouvernement sud-coréen fait un usage sans distinction des canons à eau, et vise parfois des individus spécifiques, ce qu’il aurait du mal à justifier (…) Les canons à eau augmentent le risque que les manifestants soient grièvement blessés.

Il a dénoncé l’usage des barrages de véhicules comme d’un moyen pour entraver la liberté de manifester :

Les barrages de véhicules sont utilisés non pas tant pour gérer les actions des manifestants que pour les empêcher préventivement d’exercer pacifiquement leur liberté de réunion.

Citant explicitement le dirigeant syndical Han Sang-gyun et le défenseur des droits de l’homme Park Rae-gun (dont la pétition du CILD pour obtenir la libération n’a pas même pas donné lieu à un accusé de réception de la part du Président François Hollande…), M. Kiai a mis en cause l’utilisation des procédures judiciaires pour entraver les libertés de réunion et de manifestation, et les amalgames sans fondement juridique entre les organisateurs des rassemblements et les actions de certains individus lors des manifestations :

Il est excessif et déraisonnable de tenir les organisateurs d’un rassemblement pour responsables des dommages causés par les activités illégales de certains individus. Des manifestants ne doivent pas faire l’objet de poursuites ou d’enquêtes dans le cadre de procédures civiles ou criminelles du seul fait de leur participation à une manifestation.

Enfin, M. Kiai a appelé à réviser la loi sud-coréenne sur les manifestations dans un sens conforme à la liberté de réunion :

Il ne doit pas être donné d’interdictions globales de manifester dans certains lieux et places où se tiennent des manifestations publiques. Le gouvernement sud-coréen doit réviser la loi sur les rassemblements et réunions, et améliorer son application.