Archives de Catégorie: Conseil des droits de l’homme des Nations Unies

Mort de Baek Nam-gi : le rapporteur des Nations Unies veut une enquête indépendante

Après la mort de Baek Nam-gi, le 25 septembre 2016, qui avait été grièvement blessé par les forces de l’ordre sud-coréennes lors de la manifestation du 14 novembre 2015 en raison de l’usage disproportionné de canons à eau, Maina Kiai, rapporteur spécial du Haut Commissariat des Nations Unies pour les droits de l’homme, a demandé, le 28 septembre 2016, qu’une enquête indépendante soit conduite, afin de punir les responsables :

J’appelle à une enquête complète et indépendante sur l’usage par la police, pendant la manifestation, de canons à eau (…) qui ont de manière évidente conduit à la mort [de Baek Nam-gi], comme le montre les enregistrement vidéos disponibles (…)

 Les responsables doivent rendre des comptes et la famille de M. Baek obtenir une indemnisation appropriée ; par ailleurs, des mesures adéquates doivent être prises pour empêcher qu’un drame similaire ne survienne dans le futur.
Après avoir enquêté en Corée du Sud, Maina Kiai avait mis en évidence la dégradation progressive des libertés publiques en Corée du Sud. Cette situation est favorisée par la complicité de certains gouvernements occidentaux qui nient les atteintes aux droits de l’homme en République de Corée – au premier rang desquels le gouvernement français de M. François Hollande.

La famille et les défenseurs de Baek Nam-gi refusent qu’une autopsie soit menée et qui conduirait à exonérer les forces de l’ordre sud-coréennes de toute responsabilité dans la mort de Baek Nam-gi, alors que Nicholas Bequelin, directeur pour l’Asie de l’Est d’Amnesty International, a souligné l’absence de coopération des autorités sud-coréennes :

Amnesty International s’alarme du peu de progrès accomplis dans cette affaire dix mois après la manifestation (…) A ce jour, aucun officier impliqué dans l’affaire n’a eu à faire face aux conséquences de ses actions.

Répression des manifestations : la Corée du Sud mise en accusation devant le Conseil des droits de l’homme des Nations Unies

L’instruction par le Conseil des Droits de l’Homme des Nations Unies des atteintes aux libertés publiques commises par les autorités de la République de Corée (Corée du Sud) se poursuit : lors de la dernière session du Conseil à Genève, Baek Minjuhwa a témoigné des violences subies par son père, Baek Nam-gi, toujours dans le coma après la répression par les forces de l’ordre de la manifestation du 14 novembre 2015 (ci-dessous, photo de la session du Conseil à Genève le 17 juin 2016).

Baek-Minjuhwa_Baek-Nam-gi_Conseil-des-droits-de-l-homme_Nations-Unies

L’usage que font les autorités sud-coréennes des canons à eau lors des manifestations n’est pas acceptable : c’est à cause de cet usage disproportionné de la force que, depuis le 14 novembre 2015, le manifestant paysan Baek Nam-gi est toujours dans le coma, comme l’a rappelé sa fille Baek Minjuhwa, qui a témoigné devant le Conseil des Droits de l’Homme des Nations Unies – après avoir elle-même déjà visité l’Europe, tandis qu’une manifestation de soutien était organisée à Paris. Baek Minjuhwa a fait le lien avec la répression globale contre les opposants par les autorités sud-coréennes, en soulignant que l’eau des canons à eau est mélangée à des substances nocives :

Le gouvernement a demandé que le président de la Confédération coréenne des syndicats Han Sang-gyun soit condamné à huit ans de prison pour avoir organisé une manifestation. Il a arrêté ou envoyé des assignations à l’encontre de plus de 500 manifestants. La police a déployé des centaines de bus et des milliers d’officiers pour bloquer les principales routes avant même le début du rassemblement, et ils ont tiré sur les manifestants avec des canons dont l’eau était mélangée avec de la capsaïcine et d’autres substances nocives.

Baek Minjuhwa a déploré les lenteurs de l’enquête sud-coréenne concernant les causes du coma où est plongé son père, soulevant ainsi implicitement la question de l’indépendance de la justice sud-coréenne :

Le gouvernement sud-coréen prétend qu’une enquête approfondie est en cours. Mais depuis sept mois la seule personne qu’ils ont appelée pour l’interroger est ma soeur aînée, alors que c’est moi qui ai porté plainte.

Le témoignage de Baek Minjuhwa rejoint les conclusions de Maina Kiai, rapporteur spécial des Nations Unies pour les libertés d’association et de réunion pacifique qui a visité la Corée du Sud pendant neuf jours en janvier 2016, et a dressé un constat sans appel sur les atteintes à la liberté de manifestation et à la liberté de réunion lors de la même session du Conseil des Droits de l’Homme des Nations Unies à Genève.

S’agissant de l’usage des canons à eau, M. Kiai a observé que :

Le gouvernement sud-coréen fait un usage sans distinction des canons à eau, et vise parfois des individus spécifiques, ce qu’il aurait du mal à justifier (…) Les canons à eau augmentent le risque que les manifestants soient grièvement blessés.

Il a dénoncé l’usage des barrages de véhicules comme d’un moyen pour entraver la liberté de manifester :

Les barrages de véhicules sont utilisés non pas tant pour gérer les actions des manifestants que pour les empêcher préventivement d’exercer pacifiquement leur liberté de réunion.

Citant explicitement le dirigeant syndical Han Sang-gyun et le défenseur des droits de l’homme Park Rae-gun (dont la pétition du CILD pour obtenir la libération n’a pas même pas donné lieu à un accusé de réception de la part du Président François Hollande…), M. Kiai a mis en cause l’utilisation des procédures judiciaires pour entraver les libertés de réunion et de manifestation, et les amalgames sans fondement juridique entre les organisateurs des rassemblements et les actions de certains individus lors des manifestations :

Il est excessif et déraisonnable de tenir les organisateurs d’un rassemblement pour responsables des dommages causés par les activités illégales de certains individus. Des manifestants ne doivent pas faire l’objet de poursuites ou d’enquêtes dans le cadre de procédures civiles ou criminelles du seul fait de leur participation à une manifestation.

Enfin, M. Kiai a appelé à réviser la loi sud-coréenne sur les manifestations dans un sens conforme à la liberté de réunion :

Il ne doit pas être donné d’interdictions globales de manifester dans certains lieux et places où se tiennent des manifestations publiques. Le gouvernement sud-coréen doit réviser la loi sur les rassemblements et réunions, et améliorer son application.