Archives mensuelles : janvier 2017

Arrestation de la ministre de la Culture Cho Yoon-sun

La maison Park Geun-hye n’en finit pas de s’effondrer après que le Parlement eut voté la destitution de la chef de l’État. Ses proches qui se partageaient hier honneurs et prébendes doivent désormais répondre de leurs actions devant la justice de leur pays. Dernier épisode en date de la série judiciaire : l’arrestation de la ministre de la Culture, du Sport et du Tourisme Cho Yoon-sun, le 21 janvier 2017, pour son implication dans l’établissement de la liste noire de personnalités du monde culturel que l’administration Park Geun-hye voulait coûte que coûte éliminer du devant de la scène en leur retirant toute subvention publique – et dont l’élaboration avait déjà conduit la justice à interroger Mo Chul-min, ambassadeur coréen en France.

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Cho Yoon-sun n’a pas été seulement interrogée, mais bel et bien arrêtée – de même que Kim Ki-choon, ancien chef du cabinet présidentiel. Après que l’une et l’autre eurent été interrogés pendant respectivement 21 heures et 15 heures sur leur implication dans l’établissement de la liste noire où seraient inscrits les noms de 10 000 personnalités du monde culturel, des faits criminels seraient avérés, selon l’agence de presse officielle sud-coréenne Yonhap.

Cho Yoon-sun a remis sa démission de membre du gouvernement au président par intérim, le Premier ministre Hwang Kyo-ahn.

Pour Cho Yoon-sun, c’est probablement la fin d’une carrière météoritique pour cette très proche de Mme Park Geun-hye : secrétaire générale du cabinet présidentiel en 2013, elle était devenue secrétaire présidentielle aux affaires politiques dès 2014 et ministre de la Culture l’année suivante, en 2015.

Alors que la liste noire révèle de graves atteintes à la liberté d’opinion et d’expression, la justice cherche à présent à établir le rôle qu’aurait pu jouer Mme Park Geun-hye dans la création de cet outil de répression.

L’ambassadeur de Corée en France Mo Chul-min interrogé par la justice

Dans notre édition du 19 octobre 2016 nous faisons état d’une liste noire d’artistes sud-coréens visant à les priver de toute aide logistique ou financière en raison de leurs opinions politiques (réelles ou supposées), et qui comporterait pas moins de 9 000 noms. Dans le cadre de l’enquête menée par le procureur indépendant Park Young-soo sur le scandale de trafic d’influence (affaire Choi Soon-sil) ayant conduit au vote par le Parlement d’une motion de destitution de la Présidente sud-coréenne Park Geun-hye, un personnage bien connu des Français a été interrogé par le procureur Park Young-soo le 29 décembre 2016 : Son Excellence Mo Chul-min, ambassadeur de la République de Corée en France.

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L’ambassadeur Mo Chul-min a été interrogé après que l’ancien ministre de la Culture Yoo Jin-ryong eut annoncé à la radio, le 26 décembre, que Mo Chul-min lui avait transmis la liste noire, alors qu’il était conseiller présidentiel à l’éducation et à la culture de la Présidente Park Geun-hye. M. Mo n’a occupé ses fonctions que brièvement (de 2013 à 2014), se faisant rapidement nommer Ambassadeur de la République de Corée en France. Cette nomination est intervenue opportunément avant le début des années croisées France-Corée, qui ont donné lieu à de nombreuses manifestations culturelles dont, comme de juste, les artistes sud-coréens qui pensent mal ont été tenus à l’écart – toujours avec l’aval du gouvernement français, soutien sans faille du régime autoritaire de la Présidente sud-coréenne Park Geun-hye.

L’enquête menée par le procureur indépendant Park Young-soo cherche à déterminer qui a ordonné l’établissement de la liste noire. Après les déclarations de l’ancien ministre Yoo Jin-ryong formulées le 26 décembre, les événements se sont très vite enchaînés : Mo Chul-min est arrivé en Corée dès le 28 décembre, pour être auditionné par l’équipe d’investigation du procureur Park Young-soo dès le lendemain, peu avant 14 heures. L’ambassadeur de Corée en France a refusé de répondre aux questions des journalistes présents lors de son arrivée dans les bureaux du procureur, à 13h45.

Mo Chul-min, qui ambitionnait de devenir ministre de la Culture avant que ses plans de carrière ne soient contrariés par l’éclatement du scandale Choi Soon-sil, est un fidèle parmi les fidèles de la Présidente Park Geun-hye : il a ainsi instrumentalisé l’Association des résidents coréens en France pour en faire un instrument de la politique du parti Saenuri (conservateur, au pouvoir en Corée du Sud), utilisant cette Association pour organiser en septembre dernier une manifestation sur les droits de l’homme en Corée du Nord sous les fenêtres de la représentation diplomatique nord-coréenne en France. L’ambassade de Corée en France n’a même pas cherché à cacher l’entier soutien logistique (banderoles, …) qu’elle a apporté à ce type d’activités, que les journalistes sud-coréens basés en France auraient été fortement incités à couvrir. Puis, dans le cadre des manifestations anti – Park Geun-hye qui ont également été organisées à Paris, l’ambassadeur Mo Chul-min a suivi la traditionnelle stratégie de diversion de la droite sud-coréenne consistant à faire souffler le vent (de Corée) du Nord par gros temps politique en Corée du Sud. Il est intervenu en ouverture d’un colloque sur les droits de l’homme en Corée du Nord organisé par… la section d’études japonaises de l’INALCO. Quelques jours plus tôt, l’ambassade de Corée en France avait déjà soutenu une manifestation, place du Trocadéro à Paris, de réfugiés nord-coréens en Europe.

La carrière du zélé ambassadeur Mo Chul-min risque à présent de connaître une évolution que n’avait pas anticipé ce grand serviteur de l’administration Park Geun-hye.