Victimes de viols en Corée du Sud : l’urgence d’agir pour mettre en échec les failles de la loi dans une société conservatrice

Le cas d’une femme qu’on appellera D. est symptomatique de la difficulté pour les victimes de viol d’avoir droit à un procès équitable en République de Corée : la raison tient non seulement à la définition légale des agressions sexuelles mais aussi aux pratiques dans une société empreinte du néoconfucianisme le plus conservateur.

Dans une dépêche AFP intitulée « Combattre pour la justice en Corée du Sud, où la vérité peut être un crime », Jung Hawon souligne combien le dépôt de plainte est rendu encore plus complexe et douloureux par la pratique des personnes mises en cause de contre-attaquer en déposant à leur tour une plainte pour diffamation. Cette plainte sert non seulement de moyen d’intimidation (avec la possibilité d’obtenir un dédommagement si l’affaire d’agression sexuelle ne conduit pas à ce que la partie ayant déposé la plainte l’emporte), mais aussi comme moyen de marchandage – le retrait de la plainte pour viol en contrepartie du retrait de la plainte pour agression sexuelle.

Le témoignage de D. (qui a, elle, été victorieuse après deux ans de procédure) et l’article de Jung Hawon mettent aussi l’accent sur des pratiques témoignant du profond conservatisme patriarcal de la société sud-coréenne :

–   dans le cas de D., le policier menant l’enquête lui a demandé quelles étaient ses motivations alors que ses accusations « détruisaient la vie d’un jeune homme prometteur » ;
– toujours en ce qui concerne D., le violeur condamné avait créé un blog et ouvert un site de discussion en ligne où il accablait sa victime ;
– la loi sud-coréenne définit le viol non sur la base de l’absence de consentement, mais sur le recours à la violence et à l’intimidation.

Cet état de fait se traduit également par des statistiques préoccupantes quant aux droits des femmes en Corée, avec des écarts records de salaires entre les femmes et les hommes parmi les pays membres de l’OCDE, ou encore une proportion record de femmes parmi les victimes de meurtres (52 %, à comparer avec une proportion de 22 % aux Etats-Unis et en Chine et de 41 % en Inde).

Le combat pour les droits des femmes en Corée et contre la culture de l’impunité en matière de viols implique non seulement de changer la loi, mais aussi une mobilisation de l’opinion, en Corée et dans le monde, pour changer les mentalités : tel est l’objectif fondamental du mouvement #MeToo. Le Comité international pour les libertés démocratiques en Corée du Sud est pleinement partie prenante de ce combat.

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