Archives mensuelles : septembre 2018

Mouvement #MeToo : l’ancien directeur de théâtre Lee Youn-taek condamné à 6 ans de prison

La condamnation à six ans de prison par la cour du district central de Séoul de Lee Youn-taek, ancien directeur de la troupe de théâtre de rue Yeonhee, pour des agressions sexuelles répétées sur des actrices, traduit la vigueur du mouvement #MeToo en République de Corée.

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Aussi importants que la condamnation elle-même, les attendus du jugement doivent être soulignés : non seulement ils prennent en compte l’abus de la position d’autorité de Lee Youn-taek (qui donnait des leçons à sa victime), mais ils tiennent aussi compte des circonstances des agressions sexuelles : le persécuteur n’a pas utilisé de violence et sa victime n’a pas activement protesté. Les traumatismes post-agression – notamment une dépression – ont été pris en considération dans le jugement en première instance des juges, qui ont dénoncé des actes semblables à des viols et à des agressions – tandis que Lee Youn-taek opposait un démenti.

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Manifestation à Séoul pour les droits des réfugiés

Alors que l’accueil de réfugiés yéménites en République de Corée a soulevé une vague de racisme, les progressistes ont relevé la tête en organisant à Séoul, le 16 septembre 2018, une manifestation pour les droits des réfugiés, qui faisait face à une autre manifestation anti-réfugiés – attestant que ces derniers n’ont en aucun cas le monopole de l’expression publique en Corée du Sud.

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Accueillir les réfugiés quels que soient leurs origines ethniques, leurs croyances et leurs religions, conformément aux engagements internationaux de la République de Corée : tel est le message qui a été délivré par les manifestants en faveur des réfugiés le 16 septembre 2018 à Séoul. La manifestation avait été organisée, entre autres, par le Centre pour les droits des réfugiés en Corée du Sud (NANCEN), la branche coréenne d’Amnesty International et Amis de l’Asie.

Leurs mots d’ordre ont été relayés par les représentants de syndicats (dont Bong Hey-yeong, vice-président de la Confédération coréenne des syndicats – KCTU), des organisations de défense des travailleurs ainsi que d’organisations en faveur des droits des personnes LGTB et d’autres groupes sociaux minoritaires.

Des manifestants homophobes ont bloqué le premier Festival culturel queer à Incheon

Le 8 septembre 2018 était prévu à Incheon le premier Festival culturel queer. Mais 300 participants ont été bloqués pendant près de 5 heures par 1000 militants chrétiens anti-LGBT. Deux jours plus tard, les organisateurs ont dénoncé lors d’une conférence de presse le manque de préparation de la police qui aurait dû assurer la bonne organisation de la manifestation.

Les puissantes églises chrétiennes sud-coréennes font régner un climat de terreur et d’intolérance contre les personnes LGBTi : s’il n’y a pas officiellement de répression de l’homosexualité en Corée c’est tout simplement parce qu’elle ne figure dans aucun texte normatif – et le corollaire est que les violences homophobes, attestées lors du rassemblement qui s’est tenu à Incheon, ne sont pas pénalisées.

Ce n’est pas la première fois que les conservateurs homophobes attaquent les personnes LGBTi ou tentent d’empêcher leurs manifestations : alors que le dernier Festival culturel Queer à Séoul a réuni, du 13 au 22 juillet 2018, 120 000 participants, une pétition pour empêcher sa tenue et adressée à la présidence de la République avait réuni plus de 200 000 signatures, toujours à l’initiative d’églises chrétiennes protestantes.

L’attitude de l’opinion publique sur les droits des homosexuels reflète aussi un clivage générationnel : si 28,5 % des personnes interrogées soutenaient le mariage entre personnes de même sexe en 2014 (en hausse par rapport à 2010 : 16,9 %), cette proportion s’élevait à 47,7 % chez les moins de 30 ans et 7,1 % chez les plus de 60 ans.

Pour une célébrité des médias, faire ouvertement état de son homosexualité signale généralement la fin d’une carrière.

Le combat pour les droits des minorités sexuelles est, en Corée, indissociable de celui contre l’intolérance religieuse.

Alourdissement de la peine principale contre l’ex-présidente Park

Le 24 août 2018, la cour d’appel de Séoul a sensiblement alourdi la peine principale prononcée en première instance contre l’ancienne présidente Park Geun-hye, accusée de corruption et d’abus de pouvoir : une peine de 25 ans a été prononcée contre 24 ans précédemment, alors que le parquet avait requis une peine de 30 ans et fait appel de la décision en première instance. Par ailleurs, l’ancienne présidente destituée avait été condamnée à des peines complémentaires de 6 ans de prison (pour détournement de fonds des services de renseignement) et 2 ans de prison (pour ingérence illégale dans la désignation des candidats de son parti aux élections législatives de 2016).

La descente aux enfers de l’ancienne chef de l’Etat n’en finit pas, celle-ci refusant d’apparaître lors des débats et dénonçant un procès « politique« . Le tribunal a encore détaillé les abus de pouvoir de celle qui était censée garantir l’état de droit :

Elle a aussi contraint de hauts dirigeants d’entreprises privées à démissionner, commettant ainsi de graves abus des pouvoirs de présidente qui lui étaient octroyés par le peuple, pour enfreindre la liberté d’entreprise. 

De fait, si le procès répond à l’exigence légitime de justice du peuple coréen et que Mme Park ne bénéficie pas de passe-droits en raison de son ancien statut, c’est tout un système de menace sur les institutions démocratiques qui reste à conduire – maintenant que l’on sait que les autorités conservatrices sud-coréennes envisageaient ouvertement le recours à la loi martiale. Et ce second procès, plus large, devra impliquer les échelons dirigeants des pouvoirs civil et militaire impliqués dans cette sinistre entreprise.