Archives mensuelles : juillet 2015

Arrestation arbitraire du militant historique des droits de l’homme Park Rae-gun

Comme tous les régimes autoritaires, la République de Corée (Corée du Sud) ne fait pas exception dans sa haine viscérale des défenseurs des droits de l’homme.

Le 16 juillet 2015, le directeur du Centre des droits de l’homme, Park Rae-gun, a été arrêté par la police de Mme Park Geun-hye. Le mandat d’arrêt est l’aboutissement d’une enquête menée depuis trois mois quant à l’organisation de rassemblements « illégaux » contre le naufrage du ferry Sewol. Aux yeux du régime sud-coréen, Park Rae-gun avait surtout le tort de faire partie de la direction de l’Alliance du 16 Avril, groupe qui exige une véritable enquête sur la catastrophe navale ayant enlevé la vie à 300 Coréens.

Le mandat d’arrêt a été émis alors que la police reconnaît n’avoir pas réuni « beaucoup de preuves » lors de la saisie qu’elle a opérée, cette absence de preuves étant interprétée comme une présomption de « leur possible destruction ». Dès lors qu’il s’agit de protéger le pouvoir, l’appareil judiciaire sud-coréen est en effet passé maître dans l’art de fabriquer des preuves à charge – comme dans le procès contre l’ancien député Lee Seok-ki.

Le mandat d’arrêt a aussi été justifié par un « possible risque de fuite ». Sans preuves, et trois mois après les faits supposés ? L’hypothèse ferait ricaner tout étudiant en droit d’un pays protégeant les libertés publiques. Pas en Corée du Sud, où le juge Lee Seung-gyu n’a pas hésité à approuver la demande de mandat d’arrêt. Pour tenter de faire croire à une neutralité de la justice, un autre mandat d’arrêt contre un membre de l’Alliance du 16 Avril a été rejeté, à l’encontre de Kim Hye-jin.

L’avocat Kim Nam-ju s’interroge sur la coïncidence entre ces nouvelles entraves à l’impartialité et à l’indépendance de la justice et l’accession aux fonctions de Premier ministre de l’ancien ministre de la Justice Hwang Kyo-ahn.

En arrêtant Park Rae-gun, les conservateurs sud-coréens, hier partisans de la junte militaire, aujourd’hui à la pointe du combat pour détruire les libertés publiques, tentent de mettre hors d’état d’agir une de leurs bêtes noires, en faisant un exemple qui – espèrent-ils – terrorisera leurs opposants. Car Park Rae-gun est une figure connue et respectée de la défense des droits de l’homme en Corée du Sud, depuis que son frère cadet Rae-jeon, président d’une association d’étudiants, s’est immolé par le feu en 1988. Park Rae-gun s’est engagé pour la libération des objecteurs de conscience, l’abolition de la torture, la défense des travailleurs précaires ou encore le salaire minimum, autant de revendications toujours d’actualité mais jugées séditieuses par les conservateurs.

C’est la quatrième arrestation de Park Rae-gun depuis qu’il s’est engagé dans la défense des droits de l’homme. La précédente avait eu lieu en 2009, après la mort dans le quartier de Yongsan, à Séoul, de cinq occupants d’un immeuble que la police tentait de déloger de force, le 20 janvier 2009. L’année précédente, les conservateurs étaient revenus au pouvoir à Séoul avec l’entrée en fonctions de Lee Myung-bak : il n’avait pas fallu beaucoup de temps pour qu’ils retrouvent leurs vieux réflexes de haine.

L’Alliance du 16 Avril a annoncé qu’elle mènerait une campagne de signatures pour protester contre l’arrestation de Park Rae-Gun : le Comité international pour les libertés démocratiques en Corée du Sud appelle à pleinement soutenir cette action et à faire connaître le plus largement ce nouveau déni de l’Etat de droit en Corée du Sud.

Source : Hankyoreh.

« Les services secrets (sud-)coréens confrontés à de nouvelles allégations d’écoutes téléphoniques » (The Korea Herald)

Le 14 juillet 2015, un article de Jeong Hunny, du quotidien sud-coréen en langue anglaise The Korea Herald, a fait le point sur les nouvelles révélations quant aux pratiques des services secrets sud-coréens en matière d’écoutes téléphoniques. Nous donnons ci-après une traduction de cet article, qui emploie des termes prudents (« allégations » de liens avec des sociétés privées de piratage, pourtant attestées par les révélations de Wikileaks ; large implication des services de renseignement lors de l’élection présidentielle sud-coréenne de 2012, dont le plus haut responsable a ensuite été condamné pour ingérence flagrante de ses agents lors de ce scrutin) pour ne pas tomber sous le coup de la loi pénale sud-coréenne qui condamne sévèrement les médias diffusant des informations « fausses » ou « infondées »… surtout si elles sont défavorables au pouvoir. Fidèles à leur tactique habituelle, les services de renseignement sud-coréens, directement ou par l’intermédiaire de leurs défenseurs au sein du Parti Saenuri (conservateur, au pouvoir), nient les accusations dont ils sont l’objet autant que faire se peut, en reconnaissant certes leurs liens avec des hackers privés (l’information étant désormais avérée) mais en tendant de la minimiser – quant au nombre de victimes et en arguant qu’ils ne seraient pas les seuls à agir de la sorte… suivant une ligne de défense proprement ahurissante, à l’image d’un criminel qui trouverait une circonstance atténuante dans l’étendue de pratiques criminelles similaires aux siennes.

Le plus haut responsable du renseignement sud-coréen a nié mardi [14 juillet 2015] de nouvelles allégations selon lesquelles l’agence de renseignement du pays aurait illégalement mis sur écoute des citoyens avec l’aide d’un contractant italien.

Il a été rapporté que l’Agence nationale de renseignement (NIS) aurait placé des individus sur écoutes en utilisant un virus acheté auprès de Hacking Team, un fournisseur en technologies de surveillance basé à Milan. Ces allégations surviennent dans un contexte de méfiance publique croissante vis-à-vis de l’agence de renseignement, accusée d’ingérence dans l’élection présidentielle de 2012.

Le chef du NIS Lee Byung-ho a confirmé l’achat du virus, mais a nié l’avoir utilisé contre de simples citoyens, en ajoutant que le virus avait été employé pour surveiller « jusqu’à 20 espions nord-coréens », selon les parlementaires qui l’ont interrogé lors d’une audition parlementaire à huis clos mardi.

Le NIS a accepté d’apporter tous les moyens nécessaires aux députés d’opposition qui n’étaient pas convaincus par les explications de M. Lee, à un jour et à un moment « convenus », selon le député Shin Kyoung-min du principal parti d’opposition, l’Alliance de la nouvelle politique pour la démocratie. Shin a ajouté : « nous espérons que ce sera avant ce week-end ».

Le député du Parti Saenuri Lee Cheol-woo a observé que « le virus a été acheté par 35 gouvernements de par le monde et utilisé par 97 agences chargées du respect de la loi (…). L’information est devenue publique car Hacking Team a été elle-même piratée ».

Plus tôt mardi, le NIS avait été accusé d’avoir acquis un logiciel malveillant et de l’avoir utilisé pour pirater les smartphones d’au moins deux citoyens, restés anonymes. Ces rapports ont cité des enregistrements de courriers électroniques entre des agents présumés du NIS et Hacking Team.

Le NIS aurait acheté des smartphones Samsung, produits et utilisés en Corée, pour envoyer chaque année des échantillons à Hacking Team. L’entreprise italienne utilisait les téléphones pour apporter une assistance technique dans la configuration du virus pour infecter les téléphones et KakaoTalk, une application de messagerie populaire [en Corée].

Les enregistrements de conversations téléphoniques disponibles sur WikiLeaks affirment également que Hacking Team était en contact avec Nanatech, une entreprise sud-coréenne qui aurait été un sous-traitant du NIS, depuis au moins novembre 2010, suggérant ainsi que les écoutes téléphoniques illégales dureraient depuis des années.

Des parlementaires d’opposition ont exprimé leur écoeurement.

Jeon Jin-hoo, député du Parti de la justice (parti minoritaire d’opposition), a déclaré qu’ « il s’agit d’une accusation grave qui doit être examinée dans le cadre d’une commission d’enquête parlementaire ».

Kim Yung-rok, député et porte-parole du groupe parlementaire de l’Alliance de la nouvelle politique pour la démocratie (principal parti d’opposition), a déclaré que « les rapports des médias qui ont soulevé ces allégations apparaissent extrêmement crédibles, surtout après avoir vu les enregistrements de courriers électroniques cités dans les différents récits ».

Ces allégations interviennent dans un contexte de méfiance croissante de l’opinion publique envers l’agence nationale de renseignement.

Des responsables de haut rang du NIS ont été condamnés pour avoir conduit des campagnes de diffamation en ligne, dans les jours ayant précédé l’élection présidentielle de 2012, contre les candidats libéraux en lice contre la candidate conservatrice Mme Park Geun-hye.

Les autorités sud-coréennes ont découvert des preuves montrant que des agents du NIS avaient diffusé des rumeurs infondées contre les principaux candidats d’opposition Moon Jae-in et Ahn Cheol-soo, les accusant d’avoir des penchants pro-Corée du Nord.

Moon et Ahn ont fait campagne contre Park, Ahn ayant retiré sa candidature avant le scrutin.

La décentralisation version Park Geun-hye : la Présidente promet, les collectivités locales paient

Il n’y a pas qu’en France que la décentralisation s’accompagne de compétences supplémentaires pour les collectivités territoriales mais sans financement correspondant : la Présidente sud-coréenne Mme Park Geun-hye a été élue, notamment, sur deux promesses dans le domaine éducatif, d’une part la gratuité de la scolarité à l’université, et d’autre part un soutien aux activités périscolaires artistiques et sportives ; or, après un début de mise en œuvre en 2014 en vue d’une généralisation progressive d’ici 2018, ces mesures se heurtent au fait qu’elles incombent aux autorités locales qui ne disposent d’aucun moyen pour les faire entrer en vigueur. Pire, le Gouvernement a choisi d’opérer des coupes dans les aides aux budgets éducatifs locaux.

La gratuité des frais de scolarité pour les étudiants d’université doit couvrir les dépenses d’inscription, les frais de scolarité, les dépenses d’exploitation des établissement et les coûts des manuels, alors que l’enseignement supérieur sud-coréen est aujourd’hui aux mains des conglomérats.

Un responsable du ministère du Budget a déclaré sans fards au quotidien Hankyoreh : « Depuis l’époque où Mme Park a fait cette promesse, il était prévu que ce projet soit mis en œuvre à travers les budgets éducatifs locaux. Alors que le Gouvernement n’a pas encore arrêté de budget, il est improbable qu’une aide nationale soit versée« . Il est en effet toujours plus facile de faire finances ces promesses par les autres : le cynisme de Mme Park Geun-hye n’a décidément pas de limites.