Archives mensuelles : octobre 2017

Crimes sexuels dans l’armée : le voile pudique des autorités sud-coréennes

L’armée de la République de la Corée apparaît comme une zone de non-droit, où sont commis des actes de torture – comme en a témoigné par exemple, en avril 2014, la mort d’un conscrit victime de sévices. Un autre sujet préoccupant sont les crimes à caractère sexuel contre les femmes, ainsi qu’en fait état un récent rapport parlementaire de l’armée dont l’examen a été confié à un député d’opposition (conservateur), Kim Hack-yong – mais ce dernier, en alignant les généralités et en refusant de détailler les faits qu’il juge inquiétants, témoigne non seulement du refus de transparence des autorités sud-coréennes, mais de leur collusion avec les partisans de l’impunité. Au demeurant, que pouvait-on attendre d’autre de la part d’un député appartenant à un parti (le mal nommé le parti de la Liberté de la Corée) qui assume l’héritage de la junte ayant tué des milliers de Coréens entre 1961 et 1987, et dont certains membres n’hésitent ainsi pas à justifier les atrocités de feue la dictature militaire ?

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Kim Hack-yong

Est-ce de la complaisance ou le signe de son incapacité à exercer son mandat de parlementaire, c’est-à-dire de représentant de la nation disposant de prérogatives spécifiques et habilité non seulement à voter la loi, mais aussi à contrôler l’action du gouvernement et de l’administration ?

Kim Hack-yong déclare que les « mauvais comportements sexuels » sont un « problème persistant » dans les académies militaires – celles-là même où l’on forme l’encadrement des futures recrues, alors que la Corée du Sud maintient le système de conscription.

Le « zéro délit » n’existant dans aucune société, le lecteur pouvait s’attendre à des révélations… que nenni ! On saura seulement que 4 cas ont été référencés de janvier à septembre 2017, contre 5 en 2016 – et que 33 soldats ont été punis en 5 ans (dont 14 expulsés de l’armée). Mais des cas de quoi ? « Harcèlement, prostitution, propos obscènes et viols » selon l’auteur de l’article du Korea Times. Seul exemple cité : une caméra cachée permettant de voir les sous-vêtements d’une femme, et ayant conduit à une expulsion.

Oui, vous avez bien lu : non seulement les viols (qui sont un crime en droit pénal) seraient donc rares dans les académies militaires sud-coréennes (car rarement déclarés ?), mais de surcroît leurs auteurs seraient, au plus, expulsés ?!

Il est grand temps que l’administration démocrate du Président Moon Jae-in, qui a été avocat des droits de l’homme pendant la dictature militaire, cesse de prendre pour argent comptant les rapports de l’armée sud-coréenne qui, encore et toujours, est déjà soucieuse de l’impunité des tortionnaires dans ses rangs – et encore plus de laisser les  parlementaires d’un parti héritier de la dictature militaire traiter ces atteintes aux droits de l’homme.

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Quand l’administration Park Geun-hye diffamait « MissyUSA » et imposait une police de la pensée

Le 22 octobre 2017, le quotidien progressiste sud-coréen Hankyoreh a acquis des documents montrant comment la campagne de dénigrement contre la communauté de femmes coréennes américaines « MissyUSA » avait été téléguidée par les conseillers de la Présidente Park Geun-hye (depuis lors destituée et emprisonnée, dans l’attente de son jugement). Il s’agissait de diffamer systématiquement une organisation qui avait commis un crime de lèse-majesté en participant en 2014 à des manifestations à l’encontre de la Présidente Park (pour commémorer le naufrage du Sewol) – et qui devaient conduire un an plus tard, à l’issue d’un procès, à la levée toutes les accusations à l’encontre de MissyUSA.

missyusa_diffamation_park-geun-hye_manifestationManifestation anti-Park Geun-hye à Atlanta, le 11 mai 2014

Prétendre que les Coréens des Etats-Unis sont manipulés par la Corée du Nord est à peu près aussi risible que croire que le communisme était la force d’opposition majeure aux Etats-Unis pendant la guerre froide : c’est pourtant ce mensonge énorme qu’a tenté d’accréditer la présidence Park Geun-hye à l’encontre de MissyUSA, en mobilisant tous les moyens dont peut disposer un Etat pour imposer une pensée juste, à défaut de pouvoir appliquer à l’étranger l’arsenal juridique répressif – basé notamment sur la loi de sécurité nationale – de l’Etat sud-coréen.

Premièrement, ainsi que l’a ordonné Kim Ki-choon, qui dirigeait l’administration présidentielle, diffuser une fausse information, en prétendant qu’un agent nord-coréen était présent à la manifestation anti-Park.

Deuxièmement, toujours selon les instructions données par Kim Ki-choon, accréditer la thèse que MissyUSA est manipulé par des éléments pro-Corée du Nord et que cette « vérité » doit être le plus largement diffusée. Obéissant aux ordres présidentiels, le Chosun Ilbo (journal le plus lu de Corée du Sud et habituel porte-voix des services de renseignement du pays) a publié sur son site Internet, le 17 octobre 2017, l’interview d’un défecteur nord-coréen, Lee Ae-ran, prétendant que des agents nord-coréens étaient derrière MissyUSA. Il est classique que les défecteurs nord-coréens servent de masse de manoeuvre aux opérations de désinformation du gouvernement sud-coréen.

Troisièmement, que le parti au pouvoir (Saenuri) et d’autres organisations liées à la nébuleuse conservatrice (la Fédération coréenne pour la liberté et l’Association des vétérans coréens) multiplient les déclarations, le cas échéant en achetant des pages de publicité, pour dénigrer MissyUSA.

Maintenant que les preuves sont connues de l’entreprise massive de manipulation des opinions publiques conduites à l’instigation du régime Park Geun-hye, il importe que ses séides répondent de leurs actes devant la justice, en République de Corée, aux Etats-Unis et partout dans le monde : le Comité international pour les libertés démocratiques en Corée du Sud appelle à ce que les bouches s’ouvrent, pour que ces violations massives des libertés publiques soient enfin connues et permettent l’inventaire des atteintes massives et systématiques aux droits de l’homme perpétrées par le régime Park Geun-hye.

Le placement en détention de Park Geun-hye prolongé de 6 mois

Le 13 octobre 2017, la Cour centrale du district de Séoul a décidé de prolonger de 6 mois maximum le placement en détention (qui arrivait à expiration le 16 octobre 2017) de l’ancienne Présidente Park Geun-hye, destituée puis interrogée dans le cadre de l’affaire Choi Soon-sil – qui a conduit par ailleurs à la condamnation à 5 ans de prison, le 25 août 2017, de l’héritier et du dirigeant de fait du groupe Samsung, Lee Jae-yong. 

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La demande de la prolongation du placement en détention avait été demandée par les procureurs fin septembre, afin de pouvoir continuer de mener à bien une enquête aux implications nombreuses et complexes : début octobre, seules 76 personnes avaient pu être interrogées, alors que des centaines d’auditions sont prévues.

Si l’ancienne chef de l’Etat est apparue affaiblie et amaigrie, menottes aux poignets, ses conditions de détention sont plus clémentes que pour le vulgum pecus des prisonniers coréens.

Manifestation à Paris pour la paix en Corée

Le 9 octobre 2017, un rassemblement a eu lieu place Saint-Michel, à Paris, à l’appel du Comité international pour les libertés démocratiques en Corée du Sud (CILD) et du Parti  démocratique populaire (PDP) de la République de Corée, pour dénoncer l’escalade militaire dans la péninsule coréenne et la politique belliciste de l’administration Trump. Outre des représentants du CILD et du PDP, des militants pacifistes français et sud-coréens se sont également exprimés, en témoignant tous de leur refus de la guerre. Nous reproduisons ci-après l’intervention prononcée par Sylvie Zarkan, au nom du CILD.

manifestation_fontaine-saint-michel_paris_9-octobre-2017

Depuis plusieurs mois, le commandant en chef américain Donald Trump a tenu des propos bellicistes enflammés et appelé à la tribune des Nations Unies à détruire entièrement la Corée du Nord : 72 ans après les bombardements américains de Hiroshima et de Nagasaki, les dirigeants américains menacent de déclencher une nouvelle guerre nucléaire qui aurait des conséquences irréversibles pour la planète et causerait des millions de victimes non seulement en Corée du Nord mais dans toute l’Asie du Nord-Est – la catastrophe de Tchernobyl nous rappelant que les radiations nucléaires se jouent des frontières.

La propagande de guerre américaine est à l’œuvre, relayée par les médias dominants : comme hier pour l’Irak, la Libye et la Syrie, il faut vilipender l’adversaire pour qu’il prenne les traits du Mal absolu. Mais ces mêmes médias oublient de nous dire que la péninsule coréenne est le théâtre deux fois par an des plus grandes manœuvres militaires au monde – américano-sud-coréennes – en temps de paix, pour préparer une invasion de la Corée du Nord et un changement de régime – avec le succès que l’on connaît en Irak et où Syrie, où Daech a prospéré sur les décombres des anciens gouvernements. Ces mêmes médias oublient aussi de nous dire :

  • que le budget militaire américain est plus de cent fois celui de la Corée du Nord et que les États-Unis détiennent mille fois plus d’ogives nucléaires que la Corée du Nord,

  • qu’un système de missiles antimissile américain (THAAD) est en cours de déploiement en Corée du Sud,

  • qu’une base navale, pouvant accueillir des armes nucléaires, a été ouverte dans l’île sud-coréenne de Jeju, menaçant irrémédiablement un patrimoine naturel exceptionnel ;

  • que 28 500 soldats américains sont stationnés en permanence en Corée du Sud après que l’armée américaine eut tué des millions de Coréens pendant la guerre de Corée (1950-1953) tout en déversant des tonnes de napalm sur tout le territoire nord-coréen,

  • que les populations nord-coréennes seront les premières (sinon les seules victimes) du régime le plus draconien de sanctions jamais mis en place sous l’égide du Conseil de sécurité des Nations unies : interdiction de 90 % des exportations nord-coréennes, interdiction des investissements nord-coréens à l’étranger, embargo pétrolier qui conduira à un nouveau déboisement massif du pays pour que la population ne meure pas de froid l’hiver – mais ce déboisement aggravera encore l’érosion des sols et la destruction des terres cultivables, condamnant les populations nord-coréennes à une famine pire encore que celle des années 1990 ayant causé des centaines de milliers de morts.

Alors, qui menace qui en Corée ?

Plus que jamais, le Comité international pour les libertés démocratiques en Corée du Sud appelle à mettre un terme à l’hystérie guerrière en Corée du Sud et à un retour sans conditions aux négociations dans l’ensemble de la péninsule coréennecomme y appelle la coalition ICAN, Prix Nobel de la Paix 2017 – en vue d’y établir un régime de paix durable et de permettre la dénucléarisation effective de la Corée – de toute la péninsule coréenne.

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Droits de l’homme en Corée du Sud : quel bilan après 5 mois de présidence Moon Jae-in ?

Le 9 mai 2017, l’élection à Séoul du démocrate Moon Jae-in, ancien avocat des droits de l’homme, à la présidence de la République ouvrait l’espoir d’une plus grande démocratie (malgré sa proximité avec les conservateurs sur les questions liées à l’homophobie et aux droits des personnes LGBTI),  après les sévères régressions dans le domaine des libertés publiques sous les présidences Lee Myung-bak et Park Geun-hye. Cinq mois plus tard, où en est-on exactement ?

La loi de sécurité nationale n’a pas été abrogée. La plupart des prisonniers politiques n’ont pas été libérés. La chasse aux soldats gays se poursuit dans l’armée et les objecteurs de conscience sont toujours envoyés en prison par centaines chaque année. Les militants pacifiques étrangers injustement inscrits sur la liste noire sont toujours interdits de séjour en Corée du Sud – comme l’a prouvé malheureusement le cas de la Coréenne américaine Juyeon Rhee, qui a été interdite d’entrée en Corée du Sud malgré notre mobilisation. Indéniablement, l’élection de Moon Jae-in ne s’est pas traduite par un vent nouveau de liberté en République de Corée.

Mais des changements sont toutefois en cours : outre que la répression politique et antisyndicale n’a pas fait de nouvelles victimes, un Comité de réforme politique a jeté les bases d’une plus grande liberté d’expression et de manifestation. Le Président Moon a immédiatement procédé à des changements à la tête de l’agence nationale de renseignement, tout en s’engageant à revoir le déshonorant accord avec le Japon sur les « femmes de réconfort », euphémisme désignant les esclaves sexuelles avant et pendant la Seconde guerre mondiale. Enfin, la justice a pu poursuivre son travail sans subir les entraves du pouvoir politique, comme l’a prouvé la condamnation de Lee Jae-yong, dirigeant de fait du groupe Samsung, ou encore la poursuite de la réhabilitation des victimes de l’ère Park Chung-hee.

Au final, si l’on veut tirer un bilan, chacun pourra reprendre la métaphore du verre à moitié vide ou à moitié plein pour porter un jugement global. Sauf que celui-ci est certainement prématuré après seulement cinq mois de présidence, qui plus est dans un contexte de graves tensions internationales qui n’ont guère laissé de marges de manœuvre pour les éventuelles réformes touchant à l’armée et aux services de renseignement. Ce que montre toutefois les premiers mois de la présidence Moon Jae-in est que le chef de l’Etat est un homme prudent et pragmatique, qui n’a pas hésité à changer de position sur des questions telles que le déploiement en Corée du Sud du système américain de missiles THAAD. C’est pourquoi seule une mobilisation nationale et internationale permettra de faire évoluer l’administration sud-coréenne pour engager les réformes nécessaires : plus que jamais, le Comité international pour les libertés démocratiques en Corée du Sud a besoin de toutes et de tous pour atteindre ses objectifs ambitieux de démocratisation effective au Sud de la péninsule !