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L’ancien président Lee Myung-bak auditionné dans plusieurs affaires de corruption

Dans notre édition du 12 novembre 2017, nous rendions compte du resserrement de l’étau judiciaire autour de l’ancien président (2008-2013) de la République de Corée Lee Myung-bak, ainsi que des membres de sa famille. Si l’audition par le Parquet de Séoul le 14 mars 2018 a porté sur les seules accusations de corruption, celles-ci pourraient également toucher à la pratique autoritaire du pouvoir par l’ancien chef de l’Etat – notamment son utilisation des services de renseignement.

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Vingt heures d’audition attendues, 120 pages de questions pour une vingtaine de délits présumés : c’est bien l’ouverture d’un procès fleuve dont il s’agit, et dont les premières pages commencent seulement à être écrites – les poursuites ayant été sinon gelées, du moins retardées, pendant le mandat de la très autoritaire Park Geun-hye (2013-2017), aujourd’hui en prison pour corruption.

Le pardon présidentiel accordé en 2009 à l’ancien dirigeant de Samsung Lee Kun-hee, condamné pour évasion fiscale, a-t-il eu des contreparties, notamment un versement de 4,5 millions d’euros à Lee Myung-bak ? Cette question, si elle est centrale au regard des liens en tout genre qu’entretiennent le géant sud-coréen Samsung et les conservateurs, n’est pas la seule : l’ancien chef de l’Etat devra aussi répondre, entre autres, de versements qu’il aurait pu recevoir de Lee Pal-sung pour l’aider à prendre la direction du groupe Woori Financial, ou encore de possibles détournements de fonds d’une usine de pièces automobiles.

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Acquittement d’un officier en retraite qui avait eu des relations homosexuelles

Au printemps 2017 une véritable chasse à l’homme a été lancée en République de Corée pour démasquer et punir les soldats homosexuels en utilisant des applications informatiques, conduisant quelques semaines plus tard à une première condamnation à une peine de prison ferme à l’encontre d’un capitaine de 28 ans ayant eu une relation homosexuelle avec une personne consentante dans un cadre privé. La peine (de deux ans d’emprisonnement maximum) se fonde sur l’article 92-6 du code pénal militaire, dénoncé comme discriminatoire par les organisations de défense des droits de l’homme ainsi que dans les manifestations en Corée du Sud pour la défense des droits des personnes LGBTI (cf. photo ci-dessous de participants au Korea Queer Festival). Le Comité international pour les libertés démocratiques en Corée du Sud (CILD) avait aussi relayé une pétition contre la répression des soldats gays en République de Corée. Toutefois, une décision rendue par un tribunal de Séoul, le 22 février 2018, acquittant un officier à la retraite condamné sur la base de l’article 92-6, représente une victoire juridique sans précédent.

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Le 22 février 2018, le tribunal du district nord de Séoul a jugé qu’utiliser la loi pour punir des soldats homosexuels ayant des relations consenties était anticonstitutionnel, en dénonçant une violation des libertés individuelles et en estimant que l’article 92-6 ne devait s’appliquer qu’à des situations d’abus de pouvoir ou à des formes de violence. Le Centre coréen pour les droits de l’homme à l’armée a noté que c’est la première fois qu’une décision était rendue en ce sens depuis la pénalisation de l’homosexualité dans l’armée sud-coréenne en 1948. La personne condamnée en juin 2017 était un lieutenant ayant eu des relations sexuelles librement consenties avec le lieutenant d’une autre unité, à six reprises, entre septembre 2016 et février 2017.

Si la décision mérite d’être saluée, il n’en faut pas moins la relativiser : elle a été prise par une juridiction de première instance, l’affaire ayant été de surcroît transférée des tribunaux militaires aux tribunaux civils après que la personne incriminée eut été placée en position de retraite. Les tribunaux militaires continuent exclusivement de prononcer des condamnations. Selon le Centre coréen pour les droits de l’homme à l’armée, 22 procédures judiciaires sont en cours, ayant d’ores et déjà conduit à 7 condamnations (dont 4 à des peines de prison ferme). Trois personnes ont fait appel, les autres ayant renoncé. Le combat pour l’égalité des droits en Corée sera encore long.

Prostitution près des bases américaines : la justice reconnaît la responsabilité de l’Etat sud-coréen

Si les gouvernements sud-coréens mettent en avant (et à juste titre) – quelle que soit leur orientation politique – la question des « femmes de réconfort » (esclaves sexuelles de l’armée japonaise, originaires de Corée et d’autres pays, avant et pendant la Seconde guerre mondiale), la question de l’encouragement des autorités sud-coréennes pour que des femmes sud-coréennes se prostituent pour les soldats américains reste un sujet encore largement tabou. La reconnaissance de la responsabilité de l’Etat sud-coréen, dans une décision rendue le 8 février 2018 par le juge Lee Beom-gyun de la 22e division (affaires civiles) de la Haute cour de Séoul, devrait enfin aider à faire bouger les lignes dans la reconnaissance d’une atteinte majeure à la dignité de la personne humaine, aux droits humains et aux droits des femmes.


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Les anciennes prostituées près des bases américaines ont tenu une conférence de presse devant le tribunal, après la décision rendue le 8 février 2018

La plainte collective avait été déposée en juin 2014, pour des faits dont les plus anciens remontaient aux années 1950.

La cour a reconnu que les autorités de la République de Corée avaient activement justifié ou encouragé la prostitution de citoyennes sud-coréennes dans les villes de garnisons des soldats américains, à la fois en tant qu’un « devoir patriotique » – pour renforcer l’alliance militaire entre les Etats-Unis et la Corée du Sud – et dans le but d’apporter des devises au pays. Par conséquent, la cour a jugé que « le gouvernement avait violé son obligation de de protéger les droits humains » des prostituées et ordonné la paiement d’indemnité aux 117 requérantes, à hauteur de 7 millions de won (soit 5 290 euros) pour 74 d’entre elles et 3 millions de won (soit 2 270 euros) pour les 43 autres plaignantes.

En effet, le gouvernement sud-coréen gérait les camps militaires et, dans ce cadre, a encouragé et justifié la prostitution de femmes coréennes pour le réconfort des soldats américains.

Toujours selon la cour, les dommages ont été non seulement psychologiques mais aussi physiques, du fait notamment d’un traitement inapproprié des maladies sexuellement transmissibles.

L’université chrétienne Handong sous le feu des critiques pour avoir sanctionné des étudiants et des professeurs à la suite de l’organisation d’un séminaire

Comme l’a indiqué le Korea Herald, le 8 décembre 2017, le club « Fleur sauvage » (créé pour promouvoir les droits des minorités sociales) de l’université protestante Handong organisait un séminaire consacré à l’égalité femmes-hommes et à la prostitution, en présence de Lim Ok-hee, professeure de littérature anglaise et présidente du Centre pour les études culturelles sur les femmes, ainsi que de deux militantes féministes, les soeurs Hong Seung-eun et Seong-hee. Peu après, cinq étudiants organisateurs de la rencontre (ou ayant diffusé l’annonce sur les réseaux sociaux) ont dû s’expliquer devant un comité d’orientation, tandis que deux enseignants ont fait l’objet, pour l’un d’eux (Na Youn-sook), d’une surveillance, et pour l’autre, d’un non-renouvellement de son contrat (Kim Dae-ok).

seminaire_egalite-des-sexes_universite-chretienne_coree                                                     L’affiche du séminaire

Officiellement, les décisions prises qui apparaissent comme des sanctions ont été liées à l’organisation du séminaire dans une période trop rapprochée des examens. Sauf que le comportement des autorités universitaires indique bien une forme plus pernicieuse de censure à l’encontre d’idées jugées déviantes : cinq heures avant la conférence il a été demandé – en vain – à ses organisateurs d’annuler la réunion. Puis le doyen en charge des affaires étudiantes a organisé une manifestation de protestation avec 20 étudiants qui ont fait leur les slogans suivants : Rejetons le féminisme qui encourage les comportements de promiscuité sexuelle et : Nous nous opposons au féminisme qui détruit l’ordre familial établi par Dieu.

Cette affaire révèle la nécessité de lutter contre les tentatives de certains groupes protestants d’imposer en Corée du Sud l’équivalent chrétien de la charia, en contradiction avec les lois nationales. Le combat contre l’intolérance religieuse et pour la laïcité doit plus que jamais être mené en République de Corée.

Jean Salem nous a quittés

Président du Comité d’initiative pour les libertés démocratiques en Corée du Sud, devenu le Comité international pour les libertés démocratiques en Corée du Sud (CILD), depuis sa fondation en 2015, le philosophe Jean Salem, professeur à l’Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne, nous a quittés le 14 janvier 2018 à l’âge de 65 ans, des suites d’une longue maladie. Le CILD rend hommage à un homme de combats, modeste et ouvert, d’une générosité rare, qui a jusqu’à la fin soutenu les luttes pour la démocratie en République de Corée. Son exemple doit continuer à nous inspirer.

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A l’instar de son père, Henri Alleg, qui s’était très tôt investi dans les mobilisations pour la réunification de la Corée et la démocratie au Sud de la péninsule, Jean Salem n’aimait pas se mettre en avant, jugeant que les causes justes exigent de dépasser les clivages et les luttes de chapelle : à cet égard, le séminaire « Marx au XXIe siècle : l’esprit et la lettre », qu’il avait animé à la Sorbonne depuis 2005, était un lieu irremplaçable d’échanges et de débats sur la philosophie de Marx aujourd’hui et les questions qu’elle suscite. C’est d’ailleurs dans le cadre de ce séminaire qu’il avait à plusieurs reprises donné la parole aux militants sud-coréens frappés par la répression, qui luttent pour les droits politiques et sociaux, à mille lieux des clichés qui veulent voir dans la République de Corée une démocratie dite libérale.

Ayant participé aux manifestations du 1er mai à Séoul, il avait pu témoigner de l’engagement de tout un peuple pour défendre des libertés démocratiques durement acquises dans la lutte contre la junte militaire, puis pour chasser du pouvoir la très autoritaire présidente Park Geun-hye. Quand les droits politiques des Sud-Coréens étaient sacrifiés sur l’autel des intérêts économiques et stratégiques des capitales occidentales, qui se taisant honteusement sur des atteintes systématiques aux droits de l’homme à Séoul, Jean Salem était toujours présent, rappelant l’indispensable solidarité qui doit s’établir avec les prisonniers politiques qui sont aujourd’hui toujours derrière les barreaux à Séoul.

Jean Salem était un homme fidèle à ses convictions, qui s’était engagé sans faiblir dans le combat encore largement ignoré pour les droits de l’homme en Corée du Sud. Le CILD continuera son oeuvre. Nous lui rendons hommage et présentons nos condoléances à sa famille, ses amis et ses camarades.

Les biens de Park Geun-hye menacés

Le 8 janvier 2018, le Parquet central du district de Séoul a indiqué avoir demandé une saisie temporaire d’actifs détenus par l’ancienne présidente Park Geun-hye, afin de permettre leur saisie en cas de condamnation.

Jour après jour, la justice s’évertue à démêler l’écheveau des affaires qui ont conduit à la destitution de l’ancienne chef de l’Etat. Le 4 janvier, les procureurs l’ont mise en examen concernant l’utilisation de 3,65 milliards de won (soit près de 2,9 millions d’euros) reçus de l’agence nationale de renseignement entre mai 2013 et juillet 2016. Cette somme aurait servi de caisse noire, dont l’existence aurait été tenue secrète sauf à un petit groupe de proches de la présidence pour des dépenses à caractère personnel (toilettes, vacances, entretien immobilier…).

Les actifs gelés de l’ancienne présidente étaient estimés à 3,73 milliards de won fin 2016, avant qu’elle ne doive engager d’importantes dépenses en frais d’avocat pour assurer sa défense : une vingtaine de chefs d’accusation pèsent sur Mme Park.

Comment les conservateurs bloquent l’enquête judiciaire sur le député Choi Kyung-hwan

Le député (Parti Liberté Corée, conservateur) Choi Kyung-hwan est sous le coup d’un mandat d’arrêt depuis le 11 décembre 2017 : cet ancien proche collaborateur de la Présidente Park Geun-hye (destituée et aujourd’hui en prison) est soupçonné d’avoir reçu 100 millions de won (soit 92 000 dollars américains) de l’Agence nationale de renseignement (acronyme anglais : NIS) sud-coréenne en octobre 2014. Mais l’opposition conservatrice s’oppose à la levée de son immunité parlementaire, soucieuse d’empêcher toute manifestation de la vérité après qu’un scandale de corruption a déjà chassé du pouvoir l’administration Park.

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Lee Byung-kee, ancien dirigeant du NIS actuellement placé en détention provisoire, a affirmé que le NIS aurait versé de manière illégale 7 milliards de won, dont 4 milliards de won à la présidence sud-coréenne et 100 million de won à Choi Kyung-hwan, alors ministre des Finances et vice Premier ministre chargé de l’économie – ce que ce dernier, jusqu’ici surtout connu pour son ardeur à avoir déréglementé l’économie sud-coréenne dans un sens toujours plus libéral, nie catégoriquement. Le témoignage de Lee Byung-kee a été conforté par celui d’un autre ancien responsable du NIS, Lee Heon-soo, alors responsable du budget de l’agence de renseignement.

De nombreuses zones d’ombre demeurent ainsi sur cette affaire de corruption présumée, qu’il s’agisse de la liste complète des bénéficiaires du versement de 7 milliards de won ou des contreparties à ces versements.