Archives mensuelles : septembre 2017

« Ho Heo » : un spectacle de la compagnie Donghaenuri près de Beaubourg pour rappeler le sacrifice des combattants pour la démocratie

Il y a un an, la compagnie coréenne Donghaenuri se produisait place Edmond Michelet, près du centre Beaubourg, pour dénoncer le crime resté impuni commis contre les « femmes de réconfort« , anciennes esclaves sexuelles de l’armée japonaise. Le 14 septembre 2017, la troupe théâtrale Donghaenuri s’est à nouveau produite à Paris, toujours place Edmond Michelet : elle a joué « Ho Heo », terme désignant la voix des gens qui échangent entre eux pour vérifier qui est vivant et qui a disparu après la guerre – ou la répression politique. Tout en exprimant le « han« , ce sentiment si propre à la culture coréenne où se mêlent chagrin, mélancolie et manque, la représentation a été un hommage rendu aux victimes de la répression en Corée du Sud, où des dizaines de milliers de combattants pour la démocratie ont payé leur vie leur engagement pour la liberté en luttant contre la dictature militaire – et souvent disparu purement et simplement pour leurs proches et leurs compagnons d’armes, qui n’ont jamais su ce qu’ils étaient devenus.

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Les gens essaient de régler ensemble les problèmes de la communauté, par exemple pour avoir une bonne récolte et éviter les épidémies, ou encore pour prier pour les morts et leurs familles. L’esprit de communauté qui est consubstantiel à la culture traditionnelle coréenne existe aussi dans les autres pays sous des formes qui leur sont propres. La compagnie Donghaenuri a voulu incarner cet esprit qui est fonde l’existence, de la naissance à la mort, dans le spectacle <HO HEO>.
L’impérialisme et la dictature militaire ont causé des massacres dans l’histoire du peuple coréen. A l’heure actuelle encore, la société dans laquelle l’homme devient un outil du capital cause la mort de nombreuses personnes. Beaucoup de gens qui ont travaillé pour construire une vraie démocratie en Corée du Sud ont été accusés d’être des rebelles et des « rouges » et ont disparu du récit historique, ce qui a créé des traumatismes pour le peuple coréen qui se poursuivent jusqu’à aujourd’hui.
Ce spectacle a pour but de se souvenir des morts injustes, de surmonter les épreuves et de montrer l’esprit universel de communauté où tout le monde vit ensemble. Il utilise une musique originale revisitée à partir de la musique traditionnelle coréenne en mélangeant la danse masquée folklorique (sorte de théâtre coréen où les acteurs portent des masques traditionnels, le plus souvent en bois) et la musique paysanne.
1) le chemin d’un héros
2) prière
3) requiem
danse

<Chant pour ma sœur cadette défunte>
Avec la peur de chemin entre la vie à la mort
Tu es partie sans rien dire
Comme les feuilles qui tombent de toutes parts
A cause du vent en automne
Impossible de savoir où on va même si on a poussé sur la même branche
Ah, en espérant te revoir au paradis de la Terre Pure
Je l’attendrai avec nostalgie
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Canons à eau, barrages de bus : ce qui est appelé à changer dans les manifestations en Corée du Sud

La mort du militant paysan Baek Nam-gi à la suite d’un usage disproportionné des canons à eau par les forces de police en République de Corée (Corée du Sud) a généré une prise de conscience au sud de la péninsule – tandis que les autorités sud-coréennes avaient été mises en accusation devant le Conseil des droits de l’homme des Nations unies pour les atteintes à la liberté de manifestation. Ainsi, le Comité de réforme politique, constitué d’experts nommés à l’initiative du nouveau président démocrate Moon Jae-in, a formulé une série de recommandations qui, si elles sont effectivement mises en oeuvre, devraient renouer avec une pratique de la liberté de manifestation plus conforme aux standards démocratiques.

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Longtemps, les images des manifestations en Corée du Sud ont été associées aux canons à eau et aux barrages de bus érigés par les forces de l’ordre. Elles devraient désormais relever du passé, si les propositions du Comité de réforme politique sont mises en oeuvre conformément aux recommandations de leurs auteurs, formulées le 7 septembre 2017.

L’usage des canons à eau deviendrait ainsi exceptionnel, dans les seules hypothèses où les bâtiments publics seraient menacés et en cas de troubles à l’ordre public – des cas dont l’application, selon le Comité international pour les libertés démocratiques en Corée du Sud (CILD), devra évidemment être encadrée, pour que l’exception ne devienne pas la règle. Par ailleurs, seul le chef de la police locale pourra décider de leur utilisation (et non plus les chefs de station ni les officiers de police autorisés), et l’eau des canons ne pourra plus être mélangée à des colorants.

Les barrages constitués par les bus de police ne seront plus autorisés qu’en cas de violences excessives ou pour protéger les manifestants. Et dans tous les cas il devra être laissé un passage de 50 mètres.

La collecte de renseignements sera limitée aux cas de violence effective ou imminente, et en cas de possibles enquêtes criminelles (soit un critère qui est cependant, selon nous, excessivement lâche quant à sa possible interprétation). Les forces de police devront par ailleurs porter des vêtements fluorescents aisément reconnaissables, sur lequel figureront le nom des hommes et leur unité.

Les déclarations de manifestation pourront s’effectuer en ligne – ce qui n’est aujourd’hui toujours pas possible en France – et les motifs de refus des manifestations, très fréquents par le passé (comme les atteintes potentielles à la circulation automobile), plus strictement encadrés.

Le CILD se félicite de ces avancées, en espérant qu’elles deviendront pleinement effectives et rappelant par ailleurs que sur certains points la République de Corée est plus libérale que la France : les manifestations individuelles y sont possibles sans autorisation, des manifestations peuvent avoir lieu plus facilement devant les ambassades étrangères et un manifestant ne peut pas être fouillé par une personne du sexe opposé.

Park Noh-soo et Kim Kyu-nam : deux exécutions dans un procès truqué du régime Park Chung-hee ont donné lieu à une indemnisation

Au tournant des années 1960 et 1970, deux personnalités sud-coréennes – le professeur Park Noh-soo et le député Kim Kyu-nam – étaient poursuivies dans l’affaire dite de l’espionnage européen – au profit de la Corée du Nord – dans le cadre de leur séjour en Europe, et devaient finalement être condamnés à mort et exécutés. 45 ans plus tard, les fausses preuves utilisées à charge contre les prévenus ont conduit à des décisions judiciaires ordonnant le versement d’indemnités aux familles des victimes.

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Park Noh-soo siège à l’extrême droite sur cette photo, et Kim Kyu-nam tout de suite sur sa gauche

Né en 1933, Park Noh-soo était parti étudier à l’étranger et était devenu chercheur invité à l’Université de Cambridge. Revenu en République de Corée (Corée du Sud) en février 1969 il était arrêté pour espionnage dès le mois d’avril, avant d’être condamné à mort et exécuté en 1972. De faux aveux d’espionnage au profit de la Corée du Nord lui avaient été extorqués sous la torture, sur la base des séjours qu’il avait faits à Berlin-Est et à Pyongyang quand il étudiait à l’étranger.

La réouverture de son procès en 2015 a conduit à le déclarer non coupable. Sa famille – notamment sa veuve, qui a ensuite émigré au Canada – a engagé un procès en réparation : la justice sud-coréenne vient d’ordonner une indemnisation au titre du préjudice subi à hauteur de 2,09 millions de dollars – en-deçà cependant de la somme demandée par les plaignants (6,24 millions de dollars). Plus tôt cette année, en février, la famille du député Kim Kyu-nam, également condamné à mort dans la même affaire truquée d’espionnage, a obtenu 2,41 millions de dollars.

Tout en saluant ces décisions qui ne répareront jamais entièrement le préjudice et l’opprobre subis par deux hommes et leurs familles, le Comité international pour les libertés démocratiques en Corée du Sud (CILD) plaide pour que les prisonniers politiques actuellement sous les verrous en République de Corée, à l’issue de procès également truqués, soient libérés immédiatement et obtiennent une réparation à la hauteur du préjudice qu’ils ont subis.