Archives mensuelles : octobre 2018

Soulèvement de Jeju : le procès pour rejuger les victimes de la répression a commencé

Il y a 70 ans, le soulèvement des habitants de l’île de Jeju contre l’autoritarisme du Président Syngman Rhee entraînait une violente répression par les forces gouvernementales, alliée aux troupes d’occupation américaines, causant des dizaines de milliers de morts. Pendant longtemps, les massacres et les autres violations massives des droits des habitants ont été occultés en Corée du Sud. Le combat pour la vérité et la réhabilitation des victimes n’a toutefois jamais cessé : un cap supplémentaire a été franchi avec la décision, rendue le 3 septembre 2018 (les auditions commençant deux mois plus tard), que seraient rejugés 18 anciens détenus dans les geôles du régime, victimes de détentions arbitraires et de tortures, qui ont été condamnés par les tribunaux militaires entre décembre 1948 et juillet 1949. 

Ils sont 18 hommes et femmes, aujourd’hui octogénaires et nonagénaires :  Kim Gyeong-in, Kim Sun-hwa, Kim Pyeong-guk, Park Nae-eun, Park Dong-su, Park Sun-seok, Bu Won-hyu, Yang Il-hwa, Yang Geun-bang, Oh Gye-chun, Oh Yeong-jong, Oh Hui-chun, Lim Chang-ui, Jeong Gi-seong, Cho Byeong-tae, Han Shin-hwa, Hyeon Woo-ryong et Hyeon Chang-yong. Ils ne demandent pas d’argent : simplement d’être jugés après des procès arbitraires, avant qu’ils ne disparaissent. Car il y a urgence : ils sont les survivants d’une liste de 2 530 personnes incarcérées après le soulèvement de Jeju.

Leur avocat, Im Jae-seong, appartient au cabinet Haemaru. Lui-même a connu la prison en tant qu’objecteur de conscience et s’est ensuite investi dans la défense des civils vietnamiens massacrés pendant la guerre du Vietnam, ainsi que des objecteurs de conscience.

Le combat judiciaire sera difficile, les seuls documents apportés par les plaignants étant la liste des 2 530 personnes incarcérées fin 1948 et début 1949, les peines prononcées et les prisons où ils ont été envoyés.  Mais il y a urgence : pour soulager les souffrances endurées par ces milliers d’hommes et de femmes encore en vie, mais aussi pour honorer la mémoire de toutes celles et tous ceux qui ne sont plus là, mais ont été marqués au fer rouge du sceau de l’infamie – alors qu’ils étaient du côté de la démocratie, de la justice et de la liberté.

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Im Jae-seong

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Réfugiés yéménites dans l’île de Jeju : le gouvernement sud-coréen cède à la pression des xénophobes

Alors que le conflit au Yémen se traduit par le départ d’hommes, femmes et enfants fuyant la guerre, la famine et les épidémies, la République de Corée dirigée par le démocrate Moon Jae-in ne se distingue pas par son humanité, au contraire : elle a refusé en bloc d’accorder l’asile à plusieurs centaines de Yéménites qui avaient gagné l’île de Jeju, cédant ainsi à une violente pression xénophobe et islamophobe.

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Réfugiés devant le siège de la Croix Rouge, à Jeju, le 19 juin 2018

Le couperet est tombé, mi-octobre : 339 réfugiés ont reçu un visa humanitaire d’une durée d’un an, et 34 autres ont fait l’objet d’une mesure d’expulsion. Tous devront en tout cas quitter l’île de Jeju.

500 Yéménites – une goutte d’eau dans le flux des réfugiés – ont gagné Jeju depuis le début de l’année 2018, à la faveur du régime d’exemption de visas applicable dans l’île.

La dureté du gouvernement sud-coréen est en phase avec un rejet de pratiquement toutes les demandes d’asile politique, le taux d’acceptation n’étant que de 4 % (non compris les réfugiés nord-coréens), dans un pays encore plus intolérant à la présence d’étrangers quand ceux-ci ne sont pas originaires de l’est de l’Asie.

Le Comité international pour les libertés démocratiques en Corée du Sud appelle les autorités sud-coréennes à revoir leur politique d’asile, en la mettant en conformité avec les standards des autres pays industrialisés d’Europe et d’Amérique du Nord, dont le niveau de développement est équivalent au sien.

Il faut abroger et non amender la loi de sécurité nationale

Fer de lance de la dictature toujours en vigueur trois décennies après la fin du régime de la junte militaire, instrument privilégié pour réprimer les opposants, la loi de sécurité nationale est de longue date sous les feux des projecteurs de toutes celles et de tous ceux qui, en République de Corée, défendent la démocratie et les droits de l’homme. Dans ce contexte, la déclaration de Lee Hae-chan, président du Parti démocrate (au pouvoir à Séoul), pour amender la loi de sécurité nationale, mérite de retenir l’attention.

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Lee Hae-chan

En déclarant, en marge d’une commémoration de la déclaration conjointe Nord-Sud du 4 octobre 2007, qu’il convenait d’amender la loi de sécurité nationale pour tenir compte notamment de l’évolution récente des relations Nord-Sud, Lee Hae-chan a relancé un débat ancien : lors de la décennie de la politique du rayon de soleil (1998-2008) d’ouverture et de dialogue avec le Nord, les démocrates avaient déjà plaidé pour une telle révision. Mais l’examen du projet de loi n’avait pas abouti, faute d’une majorité parlementaire suffisante, y compris parmi certaines députés démocrates.

Aujourd’hui, les progressistes (démocrates et gauche) n’ont pas davantage de majorité large au Parlement, et l’adoption du projet de loi soulève d’autant plus de doutes que la droite n’est pas favorable à la ratification de la déclaration commune Nord-Sud de Panmunjom, signée par les présidents Moon Jae-in et Kim Jong-un à Pyongyang le 19 septembre 2018.

Pour le Comité international pour les libertés démocratiques en Corée du Sud, l’amendement de la loi de sécurité nationale ne doit toutefois être, au mieux, qu’une étape : son abrogation constitue une exigence démocratique, qui pourrait être l’un des débats des prochaines élections législatives au printemps 2020.

15 ans de prison pour l’ancien président Lee Myung-bak

Si l’élection du conservateur Lee Myung-bak à la présidence de la République en République de Corée (2008-2013) s’est traduite par une dérive autoritaire des institutions accentuée par sa successeur, Mme Park Geun-hye, c’est plus classiquement une affaire de corruption qui a conduit la condamnation de l’ancien chef de l’Etat à une peine de 15 ans de prison ferme, assortie d’une amende de 13 milliards de won (soit 10 millions d’euros), le 5 octobre 2018. Mis en examen pour pas moins de 16 chefs d’accusation, Lee Myung-bak devient ainsi le quatrième président sud-coréen condamné par la justice – tous les quatre de sensibilité conservatrice.

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Lee Myung-bak arrivant à l’audience, le 6 septembre 2018

C’est devant une chaise vide que le jugement a été rendu par la Cour centrale du district de Séoul, l’ancien Président de la République ayant refusé d’assister à l’audience pour protester contre la retransmission du procès en direct autorisée par le tribunal. Les opposants que Lee Myung-bak avait jetés en prison avaient, eux, le courage de faire face à ce qui n’était pourtant qu’une parodie de justice.

La peine a été prononcée dans le cadre de la mise à jour d’un montage juridique et financier, ainsi présenté par l’agence sud-coréenne Yonhap :

La cour a conclu que Lee, âgé de 76 ans, est le patron de facto de DAS, entreprise de pièces détachées automobiles appartenant à son frère aîné sur le papier, au centre du scandale. Le tribunal a déclaré que Lee a demandé à des responsables de DAS de constituer des fonds secrets et commis d’autres irrégularités.

Le sujet concernant la propriété de DAS avait été l’un des principaux points litigieux dans ce procès car le scandale évoluait en grande partie autour de cette société dont Lee était soupçonné depuis longtemps d’être le vrai propriétaire.

Une fois au pouvoir, Lee Myung-bak avait utilisé ses prérogatives présidentielles pour des accorder des avantages à la société DAS, à sa famille et à lui-même.

Un autre chef d’accusation a porté sur le versement indû de frais de justice, pour un montant de plus de 4 millions d’euros, par Samsung Electronics au profit de DAS. le conglomérat sud-coréen, notoirement lié aux conservateurs et de sinistre réputation pour ses pratiques antisyndicales et antisociales, est le plus puissant du pays ; la justice a soupçonné que la contrepartie à la prise en charge de ces frais était la recherche d’une mesure de grâce présidentielle dans le cadre d’un procès pour évasion fiscale de Lee Kun-hee, actuel président de Samsung. Lee Kun-hee a effectivement bénéficié d’une grâce présidentielle.

Le Comité international pour les libertés démocratiques en Corée du Sud appelle à un jugement complet de l’ancien président Lee Myung-bak  pour l’ensemble des chefs d’accusation à son encontre.