Archives mensuelles : décembre 2016

Les manifestations anti-Park se poursuivent la veille de Noël

Ni le vote de la motion de destitution par le Parlement sud-coréen (qui reste encore à confirmer par la Cour constitutionnelle), ni la date n’ont découragé les participants, qui ont engagé, ce 24 décembre 2016, le neuvième week-end consécutif de manifestations pour que la Présidente Park Geun-hye quitte immédiatement le pouvoir : ils ont été un demi million à défiler dans tout le pays, au sein de rassemblements qui ont pris des allures festives. L’enjeu est celui de l’avènement d’une vraie démocratie politique et sociale, le caractère ploutocratique du régime actuel ayant été confirmé par les perquisitions au siège du fonds de pension national le 21 décembre 2016 (le troisième plus important au monde), ainsi que dans les directions des conglomérats, et notamment de Samsung, héraut des politiques antisociales en République de Corée et soutien fervent des régimes conservateurs et autoritaires au Sud de la péninsule.

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En effet, rien ne serait aujourd’hui pire que de considérer la partie gagnée : les avocats de Park Geun-hye se sont en effet employés à réfuter en bloc les arguments en faveur de la destitution votée à une écrasante majorité (près de 80 %) par le Parlement, tandis que les pro-Park ont commencé à manifester. Au sein du parti Saenuri de la chef de l’Etat, ce sont les opposants à Park Geun-hye qui ont choisi de partir pour créer une nouvelle formation politique (le « Nouveau parti conservateur réformiste« ) – plutôt que de mener une lutte en interne pour être majoritaires. Par ailleurs, les conservateurs tentent de s’organiser autour du futur ex-secrétaire général des Nations Unies Ban Ki-moon, un opportuniste politique ayant soutenu toutes les majorités au pouvoir à Séoul, ce qui en fait le candidat idéal pour continuer à promouvoir les intérêts des chaebols et d’une classe politique corrompue.

Si les étudiants ont été à l’avant-garde des manifestations, la classe ouvrière a aussi été aux avant-postes : la centrale syndicale KCTU, dont le dirigeant Han Sang-gyun a été condamné à de la prison ferme (trois ans en dernière instance) à l’issue d’un procès inique, a occupé toute sa place dans la coordination des actions revendicatives, ses militants étant en tête de cortège. La KCTU a lancé plusieurs appels à la grève générale en soutien aux manifestations de masse – notamment le 30 novembre 2016, dans les secteurs de l’automobile, des chantiers navals, des chemins de fer, de la fonction publique et de la métallurgie. Les luttes sociales ont convergé avec les mots d’ordre du départ de Park Geun-hye, dont le gouvernement est à l’origine de projets réduisant les droits des salariés – notamment le projet de « licenciements flexibles », c’est-à-dire la possibilité de licenciements unilatéraux par l’employeur quand le salarié n’atteint pas les objectifs qui lui ont été assignés.

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Droits des travailleurs : la délégation de Samsung a donné une conférence à Grenoble

Dans le cadre de la tournée en Europe (du 2 au 18 décembre 2016) de la délégation de travailleurs et familles de travailleurs de Samsung, soutenue par le Comité international pour les libertés démocratiques en Corée du Sud (CILD), une conférence a eu lieu à Grenoble le 14 décembre, à l’invitation de la CGT Métallurgie de l’Isère, de l’Union Locale CGT Grenoble, des salariés d’Ecopla et de Fakir. Le CILD revient en images sur cette conférence, organisée (sur l’initiative du CILD et de l’Association d’amitié franco-coréenne) parallèlement à une soirée de solidarité avec les travailleurs d’Ecopla.

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Le Parlement a voté la destitution de Park Geun-hye : ce n’est qu’un début, continuons le combat pour les libertés jusqu’à la victoire !

Le 9 décembre 2016, le Parlement sud-coréen a voté à une très large majorité (234 voix sur 300) la motion de destitution de la chef de l’Etat Mme Park Geun-hye déposée par l’ensemble des partis d’opposition. Désormais, la Cour constitutionnelle doit valider ce vote – mais alors que Mme Park Geun-hye avait tenté, dans les jours précédant le vote, d’empêcher sa destitution en ouvrant la voie à son départ volontaire du pouvoir, il est acquis qu’elle ne terminera plus son mandat, ne disposant d’ores et déjà plus des prérogatives présidentielles – transférées au Premier ministre.

Pour le Comité international pour les libertés démocratiques en Corée du Sud (CILD), qui a soutenu les manifestations du 12 et du 26 novembre à Paris pour exiger le départ du pouvoir de Mme Park, ce résultat est une vraie joie, que nous avons partagée, toujours place du Trocadéro, avec les Coréens de France, le 10 décembre 2016.

Mais le combat doit se poursuivre jusqu’à l’élimination complète du régime autoritaire de Mme Park Geun-hye, dont les fonctions sont désormais exercées par le Premier ministre qu’elle a nommé, qui est l’un de ses affidés et est à l’origine de la scandaleuse interdiction du Parti progressiste unifié.

Car aujourd’hui rien n’a changé : aucun des militants politiques et syndicaux emprisonnés n’a été libéré – à commencer par le dirigeant syndical Han Sang-gyun, dont la peine a été réduite à trois ans de prison. Mais ce nouveau jugement n’en est pas moins inique, faisant fi de l’exercice des libertés syndicales et d’opinion : Han sang-gyun doit être libéré immédiatement !

L’opinion publique coréenne et internationale attend toujours la vérité sur les naufrages du « Cheonan » et du « Sewol ». Elle attend toujours la fin des intimidations sur les médias, l’abolition de la censure pesant sur les artistes et la libération des objecteurs de conscience emprisonnés, en méconnaissance totale des engagements internationaux de la Corée du Sud.

Les services de renseignement sud-coréens continuent de manipuler l’opinion publique coréenne et internationale, et interviennent toujours à tous les niveaux de la vie politique. Il y a d’ailleurs à craindre que, acculés, ils tentent de nouvelles manoeuvres, y compris en France et dans le monde contre notre organisation.

Les conglomérats continuent de décider de la vie du pays et d’imposer des conditions de travail indécentes, comme le rappelle le courageux combat des travailleurs de Samsung, actuellement en tournée en Europe, toujours avec notre soutien.

C’est pourquoi nous devons poursuivre le combat pour l’instauration d’une véritable démocratie politique et sociale en République de Corée, en appelant chacune et chacun à nous rejoindre pour amplifier le mouvement international de solidarité !

Les Samsung en Europe pour la défense des droits des travailleurs

Avec le soutien du Comité international pour les libertés démocratiques en Corée du Sud (CILD), c’est une tournée exceptionnelle qu’effectue en Europe (France, Belgique, Pays-Bas, Luxembourg, Allemagne, Suisse), du 2 au 18 décembre 2016, une délégation sud-coréenne de travailleurs et de membres de familles des travailleurs de Samsung. Pour ne plus jamais entendre dire qu’on ne savait pas ce qui se passait chez Samsung, qui est par ailleurs l’un des conglomérats sud-coréens les plus impliqués dans le scandale Choi Soon-sil – du nom de la gourou de la chef de l’Etat ayant entraîné le vote d’une motion de destitution de la Présidente par le Parlement sud-coréen. Nous rendons compte ici de l’étape parisienne de la tournée européenne des Samsung, par ailleurs soutenue par le Parti populaire démocratique de Corée du Sud.

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Rencontre d’une délégation du CILD avec les Samsung, le 4 décembre 2016

Manifestations publiques70 participants place de Stalingrad le 3 décembre, à l’occasion d’une manifestation co-organisée par le CILD, où une représentante de la CGT chômeurs et précaires a pris la parole, avant que la présence des travailleurs sud-coréens ne soit saluée lors de la 14e manifestation des chômeurs et précaires – mais aussi rencontres, non seulement avec une délégation de membres du CILD (le 4 décembre dans le quartier de Montparnasse), mais aussi avec des médias, des syndicats (la CGT au siège national) et des formations politiques (dont le Parti de gauche) : indéniablement, les travailleurs et associations défendant les travailleurs de Samsung ne se sont pas passés inaperçus dans la capitale française.

Et leur message est édifiant. Tout d’abord, celui d’un homme, Kim Sung-hwan, Président du Syndicat général des travailleurs de Samsung, non reconnu par le groupe : alors qu’il travaillait auprès d’un sous-traitant de Samsung, Kim Sung-hwan a créé en 1996 un syndicat indépendant, ce qui a entraîné la rupture de son contrat de travail puis une condamnation à trois ans de prison, de 2005 à 2007, suite à une plainte pour diffamation déposée par la firme. Depuis octobre 2012, Kim et ses camarades manifestent tous les mercredi devant le siège de Samsung pour exiger le respect du droit constitutionnel de s’organiser en syndicat et, plus généralement, la défense des droits des travailleurs.

Car le désastre humain et social causé par le groupe est plus large. Que penser du récit de ces deux femmes, dont l’une (Jung Ae-jung) a perdu son mari, l’autre (Kim Ji-sook) sa petite soeur, suite aux leucémies causées par des produits toxiques utilisés dans les chaînes de fabrication ? Kim Ji-sook elle-même souffre d’une leucémie : au total, 223 salariés ou anciens salariés du groupe sont atteints de leucémie, et 76 d’entre eux en sont morts. Pourtant, le groupe Samsung s’obstine à reconnaître le moins possible de leucémies comme des maladies professionnelles dont il est responsable. La loi d’airain du profit est à ce prix.

Mais que penser aussi du récit poignant de Choi Sung-chul, ancien patron de PME qui était un sous-traitant de Samsung et avait trois usines, deux en Corée du Sud et une en Chine ? Il a tout perdu, révélant ainsi que le droit des entreprises sud-coréen est distordu au profit des plus grands groupes.

Pour faire taire ses opposants, Samsung lance des procès, achète le silence des médias sud-coréens, met sur écoute et organise des filatures. C’est contre ce système politique et économique corrompu, dont Samsung est le symbole le plus flamboyant, que des millions de Coréens se sont soulevés ces dernières semaines, jusqu’à obtenir le vote par le Parlement d’une motion de destitution de la Présidente Park Geun-hye. Mais ce n’est qu’un début, pour l’avènement d’une réelle démocratie politique et sociale en République de Corée, et qui exige plus que jamais la solidarité internationale avec les militants politiques et syndicaux en lutte. Tel est le sens du combat mené par le CILD.

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Regarder toutes les photos du voyage en Europe sur le site Internet du Syndicat général du groupe Samsung (cliquer sur le jour correspondant)

Comment la Corée du Sud viole les droits politiques fondamentaux des étrangers sur son territoire

Il est désormais connu que la République de Corée expulse volontiers (« déporte« , dans son langage juridique) les étrangers qui manifestent contre les autorités, ou prennent simplement des positions publiques non conformes avec la parole gouvernementale. Mais ces décisions s’inscrivent dans un cadre plus large : celui de l’interdiction d’activités politiques pour les étrangers résidant sur son territoire – une mesure jusqu’à présent peu sanctionnée, mais que le pouvoir autoritaire sud-coréen a opportunément rappelée alors que le pays connaît des manifestations de plus en plus importantes pour exiger le départ immédiat du pouvoir de la Présidente Park Geun-hye, suite à l’éclatement du scandale Choi Soon-sil.

Les termes de l’interdiction sont clairs : selon la loi sur le contrôle de l’immigration, « aucun étranger séjournant en République de Corée ne doit s’engager dans une activité politique sauf dans les cas prévus par la présente loi ou d’autres textes« . Les exceptions visent les droits des personnes vivant en Corée (comme les droits des travailleurs étrangers). Les sanctions vont du refus de visa à l’expulsion et à l’interdiction d’entrée sur le territoire sud-coréen.

Concrètement, cela signifie l’interdiction d’avoir une appartenance politique, de participer à des réunions publiques ou de participer à une manifestation, soit des violations flagrantes des engagements internationaux de la République de Corée en matière de droits de l’homme – notamment la liberté d’expression et la liberté de réunion. Il y a aujourd’hui une tolérance lorsqu’un étranger est pris en photo dans une manifestation, mais une prise de parole publique est manifestement considérée comme une violation de la loi susceptible d’être sanctionnée.

Un étranger contrôlé dans une manifestation devra justifier qu’il y était par hasard, contre son gré, et le Korea Times a révélé des cas ubuesques où un étranger devait se justifier d’avoir été, malgré lui, « pris » dans une manifestation !

En ressortant les textes applicables à la veille de la manifestation du 3 décembre 2016 – auquel ont participé un nombre record de Coréens – le pouvoir autoritaire de Séoul n’a fait que retrouver ses vieux réflexes de la dictature militaire, ce qui justifie à lui seul pourquoi un tel régime doit être balayé au plus vite.