Archives mensuelles : avril 2016

Libérez Lee Seok-ki et les victimes du pseudo-complot de l’ « Organisation révolutionnaire » !

Le 17 février 2014, le tribunal régional de Suwon a condamné le député Lee Seok-ki (qui avait été élu sous les couleurs du Parti progressiste unifié, PPU, dissous depuis dans des conditions étrangères à un régime démocratique) à 12 ans de prison pour complot contre l’Etat et violation de la loi de sécurité nationale, et six autres membres du PPU à des peines de prison ferme comprises entre 4 et 10 ans. Une telle condamnation d’un parlementaire en exercice est sans équivalent dans aucune démocratie parlementaire aujourd’hui au monde, étant intervenue à l’issue d’un procès truqué, fabriqué par les services de renseignement sud-coréens, qui ont argué de la création d’une pseudo « Organisation révolutionnaire » dont ils n’ont pas pu démontrer l’existence, ni a fortiori les activités.

La peine prononcée à l’encontre de Lee Seok-ki a été réduite à neuf ans de prison ferme en appel, et celles de ses co-accusés a été portée entre trois et cinq ans. Ces réductions de peine n’atténuent en rien l’arbitraire du jugement initial, la seule preuve matérielle du « crime » commis par les co-accusés étant d’avoir participé à une conférence donnée par Lee Seok-ki.

Pour la défense de la liberté d’expression et les droits de l’homme, le Comité international pour les libertés démocratiques en Corée du Sud (CILD) s’associe à la campagne lancée par le Comité coréen pour sauver le député Lee Seok-ki dans l’affaire du complot insurrectionnel (Korean Committee to Save Rep. Lee Seok-ki of the Insurrection Conspiracy Case) en vue de la libération de Lee Seok-ki et de ses co-accusés.

Nous appelons chacune et chacun à s’abonner à la lettre d’information (newsletter) du Comité coréen pour sauver le député Lee Seok-ki, lancée en avril 2016, ainsi qu’à diffuser cette newsletter, en contactant le Comité coréen à l’adresse mél suivante : savelee3@gmail.com.

Plus d’informations (en coréen) sur la page Facebook du Comité coréen pour sauver le député Lee Seok-ki dans l’affaire du complot insurrectionnel : https://www.facebook.com/sklee.net/timeline?ref=page_internal.

« Corée du Sud : la liberté d’expression en eaux troubles »

Comme dans tous les régimes autoritaires, les autorités sud-coréennes tentent une mainmise sur la liberté artistique pour étouffer toute contestation. Nous rendions compte des pressions exercées sur un des plus grands festivals de cinéma d’Asie, le festival de Busan, pour empêcher la diffusion d’un film documentaire – récemment diffusé en France – qui révélait les manoeuvres gouvernementales après le dramatique naufrage du ferry Sewol pour empêcher l’expression de la véritéNous reproduisons ci-après un article d’Eva John, correspondante à Séoul de Libération, intitulé « Corée du Sud : la liberté d’expression en eaux troubles », qui rend compte de la censure artistique en cours dans le Sud de la Corée. 

Entre censure et déstabilisations d’institutions majeures, la reprise en main très dure de la politique culturelle du gouvernement conservateur en place soulève des inquiétudes croissantes.

Expo

L’exposition consacrée à la création et au luxe à la française n’aura pas lieu. L’événement, qui devait débuter fin avril au musée national de Corée dans le cadre des années croisées France-Corée, à l’occasion du 130anniversaire des relations diplomatiques entre les deux pays, a été annulé en février. L’affaire n’aurait pas fait autant parler d’elle si la directrice du musée, opposée à cet événement qu’elle jugeait «trop commercial», n’avait été démise de ses fonctions par la Présidente, Park Geun-hye, peu après l’annulation.

L’histoire, révélée fin mars par le quotidien de gauche Hankyoreh, relance en Corée le débat autour de la mainmise du gouvernement sur la production artistique. Même le quotidien Joongang, plutôt bienveillant à l’égard du pouvoir, réclamait début avril dans un édito moins de «contrôle» de la part du gouvernement et plus de «liberté d’expression» pour les artistes.

Cinéma

La crise la plus notoire, qui a fait réagir jusqu’à Cannes, Venise et Berlin, est celle qui frappe le Festival international du film de Busan, l’un des plus importants d’Asie. Au centre de la polémique un documentaire, La vérité ne sombrera pas avec le Sewol, qui accuse les autorités d’être responsables du bilan dramatique (plus de 300 morts) du naufrage d’un ferry en avril 2014. Malgré la demande du maire, membre du parti conservateur au pouvoir, de retirer ce film jugé trop politique, l’organisation du festival a décidé de le diffuser lors de l’édition 2014. Quelques mois plus tard, la manifestation devenait la cible de plusieurs audits financiers et voyait ses subventions drastiquement réduites et le directeur du festival a été contraint de démissionner en février. L’édition 2016, dont les préparatifs peinent à avancer, pourrait même être compromise : de nombreux réalisateurs menacent de la boycotter en guise de soutien à l’équipe limogée.

Théâtre

En septembre, des députés du parti d’opposition avaient dénoncé des actes de censure par le gouvernement et mis en garde contre un étiolement de la démocratie sud-coréenne. D’après eux, plusieurs artistes marqués à gauche s’étaient vu refuser les aides de l’Arts Council Korea, l’une des principales agences de promotion des arts. Parmi eux, un auteur de théâtre ayant ouvertement soutenu l’adversaire de la future présidente lors de l’élection présidentielle de 2012, et un autre ayant écrit une pièce satirique sur la présidente et son père, l’ancien dictateur Park Chung-hee. Des accusations rejetées en bloc par l’organisation.

Peinture

Un an plus tôt, une immense fresque satirique avait été retirée de la Biennale de Gwangju en 2014 à cause des pressions de la mairie. L’œuvre, du peintre engagé Hong Seung-dam, représentait la présidente sud-coréenne en épouvantail manipulé par son père, en costume militaire et face à des familles de victimes en colère après le naufrage du Sewol. Le président de la biennale avait démissionné de son poste peu de temps après. Il avait alors déclaré : «La liberté d’expression ne devrait pas être restreinte par le gouvernement uniquement parce que ce dernier contrôle le budget des expositions.»

Défaite des conservateurs aux législatives sud-coréennes : la réaction de Jean Salem, Président du CILD

Aux élections législatives sud-coréennes du 13 avril 2016, l’opposition progressiste a remporté 167 des 300 sièges (122 sièges pour le Parti Saenuri, conservateur, au pouvoir, et 11 sièges pour des députés indépendants). Jean Salem, Président du Comité international pour les libertés démocratiques en Corée du Sud (CILD), a réagi en publiant le communiqué ci-après.

Au regard du combat mené depuis plus d’un an pour le CILD pour faire triompher les libertés démocratiques en République de Corée, je me félicite de la victoire de l’opposition aux élections législatives du 13 avril. Les électeurs ont dit non aux velléités du pouvoir sud-coréen de faire passer de nouvelles lois déréglementant toujours davantage le marché du travail. Ils ont dit non aux emprisonnements d’opposants politiques et syndicaux, qui ont été jusqu’à l’interdiction, à l’issue d’un procès truqué, du Parti progressiste unifié, principale formation politique de gauche dans le Parlement élu en 2012 (10 % des voix). Enfin, ils ont dit non aux atteintes croissantes aux libertés d’opinion, d’expression et de réunion, sur fond de renforcement continu des pouvoirs des services de renseignement au nom de la prétendue lutte contre une menace terroriste fantôme.

A l’heure où je m’exprime, nul ne sait si la Présidente Mme Park Geun-hye continuera d’être sourde aux exigences de la population en nommant un Gouvernement dépourvu de toute majorité parlementaire. La cohabitation n’a pas été, jusqu’à présent, dans la culture politique sud-coréenne.

Ce qui est revanche certain est que les démocrates, désormais majoritaires au Gukhoe, auront le devoir de protéger les droits des travailleurs et les libertés démocratiques, de permettre que toute la lumière soit faite sur les dramatiques naufrages du Cheonan et du Sewol et que les services de renseignement ne s’ingèrent plus dans la vie politique. Car le combat pour les libertés publiques ne doit pas d’arrêter : nous demandons encore et toujours l’abrogation de la loi de sécurité nationale, adoptée en 1948, et la libération des prisonniers politiques et de tous les objecteurs de conscience. Le Comité international pour les libertés démocratiques en Corée du Sud restera à l’avant-garde de la bataille pour les libertés.

Contre la loi antiterroriste, pour la libération des prisonniers politiques en Corée du Sud : le CILD a manifesté à Paris

Le 2 avril 2016, à l’appel du Comité international pour les libertés démocratiques en Corée du Sud (CILD) une manifestation a été organisée place du Châtelet, à Paris, pour exiger le retrait de la loi antiterroriste en République de Corée (Corée du Sud) et la libération de tous les prisonniers politiques détenus dans le Sud de la péninsule.

Il y a un mois, dans la nuit du 2 au 3 mars 2016, la loi antiterroriste était adoptée en Corée du Sud : alors que la menace terroriste est inexistante en Corée, les attentats du 13 novembre 2015 à Paris ont servi de prétexte à l’adoption d’un nouveau texte qui vise, une fois encore, à renforcer les pouvoirs de la sinistre Agence nationale de renseignement (acronyme anglais, NIS), héritière directe de services de renseignement parmi les plus brutaux au monde qui ont tué des milliers d’opposants. Comme l’a souligné le professeur Jean Salem, président du CILD, le NIS est le bras armé des conservateurs pour restreindre les libertés publiques en ciblant l’ensemble des opposants, politiques comme syndicaux. C’est le NIS au pouvoir qui est intervenu massivement en faveur des conservateurs au pouvoir pour favoriser l’élection de la Présidente Park Geun-hye. C’est encore le NIS qui a fabriqué le procès truqué ayant conduit à l’emprisonnement du député Lee Seok-ki puis à l’interdiction du Parti progressiste unifié, principal parti de gauche, en décembre 2014. C’est encore et toujours le NIS qui est à la manoeuvre dans les poursuites contre le dirigeant de la KCTU, sur fond de dérive sécuritaire et austéritaire : il ne fait pas bon, en Corée du Sud, critiquer les réformes visant à déréglementer le marché du travail, ou tendant encore à instaurer un révisionnisme historique afin de présenter sous un jour favorable dans les manuels scolaires la dictature militaire de Park Chung-hee, père de l’actuelle présidente Mme Park Geun-hye. Et c’est bien le NIS, dont les mains sont tachées de sang, auquel la loi antiterroriste donne des pouvoirs exorbitants aux règles de base d’une démocratie, sur la base d’une définition de ce qu’est le terrorisme particulièrement floue et imprécise, pour s’adapter aux besoins répressifs d’un pouvoir autoritaire.

Après le professeur Jean Salem, Olivier Bouchard est intervenu au nom du collectif SOLIDA (Solidarité pour la Liberté et la Démocratie en Asie), à l’origine des manifestations en France contre la révision de l’article 9 de la Constitution japonaise qui autorise, pour la première fois depuis 1945, le déploiement de troupes japonaises dans des combats en dehors de l’archipel. Les conditions dans lesquelles ce texte a été adopté, à rebours de la volonté pacifiste d’une majorité de Japonais, témoigne de la convergence des luttes pour la paix et la démocratie en Corée du Sud et au Japon.

Lee Jihye, militante de l’Alliance coréenne, a ensuite témoigné de la répression féroce qui s’est abattue contre son organisation, que le CILD a soutenue dès le début dans son combat pour la liberté d’expression, la démocratie et les droits de l’homme : huit militants de l’Alliance coréenne sont toujours en prison, quand d’autres doivent se cacher. Des portraits géants des militants de l’Alliance coréenne derrière les barreaux étaient d’ailleurs brandis, pour exiger la libération de tous les prisonniers politiques en Corée du Sud qui détient le triste record des peines d’emprisonnement parmi les plus longues au monde : à Séoul en avril-mai 2015, Jean Salem avait rencontré des prisonniers politiques qui ont été torturés et ont croupi dans les geôles de Séoul pendant parfois plus de quarante ans.

Patrick Kuentzmann, secrétaire général de l’Association d’amitié franco-coréenne, a ensuite témoigné comment la vindicte des autorités sud-coréennes s’abat également sur les citoyens d’autres pays qui s’obstinent à ne penser droit, lui-même ayant été expulsé et interdit de séjour en Corée du Sud au motif que ses activités, pourtant conduites dans un cadre entièrement pacifique et légal, constitueraient une menace pour la sécurité de l’Etat sud-coréen.

Opportunisme par rapport aux victimes d’attentats terroristes bien réels pour réprimer toute opposition au nom d’une menace terroriste qui n’existe pas dans leur pays, multiplication des emprisonnements d’opposants, les autorités sud-coréennes dévoilent leur vrai visage : celui d’un régime autoritaire que continuent pourtant de courtiser des dirigeants occidentaux dont le silence face aux atteintes aux droits de l’homme en Corée du Sud est synonyme de complicité. Pour ces gouvernements, les contrats avec les firmes sud-coréennes et les profits semblent bien valoir davantage que la vie et la liberté des opposants sud-coréens.

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