Archives mensuelles : décembre 2015

Accusé de diffamation, le journaliste Tatsuya Kato a été acquitté

Le 17 décembre 2015, la Cour pénale de Séoul a acquitté le journaliste japonais Tatsuya Kato, qui dirigeait le bureau à Séoul du Sankei Shimbun, quotidien de sensibilité conservatrice, poursuivi pour diffamation envers la Présidente sud-coréenne Mme Park Geun-hye.

Le crime dont était accusé Tatsuya Kato était d’avoir affirmé que, le jour du dramatique naufrage du ferry Sewol ayant causé la mort de 304 personnes (majoritairement des lycéens en voyage scolaire) le 16 avril 2014, la chef de l’Etat se serait trouvée avec Chung Yoon-hoi. Si l’absence de Park Geun-hye dans les heures ayant suivi la tragédie a été abondamment commentée (et critiquée),  la vérification des appels téléphoniques et les témoignages de proches de Chung ont invalidé l’hypothèse selon laquelle ce dernier était alors en compagnie de Mme Park.

Au final, les juges ont considéré que ni la diffusion d’une rumeur – portant atteinte à l’honneur de la présidente de la République – ni le fait qu’il s’agisse d’une fausse information ne pouvaient justifier la condamnation de Tatsuya Kato, au regard du principe premier de la liberté d’opinion impliquant la possibilité de critiquer les dirigeants du pays. Par ailleurs, la diffamation n’a pas été considérée comme avérée, faute de pouvoir démontrer une intention en ce sens du journaliste.

Cette heureuse conclusion intervient après des démarches des autorités japonaises, et alors que le Premier ministre Shinzo Abe a annoncé son intention de régler la question des « femmes de réconfort » (anciennes esclaves sexuelles) de l’armée japonaise pendant et avant la Seconde guerre mondiale. Mais rien ne permet de confirmer, à ce stade, que l’acquittement de Tatsuya Kato résulterait d’un accord politique intergouvernemental.

Alors que les procureurs avaient requis une peine de prison ferme de 18 mois, le ministère de la Justice a annoncé qu’il ne ferait pas appel de cette décision.

Source principale : Kyunghyang Shinmun

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Han Sang-gyun arrêté pour « sédition » : le processus d’interdiction de la KCTU enclenché en Corée du Sud

KCTULe  18 décembre 2015, alors que le président de la Confédération coréenne des syndicats (acronyme anglais : KCTU) Han Sang-gyun, arrêté, était emmené de la station de police de Namdaemun au bureau du procureur, la police de la Séoul a déclaré que la « sédition » avait été ajoutée aux différents griefs à l’encontre du leader de la KCTU, en essayant de montrer que les incidents ayant émaillé la manifestation du 14 novembre 2015 à Séoul – qui n’avaient pourtant rien d’exceptionnels pour la Corée du Sud, et ont conduit par ailleurs à ce que l’un des manifestants soit toujours entre la vie et la mort suite à la brutale répression policière – étaient le fait d’une action concertée de la centrale syndicale.

Selon la police sud-coréenne,

La violence et l’illégalité extrêmes qui sont apparues pendant la manifestation n’étaient pas le fait spontané de quelques manifestants, mais s’inscrivaient davantage dans le plan détaillé de la Confédération coréenne des syndicats et d’organisations qui lui sont liées et qui avaient préparé une manifestation violente. Après avoir ajouté le motif de sédition conformément au Code pénal parmi les autres griefs à l’encontre de Han, nous l’avons remis au procureur pour instruction de son cas.

C’est la première fois depuis 29 ans – très exactement, depuis le 3 mai 1986, alors que la junte militaire était encore au pouvoir à Séoul – que le crime de « sédition » est invoqué en Corée du Sud, dans ce qui apparaît comme une tentative pour interdire le seul syndicat réellement indépendant en Corée du Sud.

Selon Jang Jong-oh, avocat de la KCTU,

Même si le motif d’inculpation de Han n’est pas retenu, il devient possible pour la police et les juges de poursuivre les manifestants pour sédition et pas seulement pour gêne au trafic ou infraction à la loi sur les rassemblements.

Au regard des déclarations des autorités sud-coréennes, la KCTU a publié un communiqué le 18 décembre 2015, dans lequel elle observe que l’objectif poursuivi par la police est bien la dissolution de la centrale syndicale :

La police essaie de présenter toute la KCTU comme une organisation violente et illégale, afin retirer comme des voleurs les fondements de notre existence légale.

Les poursuites à l’égard de Han Sang-gyun sont antérieures à la manifestation du 14 novembre 2015 : elles portent aussi sur d’autres rassemblements, jugés violents par le pouvoir sud-coréen, lors d’une opération de soutien aux familles des victimes du naufrage du ferry « Sewol », et à l’occasion du 1er mai 2015, qui avait été le plus grand rassemblement organisé depuis des années en Corée du Sud à l’occasion de la fête du travail.

Toutes ces accusations sont apparues après l’interdiction, il y a un an, du principal parti de gauche, le Parti progressiste unifié, à l’issue – déjà – d’un procès non conforme aux standards démocratiques internationaux, confortant l’idée que, dans sa volonté de supprimer toute opposition de gauche, la présidente Park Geun-hye, fille du dictateur militaire Park Chung-hee, a décidé de cibler à présent la KCTU.

Des poursuites ont été engagées à l’encontre de 27 dirigeants de la KCTU. Deux d’entre eux ont déjà été placés sous mandat d’arrêt : Lee Yeong-ju, secrétaire général de la KCTU et Bae Tae-seon, responsable de l’organisation des actions de défense des travailleurs.

Le 19 décembre 2015, une nouvelle manifestation à Séoul a réuni des milliers de participants, à l’appel notamment de la KCTU qui – par dérision – l’a qualifiée de « festival séditieux« . Parmi les mots d’ordre figuraient la dénonciation de la répression policière et le refus d’instituer des manuels d’histoire d’Etat qui permettraient d’imposer une conception révisionniste de l’histoire de la Corée du Sud, tendant à réhabiliter la dictature militaire de Park Chung-hee, père de l’actuelle présidente.

Source principale : Hankyoreh

Après la libération de Nam Chang-woo, le combat continue contre la loi de sécurité nationale, pour la libération des militants progressistes emprisonnés en Corée du Sud

Le 3 décembre 2015, le Comité international pour les libertés démocratiques en Corée du Sud (CILD) a reçu le témoignage suivant des militants de l’Alliance coréenne, membres du Parti progressiste unifié interdit il y a un an sur la base d’un procès contraire aux règles démocratiques. Ce message prouve l’importance de la solidarité internationale pour obtenir la libération de tous les prisonniers d’opinion emprisonnés en Corée du Sud, alors que nous apprenons l’excellente nouvelle de la libération de Nam Chang-woo.

Le 1er décembre [2015] Han Jun-hye, Kim Kyoung-koo, Choi Min-who, anciens membres du Parti progressiste unifié (PPU), ont manifesté pacifiquement devant l’ambassade américaine à Séoul, en Corée du Sud.

C’était le jour anniversaire de l’adoption de la loi de sécurité nationale (LSN). Cette loi porte atteinte à la liberté d’expression des Sud-Coréens. C’est en son nom que Han, Kim et Choi ont passé près de quatre mois en prison, et à cause d’elle qu’ils ont été recherchés pendant quatre mois avec pour motif d’avoir enfreint la LSN.

Ils ont été placés en garde à vue pendant 48 heures. Leurs familles, d’anciens membres du PPU, de l’Alliance coréenne et de nombreux progressistes ont manifesté jour et nuit devant la station de police de Yongsan, à Séoul, pour exiger leur libération immédiate.

Finalement, et heureusement, après 48 heures de détention, ils ont tous été libérés.

En outre, le 18 novembre 2015, Nam Chang-woo, ancien président de l’organisation de jeunesse de Choongnam du PPU, a été libéré après 196 jours de détention. Il avait été arrêté le 6 mai 2015, au motif d’avoir enfreint la LSN.

Sa libération signifie que pour la justice ses activités ne constituent pas une menace à la sécurité de l’Etat, ce qui est une évidence.

Tous luttent chaque jour pour la libération des autres membres de l’Alliance coréenne qui sont toujours emprisonnés.

Quel que soit leur combat judiciaire dans l’attente du jugement final, ils ne pourront pas être libérés sans la lutte. Cela montre combien la LSN est surannée et que le régime sud-coréen l’utilise à des fins de répression politique.

Il est évident que les autorités gouvernementales répriment largement les mouvements progressistes. En effet, le 5 décembre aura lieu le second mouvement populaire de lutte à Séoul. Lors de la première journée de lutte, plus de 100 000 travailleurs, paysans et citoyens se sont rassemblés à Séoul, demandant la démission de la présidente Park Geun-hye. C’est pourquoi elle craint le pouvoir du peuple.

Des dizaines de milliers de manifestants à Séoul

Moins d’un mois après une première manifestation qui avait rassemblé quelque 100 000 personnes à Séoul le 14 novembre 2015, 16 000 (selon la police) à 30 000 manifestants (selon les organisateurs) se sont à nouveau réunis dans la capitale sud-coréenne, ce 5 décembre 2015, à l’appel de 120 groupes civiques, y compris la centrale syndicale KCTU, aujourd’hui cible d’une répression féroce par les autorités sud-coréennes.

Seoul 14 nov 2015Déterminées à priver leurs opposants des libertés fondamentales d’expression et de manifestation, les autorités sud-coréennes se sont heurtées à un obstacle judiciaire imprévu, en voyant l’interdiction de manifestation qu’elles avaient édictée pour ce 5 décembre être levée par un tribunal de Séoul.

A l’heure où nous écrivons ces lignes, les tentatives du pouvoir de provoquer des affrontements (notamment par le déploiement disproportionné de 18.000 policiers anti-émeutes), ne serait-ce que pour justifier l’interdiction initiale de manifester, avaient été déjouées par le comportement pacifiste et responsable des organisateurs. Les participants ont par ailleurs salué le militant paysan Baek Nam-gi, lorsqu’ils sont passés devant l’hôpital où ce dernier est toujours entre la vie et la mort après la répression sauvage de la manifestation du 14 novembre par les autorités sud-coréennes – celles-là même qui s’indignent des soi-disant violences de leurs opposants pour justifier leurs propres atteintes aux libertés démocratiques par les moyens les plus violents.

Mais la réussite de la manifestation, qui a encore davantage réitéré son appel à ce que la Présidente sud-coréenne Mme Paek Geun-hye dégage, ne doit pas occulter ses mots d’ordre : le refus d’une nouvelle régression de la législation sur le travail, l’opposition à une nouvelle libéralisation du commerce extérieur avec la Chine qui menace au premier chef une paysannerie appauvrie et l’annulation d’une réforme scolaire qui vise à l’introduction de manuels d’histoire révisionnistes qui réhabiliteraient la dictature militaire du général Park Chung-hee, père de l’actuel chef de l’Etat.

Pour les libertés et la démocratie en Corée du Sud, la solidarité s’impose plus que jamais avec ceux qui osent dire non à ce que même la presse américaine n’hésite plus à qualifier de fascisation de la Corée du Sud !

La manifestation du 5 décembre 2015 à Séoul autorisée par la justice !

Coup de théâtre : alors que les autorités sud-coréennes avaient interdit la manifestation prévue le 5 décembre 2015 par le syndicat KCTU et d’autres organisations, au motif du risque de « débordements violents« , la Cour administrative de Séoul a levé l’interdiction en arguant que cette mesure n’était pas proportionnée aux risques allégués par la police. Elle a également rejeté l’argument selon lequel l’interdiction était nécessaire car la KCTU – dont le gouvernement sud-coréen tente de criminaliser l’action –  figurait parmi les organisateurs.

Après le succès de la manifestation du 14 novembre 2015 contre la libéralisation du droit du travail et le révisionnisme des manuels scolaires, la Corée du Sud dirigée par Mme Park Geun-hye a intensifié la répression antisyndicale – en lançant un raid de plusieurs milliers de policiers contre le siège de la KCTU et en intensifiant sa chasse à l’homme contre le président de la KCTU.

Mais si le système judiciaire sud-coréen (à l’exception notable de la Cour constitutionnelle) constitue encore un îlot de résistance à l’autoritarisme en Corée du Sud, le Gouvernement reste décidé à faire feu de tout début de débordement, en promettant une répression sévère (seules les violences policières sont jugées légitimes) et en refusant notamment le port de masques par les manifestants : surveiller et punir implique d’abord de bien identifier ses opposants.