Archives mensuelles : juin 2018

Détente dans les relations intercoréennes : l’espoir d’une plus grande liberté en Corée du Sud

Le 11 juin 2018, Binaifer Nowrojee, directeur pour la région Asie-Pacifique de l’Open Society Foundation, a publié un article dans Time exprimant son espoir que la détente en cours dans les relations intercoréennes et les relations Etats-Unis-Corée du Nord permette une amélioration de la situation des droits de l’homme en Corée du Sud – car de fait de trop nombreuses atteintes aux droits de l’homme y sont justifiées par la situation de tension avec la Corée du Nord.

De premières atteintes aux droits de l’homme portent sur la liberté d’information – et notamment sur l’information relative à la Corée du Nord. Un ancien militant pour les droits de l’homme, Lee Jin-young, a été emprisonné pour avoir commis le crime de constituer une bibliothèque en ligne relative à la Corée du Nord, c’est-à-dire d’avoir – selon la loi sur la sécurité nationale sud-coréenne (LSN), mené des activités « favorisant l’ennemi« . Son cas n’est pas isolé : en 2012, Park Jung-geun avait été condamné à 10 mois de prison en première instance (avant d’être finalement acquitté) pour avoir re-tweeté des informations d’un site nord-coréen… son intention était parodique, mais la LSN ignore l’humour.

Binaifer Nowrojee a mis l’accent sur deux thématiques largement développées dans nos colonnes : les pouvoirs exorbitants de l’agence nationale de renseignement (acronyme anglais : NIS), en mentionnant notamment ses interférences dans le processus électoral et son contrôle des outils informatiques – tel qu’une nouvelle application de téléphonie mobile, assurant la sécurité des communications, a été téléchargée 50 000 fois en trois semaines, et l’armée comme zone de non-droit. A cet égard, deux exemples sont édifiants : l’emprisonnement des objecteurs de conscience, et la chasse aux sorcières contre les hommes gays dans l’armée.

Plus que jamais, pour tous ceux qui souhaitent que la Corée du Sud devienne une société pleinement libre et démocratique, il importe de soutenir le processus de détente internationale en cours autour de la Corée.

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Libération des 5 Coréens arrêtés à Singapour : la lutte paie !

Dans notre édition du 12 juin 2018, nous rendions compte de l’arrestation, la veille, de 5 militantes sud-coréennes, membres du Parti démocratique populaire (PDP), par les autorités singapouriennes, en marge du sommet entre les Présidents Donald Trump et Kim Jong-un. Le 13 juin 2018, elles ont été libérées et expulsées vers Séoul. La mobilisation, dans laquelle le Comité international pour les libertés démocratiques en Corée du sud (CILD) a pris toute sa part, a donc payé.

Malgré ces nouvelles tout à fait rassurantes, il reste à déplorer que pendant leur détention, ces jeunes femmes ont été frappées. L’enquête médicale est en cours.

Elles se sont immédiatement mises en grève de la faim pendant les trois jours qu’ont duré leur détention, et sont donc extrêmement fatiguées. Leurs portables ont également été fouillés.

Pour se donner du courage le CILD a appris qu’elles chantaient, autant des chants patriotiques et de lutte coréens que l’Internationale.

Pendant ce sommet, nous avons assisté à une mobilisation internationale de grande envergure au sujet de ces cinq jeunes femmes, et spécifiquement devant les ambassades des Etats-Unis (pour le CILD, Aymeric Monville était notamment à Paris), ou encore devant le siège de l’OTAN à Bruxelles, et donc pas seulement auprès des autorités de Singapour.

Car nous tenons les Etats-Unis pour responsables de cet état de tension en Asie. Nous rappelons, pour mémoire, le palmarès des Etats-Uniens dans la région (et pardon pour le reste du monde dont il ne peut pas être parlé plus avant ici) :

– deux bombes atomiques larguées successivement alors que le Japon était à genoux et n’avait même plus de pétrole ;

– l’effroyable guerre de Corée qui, rapportée à la population, a fait plus de morts que la Seconde guerre mondiale ;

– la guerre du Vietnam et ses trois millions de morts ;

– c’est environ le même chiffre pour les communistes assassinés pendant ce qu’on peut appeler un génocide de classe en Indonésie ;

– les bombardements sur le Cambodge qui en avaient fait le pays le plus bombardé au monde depuis la Seconde guerre mondiale ;

et la liste n’est pas exhaustive.

Il faut donc poser la question aux Etats-Uniens : qu’est-ce que vous foutez en Asie ?

Le sommet de Singapour a été un succès. Il semble, comme il était souligné le 13 juin 2018 lors d’une rencontre à la librairie Tropiques avec M. Patrick Maurus, ancien professeur à langues’O, que la RPDC est désormais sanctuarisée. Les Etats-Unis ont dû reculer. C’est le principal.

Reste encore un long chemin pour que le peuple coréen puisse retrouver son unité. Des propositions en ce sens, par le fédéralisme, par la concertation démocratique, sont avancées par les militants du PDP. Espérons qu’elles aboutiront au plus vite.

A cœur vaillant rien d’impossible. En tout cas, un grand merci à ces jeunes femmes qui se battent pour leur pays et pour la paix, c’est-à-dire pour tous les pays du monde.

Voir la vidéo d’Aymeric Monville à l’adresse suivante :
https://www.youtube.com/watch?v=D_P0rhvqHYA&feature=youtu.be

Le CILD proteste contre l’arrestation de militants sud-coréens du PDP à Singapour

Le 11 juin 2018, cinq militants du Parti démocratique populaire (PDP) sud-coréen ont été arrêtés à Singapour, alors qu’ils venaient d’enregistrer une vidéo sur le sommet prévu le lendemain entre les présidents nord-coréen Kim Jong-un et américain Donald Trump. Ils agissaient comme militants mais également comme journalistes. Face à ce qui apparaît comme un déni des droits démocratiques fondamentaux, le Comité international pour les libertés démocratiques en Corée du Sud (CILD) a réagi en dénonçant des arrestations arbitraires et en exigeant leur libération immédiate. Au nom du CILD, Aymeric Monville a posé à Paris devant l’ambassade américaine (le 11 juin) puis l’ambassade singapourienne (le 12 juin), où il a remis une lettre à l’ambassadeur de Singapour en France. Poursuivons la mobilisation jusqu’à la libération des militants du PDP emprisonnés !

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Devant l’ambassade américaine

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Devant l’ambassade de Singapour

Texte de la lettre remise à l’ambassadeur de Singapour en France :

Paris, le 12 juin 2018

Excellence,

C’est avec tristesse et effroi que nous avons appris l’arrestation, hier à Singapour, de cinq jeunes femmes coréennes, membres du Parti démocratique populaire, lors de la rencontre historique entre les dirigeants de la République populaire démocratique de Corée et leurs homologues des Etats-Unis d’Amérique.

Ces cinq jeunes femmes se trouvaient, comme de nombreux passants et journalistes, devant l’hôtel où se trouvaient les dirigeants. Elles ont ensuite été suivies, de façon très angoissante et sans aucun prétexte, par des policiers en civil qui ont ensuite procédé à cette arrestation particulièrement arbitraire.

Il est tout à fait déplace de prétendre que ces cinq jeunes femmes représentaient une quelconque menace pour la sécurité de l’événement. Elles se trouvaient tout simplement parmi la foule. La presse, à Singapour comme ailleurs, s’est déjà émue de ce déni de droit.

Au nom de la présidence du Comité international pour les libertés démocratiques en Corée du Sud, nous protestons contre ces méthodes indignes de tout pays se revendiquant des valeurs démocratiques.

Etant moi-même éditeur de profession (éditions Delga), responsable à différents moments au cours de ma carrière de plusieurs revues intellectuelles dont La Pensée et Etincelles, co-organisateur d’un séminaire à la Sorbonne, j’estime être suffisamment averti du fonctionnement du monde des médias en France pour vous prévenir amicalement des conséquences désastreuses que cette situation arbitraire ferait peser sur l’image de Singapour qui vient, par ailleurs, d’organiser avec succès cette rencontre historique.

En espérant pouvoir vous rencontrer rapidement pour dissiper ce malentendu et en souhaitant ardemment la libération de ces cinq jeunes femmes, permettez-moi de vous exprimer, Excellence, le témoignage de notre plus profond respect.

Aymeric Monville, au nom de la présidence du Comité international pour les libertés démocratiques en Corée du Sud

 

 

La longue complainte des anciens prisonniers politiques sud-coréens interdits de retour en Corée du Nord

La liberté consistant à pouvoir quitter librement son pays n’est pas garantie en République de Corée : non seulement des réfugiés nord-coréens en Corée du Sud sont interdits de retour au Nord de la péninsule, mais des soupçons d’enlèvement pèsent sur la venue en Corée du Sud d’anciennes serveuses d’un restaurant nord-coréen en Chine – dont plusieurs ont exprimé ouvertement leur souhait de retourner en Corée du Nord. De même, dans son édition du 5 juin 2018, la BBC fait le récit d’anciens « espions » nord-coréens qui veulent retourner chez eux, au Nord (en fait, d’anciens prisonniers politiques en Corée du Sud accusés, à tort ou à raison, d’être des espions nord-coréens). Selon la BBC, il sont 19 dans ce cas. Portraits.

 

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Kim Young-sik

Il s’appelle Kim Young-sik. Il a été emprisonné pendant 26 ans dans les prisons sud-coréennes, après avoir été capturé alors qu’il était ingénieur radio sur un navire espion nord-coréen qui avait été envoyé en Corée du Sud en 1962. Ayant refusé de se convertir (c’est-à-dire d’abjurer ses idées communistes, ce qui lui aurait garanti la liberté de sortir et la fin des séances de torture), il dispose à présent de la nationalité sud-coréenne. Octogénaire, il rêve toujours de pouvoir regagner le Nord de la péninsule.

Yang Soon-gil est resté, quant à lui, 37 ans en prison : après l’armistice de 1953, il s’était rendu à Pyongyang avec son frère. A son retour en Corée du Sud, il a été condamné pour violation de la loi de sécurité nationale qui, aujourd’hui encore, interdit tout contact avec le Nord non autorisé par les autorités sud-coréennes. Bien que sa femme et sa famille vivent en Corée du Sud, Yang Soon-gil veut aller vivre, seul, au Nord, en tant que communiste.

Aujourd’hui, le rapprochement intercoréen ouvre de nouveaux espoirs d’aller vivre en Corée du Nord pour ces dizaines d’hommes et de femmes retenus contre leur gré en Corée du Sud.