Archives mensuelles : juin 2017

Signez la pétition contre la répression des soldats gays en Corée du Sud

Dans nos éditions du 26 avril 2017 et du 25 mai 2017, nous rendions compte de la répression accrue, orchestrée par le commandement militaire, des soldats homosexuels dans l’armée sud-coréenne, dans un contexte général d’homophobie latente au Sud de la péninsule. Ces atteintes inacceptables à la dignité humaine ont suscité plusieurs pétitions : nous invitons à signer et faire signer (ici) l’appel ci-après, traduit de l’anglais, du Réseau pour rendre compte des discriminations et des atteintes aux droits de l’homme contre les personnes LGBTI en relation avec l’armée et du Centre coréen pour les droits de l’homme à l’armée. Cet appel avait déjà réuni près de 40 000 signatures fin juin 2017.

Chers amis,

Etre gay n’est pas un crime en Corée du Sud – tant que vous n’êtes pas à l’armée.
Plus tôt cette année, des enquêteurs ont dit au Capitaine Ji Sung* qu’ils savaient qu’il était gay. Ils l’ont intimidé et menacé de le dénoncer s’il ne coopérait pas. Quelques semaines plus tard, il était condamné à six mois de prison.
Le cas de Ji Sung n’est pas isolé. Ces dernières semaines, au moins 32 soldats ont été traqués par l’armée sud-coréenne sur des applications de rencontre gays et interrogés. Ils doivent être jugés prochainement.
Heureusement, l’histoire de Ji Sung a fait les titres de la presse internationale. La répression secrète contre les personnes gays en Corée du Sud n’est plus ignorée.
Les autorités pourraient arrêter leurs mesures de chasse aux personnes gays qui se base sur le Code militaire sud-coréen. Mais elles ne le feront pas à moins d’une protestation globale massive.
Signez pour nous aider à arrêter la chasse aux personnes gays en Corée du Sud.

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Cette question concerne tous les hommes gays du pays : la Corée du Sud exige de tous ses citoyens hommes de servir dans l’armée pendant deux ans. Et selon le code militaire pénal sud-coréen, le sexe entre les hommes est un « crime » passible d’une peine maximale de deux ans de prison.
Cette répression récente a commencé après qu’une vidéo privée de deux soldats a été publiée sur les réseaux sociaux. Les autorités militaires disent à présent que la répression est nécessaire « pour que la communauté militaire reste saine« .
Mon organisation travaille pour soutenir les soldats persécutés et supprimer les mesures anti-gays une fois pour toutes. Mais nous ne pouvons pas y arriver sans votre aide.
Nous savons que des milliers de voix de par le monde nous aideront à faire agir les autorités sud-coréennes.
Pouvez-vous signer pour demander aux autorités qu’elles cessent la répression, abandonnent les poursuites contre les soldats gay et suppriment les mesures de « chasse aux personnes gay » ?
Merci à tous pour votre action.
Minhee Ryu
Réseau pour rendre compte des discriminations et des atteintes aux droits de l’homme contre les personnes LGBTI en relation avec l’armée et du Centre coréen pour les droits de l’homme à l’armée

(*) le nom a été changé

 

 

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Corée du Sud : des réfugiés nord-coréens menacés et interdits de retour au Nord

Coup sur coup, une coalition de 35 organisations civiques (intitulée « Conseil des contre-mesures pour résoudre les allégations concernant la défection orchestrée des employées d’un restaurant nord-coréen à l’étranger », par référence à la défection groupée de 12 employées d’un restaurant nord-coréen en Chine, en avril 2016 qui a soulevé nombre d’interrogations) a organisée deux conférences de presse pour témoigner du cas douloureux de deux réfugiés nord-coréens en Corée du Sud, Mme Kim Ryon-hui et M. Kwon Chol-nam, non seulement interdits de retour dans le Nord de la péninsule coréenne mais également inquiétés au regard de leurs opinions.

kim_ryon_hui_nord-coreenneMme Kim Ryon-hui

Mme Kim Ryon-hui a 48 ans. Réfugiée en Corée du Sud, cette femme originaire de Corée du Nord cherche désespérément à revenir en Corée du Nord. Non seulement sa demande est rejetée (selon le ministère de la Réunification sud-coréen, la loi sud-coréenne ne le permettrait pas… mais une telle position est contraire aux engagements internationaux de la République de Corée sur la liberté de mouvement), mais elle est l’objet de poursuites. D’une part, elle a passé, en avril 2015, un appel téléphonique à un consulat nord-coréen en Chine, ce qui contrevient à la loi de sécurité nationale interdisant tout contact non préalablement autorisé entre Coréens du Nord et du Sud ; en conséquence, Mme Kim a reçu une peine de prison de deux ans suspendue pendant trois ans. D’autre part, elle a contacté en février 2016 l’ambassade du Vietnam en République de Corée afin de rejoindre la République populaire démocratique de Corée (RPDC, Corée du Nord), ce qui est une autre infraction à la loi de sécurité nationale. Enfin, elle est accusée d’avoir célébré sur sa page Facebook, en avril 2016, l’une des fêtes nationales nord-coréennes (la fête du Soleil, le 15 avril, qui célèbre la naissance du Président Kim Il-sung de la RPD de Corée). Refusant de se livrer aux autorités, Mme Kim Ryon-hui se considère « comme un citoyen nord-coréen retenu contre sa volonté en Corée du Sud par le service national de renseignement sud-coréen« .

Le cas de Kwon Chol-nam, autre réfugié nord-coréen retenu de force en Corée du Sud et également inquiété, est tout aussi douloureux. Agé de 44 ans, M. Kwon a 44 ans. Il est arrivé en Corée du Sud en novembre 2014, après avoir donné l’équivalent de 23 900 dollars américains à un passeur qui lui avait vendu le paradis sud-coréen. Après avoir connu les discriminations et les emplois mal payés, Kwon Chol-nam a plaisanté un jour avec un autre réfugié nord-coréen, en juin 2016, que s’il était un espion, au moins il recevrait de l’argent… Sauf que cet autre réfugié s’est empressé de le dénoncer, ce qui a valu à M. Kwon 20 jours de prison : à l’époque, il projetait de retourner en Corée du Nord par un pays tiers, ce qui a étayé les accusations d’espionnage. Interrogé sur ses motivations, M. Kwon veut également se rendre sur la tombe de son père, décédé l’an dernier, brisé par la défection de son fils cadet.

kwon-cheol-nam_retenu-de-force_coree-du-sudKwon Chol-nam

Alors que les récits de réfugiés nord-coréens font pleurer une opinion publique internationale parfois trop crédule, combien faudra-t-il de larmes d’une Kim Ryon-hui ou d’un Kwon Chol-nam pour que, enfin, la République de Corée reconnaisse les droits élémentaires des réfugiés nord-coréens et cessent les persécutions politiques contre ceux qui aspirent à retourner en République populaire démocratique de Corée ?

La justice oblige le gouvernement sud-coréen à rendre publiques des mesures de pollution autour de la base de Yongsan

C’est le dénouement d’une longue bataille juridique, qui opposait le ministère de l’Environnement de la République de Corée (Corée du Sud) et l’Association des juristes pour une société démocratique (Minbyun) sur le fait de rendre ou non publiques des mesures de la pollution au benzène dans les eaux souterraines près de la base militaire américaine de Yongsan, à Séoul. Après qu’un premier prélèvement effectué en mai 2015 – rendu public à la suite d’une décision de la Cour suprême le 13 avril 2017 – eut révélé un taux de concentration en benzène (qui est un agent cancérogène) à un niveau 162 fois supérieur à la normale, le ministère de l’Environnement avait refusé de rendre publiques les résultats des deuxième et troisième séries de prélèvements, effectuées respectivement en janvier-février et en août 2016. Le 4 juin 2017, la Cour administrative de Séoul a donné raison à la Minbyun au nom de la liberté d’information.

yongsan_base-militaire_pollution_environnementManifestation devant la base de Yongsan (août 2016)

L’argument des autorités sud-coréennes était d’opposer l’argument d’autorité des « intérêts nationaux vitaux« , en opérant une dramatisation, pour refuser la transparence sur ces taux anormalement élevés de concentration en benzène :

Dans la mesure où cette information relève de la sécurité nationale, de la défense nationale, de la réunification et des relations étrangères, entre autres, nous sommes préoccupés que la rendre publique pourrait cause un préjudice irrémédiable aux intérêts nationaux vitaux.

Mais la Cour administrative de Séoul a retourné ces motifs – qui touchent par ailleurs aux relations extérieures, mais pas à la sécurité nationale – dans le cas d’espèce :

Quand l’affaire relève effectivement de la sécurité nationale, il existe également un besoin majeur de garantir l’accès des citoyens à l’information, étant entendu que la garnison de Yongsan est suspectée d’être une source de pollutions des eaux souterraines dans la région. Ne pas rendre publique l’information dans cette affaire pourrait aussi entraîner une défiance vis-à-vis des forces américaines en Corée, en créant des frictions diplomatiques inutiles entre nos deux pays.

De fait, le gouvernement des Etats-Unis comme les soldats américains seraient en droit de connaître la situation exacte, pour ne pas exposer la santé des militaires américains.

A l’heure où l’armée sud-coréenne mène une chasse à l’homme contre les conscrits homosexuels, le chemin reste décidément encore long à parcourir pour que les forces armées ne soient plus une zone de non-droit et d’atteintes aux libertés publiques fondamentales en République de Corée.