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Le « traitement spécial » de la détenue Park Geun-hye

Placée en détention provisoire le 31 mars 2017, peu après sa destitution, l’ex-présidente de la République de Corée Mme Park Geun-hye bénéficie de faveurs dans ses conditions de détention. Mais le plus choquant est probablement le traitement ordinaire des prisonniers en Corée du Sud.

Les conditions de détention provisoire de Mme Park Geun-hye choquent les médias et les citoyens sud-coréens : de fait, elle bénéficie d’une plus grande cellule que les autres détenus eu égard à son « statut« , et elle a pu dormir deux nuits dans une chambre de l’administration pénitentiaire après s’être plainte du papier peint de sa cellule, trop sale selon elle – le temps qu’il soit changé.

Mais si les conditions de détention de Mme Park Geun-hye sont clairement illégales, elles ne doivent pas occulter le fait que les droits des prisonniers sud-coréens ne classent pas, loin s’en faut, le pays aux premières places des démocraties – en particulier lorsque, au détour d’un article de la presse sud-coréenne, on apprend qu’une chambre de onze mètres carré peut accueillir six détenus… Sans parler des violences en prison, dont les objecteurs de conscience sont parmi les premières victimes. Et avec, pour eux, le seul délit d’être condamné par une législation nationale illégale, car contraire aux engagements internationaux de la République de Corée. Visiblement, le non-respect de la loi ne fonctionne que dans un seul sens en Corée du Sud : au profit des privilégiés de la naissance et de l’argent.

Park Geun-hye placée en détention

L’ancienne présidente sud-coréenne destituée Mme Park Geun-hye n’aura pas bénéficié longtemps du confort de sa luxueuse villa, blottie entre les immeubles du centre de Séoul. Après une audition de 8 heures et 40 minutes, elle a été placée en détention provisoire dans la nuit du 30 au 31 mars 2017. Nous reproduisons ci-après les images prises par l’agence sud-coréenne Yonhap avant et après son audition judiciaire, à l’issue de laquelle elle a rejoint en voiture le centre de détention de Séoul.

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La présidente et les chiens

Après la confirmation par la Cour constitutionnelle de sa destitution, l’ex-Présidente Park Geun-hye a quitté le palais présidentiel pour emménager dans son luxueux pavillon des quartiers chics de Séoul. Dès son départ une polémique a toutefois enflammé la communauté coréenne sur Internet : l’ancienne chef de l’Etat a laissé derrière elle neuf chiens jindo, des chiens de chasse réputés pour leur fidélité, soulevant une vague d’indignation.

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Comme l’a déclaré un internaute sur son compte Twitter, « les jindo ne trahissent jamais leur maître mais c’est madame Park qui les a trahis« . Alors qu’une association de défense des animaux a porté plainte, une organisation – qui était régulièrement intervenue auprès de la Présidente Park pour lui demander d’interdire la consommation de viande de chien – s’est portée volontaire pour les accueillir.

Face à l’ampleur de la polémique, un porte-parole de la Maison Bleue (nom de la présidence sud-coréenne) a déclaré que Mme Park Geun-hye avait décidé de ne pas emporter les chiens en expliquant qu’ils ne s’habitueraient pas à leur nouvelle maison… quand un autre communiqué déclarait que les chiens seraient donnés à des personnes qui prendraient bien soin d’eux – ce qui laisse sous-entendre qu’ils auraient donc pu suivre la chef de l’Etat déchue, et non rester attachés au siège de la présidence comme on aurait pu le penser.

Lorsqu’on voit la vaste résidence privée de Mme Park Geun-hye, on comprend en tout cas que ce n’est pas le manque de place, pour une femme seule et sans enfants, qui a pu justifier sa volonté de se séparer de ceux qu’elles appelaient « les premiers chiens« , et avec lesquels elle aimait apparaître en photo pour se poser en « amie des animaux« .

Mais pas plus qu’elle n’a donné suite à ses promesses de campagne d’améliorer les droits des femmes ou les pensions de retraite, Mme Park n’aime les animaux – n’hésitant pas ensuite à faire preuve de cruauté envers ses fidèles compagnons : le bien-être animal ne fait pas plus partie de ses préoccupations que les conditions dignes de vie des retraités.

Park Geun-hye destituée

A l’unanimité, les 8 juges en fonction de la Cour constitutionnelle ont confirmé, le 10 mars 2017, le vote de destitution par le Parlement, le 9 décembre 2016, de Mme Park Geun-hye, qui avait été élue Présidente de la République de Corée en décembre 2012, et dont le mandat arrivait normalement à échéance en février 2018. Cette décision entraîne l’organisation d’une élection présidentielle anticipée dans un délai de deux mois, permettant d’envisager l’organisation de ce scrutin début mai 2017. Le Comité international pour les libertés démocratiques en Corée du Sud (CILD) se félicite de cette décision, qui traduit la vitalité de la démocratie sud-coréenne, qui a été gravement menacée par l’ex-chef de l’Etat. Selon les juges constitutionnels, Mme Park a agi en méconnaissance des règles constitutionnelles en confiant des fonctions exorbitantes à sa gourou, Mme Choi Soon-sil – et en se rendant ainsi complice d’activités criminelles


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Lee Jung-mi dirige la Cour constitutionnelle

Si le CILD a pleinement soutenu le combat courageux mené par des millions de Coréens pour la démocratie et les droits de l’homme, il n’ignore pas que le président par intérim Hwang Kyo-ahn est un fidèle parmi les fidèles de l’ex-présidente Park, que les bases juridiques de l’oppression restent en place et que des dizaines de prisonniers croupissent toujours dans les geôles sud-coréennes.

C’est pourquoi nous appelons toutes et tous à nous rejoindre, afin d’atteindre les objectifs suivants :

  • annulation de l’interdiction inique du Parti progressiste unifié et reconnaissance effective de la liberté d’expression et de la liberté de manifestation ;
  • libération de tous les prisonniers politiques et syndicaux, y compris des objecteurs de conscience emprisonnés sur la base de dispositions en droit national sud-coréen contraires aux engagements internationaux de la République de Corée ;
  • poursuites effectives à l’encontre de Mme Park Geun-hye, devenue désormais une justiciable de droit commun, de ses collaborateurs (dont l’ambassadeur de Corée en France S.E. M. Mo Chul-min) et des représentants des conglomérats financiers souvent liés aux conservateurs au pouvoir à Séoul au titre des enquêtes de corruption en cours et des atteintes aux libertés publiques ;
  • dissolution des services de renseignement sud-coréens (NIS) sous leur forme actuelle et mise en place d’une structure de renseignement digne d’un pays démocratique, contrôlée par le Parlement ;
  • abrogation de la loi de sécurité nationale et garantie des libertés de déplacement au Nord de la Corée et de communication avec les Nord-Coréens ;
  • abrogation de la législation antisyndicale ;
  • séparation effective des Eglises et de l’Etat, et pleine garantie des principes laïcs dans la vie publique ;
  • abrogation des législations d’exception antiterroristes ;
  • engagements d’enquêtes indépendantes sur les naufrages du Cheonan et du Sewol ;
  • annulation des listes noires en usage en Corée, qu’il s’agisse de la liste frappant les bénéficiaires de subventions publiques ou de celles où sont inscrits les étrangers interdits de séjour en Corée ; poursuite des personnes à l’origine de l’établissement de ces listes noires ; garantie pour les personnes inscrites sur ces listes d’avoir accès à leur dossier afin de pouvoir engager des poursuites contre l’Etat sud-coréen si ce dernier a méconnu ses obligations internationales ;
  • nomination d’un civil comme ministre de la Défense, contrôle démocratique des forces armées, démocratisation de l’armée, reconnaissance du droit à l’objection de conscience, suppression des tribunaux militaires.

Les manifestations continuent à Séoul. Leur enjeu ? La démocratie

Ils étaient au moins des dizaines de milliers à manifester dans les rues de Séoul le 25 février 2017, alors que la Cour constitutionnelle doit tenir, le 27 février, sa dernière audience sur la destitution de la Présidente Park Geun-hye, avant de rendre son verdict – qui pourrait intervenir dès la mi-mars – dans le cadre du scandale Choi Soon-sil, accusée d’activités criminelles avec la complicité de la chef de l’Etat. Si la Cour constitutionnelle confirme la décision du Parlement, une élection présidentielle anticipée devra intervenir dans un délai de 60 jours – sinon, Park Geun-hye reprendrait ses fonctions, jusqu’au terme de son mandat (février 2018), après une élection présidentielle qui se tiendrait à l’échéance normale (décembre 2017).  

Par rapport aux manifestations de masse de l’automne 2016, la nouveauté est que les opposants à la Présidente Park Geun-hye ne sont plus les seuls à manifester en nombre. Au quatrième anniversaire de son entrée en fonctions (le 25 février 2013) ses partisans, toujours très minoritaires dans l’opinion, veulent relever la tête et ont affirmé qu’ils étaient « 3 millions » (contre 1 million selon les organisateurs des rassemblements anti-Park, qui ont atteint leur point culminant à l’automne, à la veille du vote de destitution par le Parlement à une très large majorité, le 9 décembre 2016, avec plus de 2 millions de participants selon les organisateurs). En fait, les chiffres des « pro-Park » visent à faire croire qu’ils sont plus nombreux que les « anti-Park », non seulement ce 25 février mais depuis le début des manifestations de masse – alors que selon l’AFP chaque cortège comptait environ 100 000 participants ce 25 février 2017, traduisant bien l’incapacité des « pro-Park » à rivaliser en nombre avec les manifestants « anti-Park ». Agés, arborant des drapeaux sud-coréens… et américains, viscéralement anti-Corée du Nord, les « pro-Park » n’hésitent pas à parler d’un absurde complot nord-coréen à l’origine de la destitution de la Présidente Park Geun-hye, surfant ainsi sur la manipulation de l’opinion publique nationale et internationale sur l’actualité nord-coréenne, qui est l’une des constantes des conservateurs en Corée du Sud.

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Manifestation de partisans de Mme Park Geun-hye

Car l’essentiel, pour les manifestants « pro-Park », est bien de lancer des fausses informations (« le complot nord-coréen« ) et faire pression politiquement sur les 8 juges constitutionnels (après que l’un d’entre eux a cessé ses fonctions en janvier), très majoritairement conservateurs, qui doivent se prononcer à une majorité de six pour confirmer le vote de destitution. En effet, si Park Geun-hye est massivement impopulaire, les conservateurs sont divisés – or, ce sont des juges constitutionnels acquis aux conservateurs qui doivent se prononcer sur sa destitution, lui laissant ainsi une chance de regagner son pouvoir perdu, par un jugement qui serait plus politique que juridique – les charges contre Mme Park Geun-hye étant en effet accablantes. Le risque qu’un groupe de pression ultra-minoritaire puisse tordre le droit constitutionnel à son profit, traduit que la Corée du Sud n’est pas encore une démocratie politique pleinement mature. Cependant, un jugement favorable à Park Geun-hye soulèverait une onde de choc en Corée du Sud et pourrait déclencher une révolution, que craignent de nombreux conservateurs, au moment où des arrestations sans précédent se multiplient dans les milieux d’affaires et politiques proches des conservateurs toujours au pouvoir à Séoul, attisant la colère populaire. Tel est bien l’enjeu continu des manifestations en Corée du Sud, ininterrompues depuis quatre mois : le risque d’un effondrement de la démocratie en République de Corée, à la faveur de la pression de minoritaires d’extrême-droite qui réussiraient dans leur entreprise de rétablissement dans ses fonctions de la Présidente Park Geun-hye.

Lee Jae-yong, l’héritier de Samsung, placé en détention

Dirigeant de fait du groupe Samsung depuis l’hospitalisation de son père suite à une crise cardiaque en 2014, Lee Jae-yong a été placé en détention le 17 février 2017, dans le cadre de l’affaire Choi Soon-sil qui a conduit au vote par le Parlement d’une motion de destitution de la Présidente Park Geun-hye. Cette arrestation illustre les pratiques de corruption d’un groupe par ailleurs mis en cause pour ses atteintes aux droits fondamentaux des travailleurs.

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Est-ce le début de la fin pour le groupe Samsung, allié inconditionnel des conservateurs héritiers de la dictature militaire ? En émettant un mandat d’arrêt à l’encontre de Lee Jae-yong, héritier et dirigeant de fait du conglomérat, la Cour du district central de Séoul a franchi une étape inédite dans l’histoire de Samsung. Comme le souligne l’agence de presse sud-coréenne Yonhap, « Lee est devenu le premier patron de Samsung à être arrêté dans une affaire criminelle« .  L’agence Yonhap est explicite quant à la nature des charges qui pèsent sur Lee Jae-yong :

L’équipe du procureur indépendant avait recherché mardi un nouveau mandat d’arrêt contre ce dernier après que sa première requête, qui reposait sur des charges de corruption, de détournement de fonds et de faux témoignages, a été rejetée le mois dernier. Après trois semaines d’enquête supplémentaires, les procureurs accusent Lee, en plus des charges précédentes, d’avoir caché des gains provenant d’activités criminelles et d’avoir enfreint la loi sur le transfert de patrimoine à l’étranger en versant des pots-de-vin à Choi Soon-sil, l’amie de longue date de la présidente.

Le versement de pots-de-vin à deux fondations contrôlées par Choi Soon-sil aurait permis à Lee Jae-yong d’obtenir une fusion entre deux branches de Samsung, en vue de renforcer son emprise sur le groupe.

La liste noire ne concernait pas que les artistes

Un des traits les plus significatifs de la dérive autoritaire de la Présidente Park Geun-hye a été l’établissement d’une liste noire de milliers d’artistes qui ne devaient plus recevoir de subventions publiques compte tenu de leur positionnement politique (proche des démocrates ou des sociaux-démocrates, donc pro-Corée du Nord et crypto-communistes dans la grille de lecture des néoconservateurs sud-coréens). Alors que l’enquête judiciaire en cours a conduit à interroger Mo Chul-min, ambassadeur de la République de Corée en France (qui n’est toujours pas revenu en France plus d’un mois après son interrogatoire), puis à l’arrestation de Cho Yoon-sun, ministre de la Culture, du Sport et du Tourisme, de nouvelles révélations du quotidien Hankyoreh indiquent que les artistes n’étaient pas les seuls à figurer dans une liste noire, conforme au fichage de certaines populations dans les régimes dictatoriaux.

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Kim Ki-choon

La roche tarpéienne est décidément bien proche du Capitole : hier tout-puissant, l’ancien chef du personnel de la Présidence Kim Ki-choon est apparu menotté, sous escorte policière, pour être entendu par la police dans l’affaire de la « liste noire » : l’équipe d’enquête spéciale a établi que ce n’était pas seulement les personnalités du monde des arts et de la culture qui étaient « blacklistées », mais bien des milliers de citoyens (8000) et d’organisations (3000) appartenant à tous les secteurs de la société coréenne : travail, santé, emploi, éducation, finances… Les activités secrètes de la « Force de réaction rapide pour le financement du secteur privé » (Private Sector Organization Funding Task Force) irriguaient l’ensemble du cabinet présidentiel, sous les ordres de Mme Park Geun-hye elle-même qui avait appelé, entre autres, à une « renaissance culturelle » en extirpant les germes gauchistes du monde artistique…  Nous ne sommes plus très loin des attaques contre « l’art dégénéré » menées par les nazis.

Naturellement, étaient visés non pas des communistes (inexistants en Corée du Sud, où ils sont interdits d’expression) mais plutôt ceux qui avaient le malheur d’être proches du démocrate Moon Jae-in, candidat malheureux contre Mme Park à la présidentielle de 2012 (48 % des voix), ou encore de l’opposant Ahn Cheol-soo (27% pour son parti au scrutin de liste aux législatives de 2016), suivant des principes classiques d’épuration politique dans les régimes autoritaires : aucune liberté d’expression ne doit être donnée aux ennemis du Gouvernement, amalgamés avec une opposition radicale, même créée de toutes pièces pour les besoins de la répression politique (comme la pseudo « Organisation révolutionnaire« ).

Il est désormais temps que les néoconservateurs au pouvoir à Séoul quittent la place, pour permettre le retour à la démocratie et aux libertés politiques en Corée du Sud.