Archives mensuelles : avril 2018

Un employé militaire détenant des livres nord-coréens reconnu non coupable

C’est la fin d’un marathon judiciaire qui aurait duré 6 ans, depuis mars 2012 : un employé du ministère de la Défense de la République de Corée, M. Kang, a été reconnu non coupable, après avoir été mis en cause parce qu’il possédait des ouvrages publiés en Corée du Nord (notamment des écrits relatifs aux idées du Juche, l’idéologie directrice du pays).

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En première instance et en appel, M. Kang, qui avait déclaré détenir ces ouvrages pour préparer son entrée à l’Université des études nord-coréennes, avait été déclaré non coupable. Mais il aura fallu l’épuisement des voies de recours et un jugement de la Cour suprême pour qu’il soit reconnu définitivement non coupable de violation de la loi de sécurité nationale, après six années de procédure.

Si l’issue judiciaire doit être saluée dans l’intérêt de M. Kang, elle n’en témoigne pas moins du caractère inique et arbitraire de la loi de sécurité nationale, héritage de la dictature militaire dont les ONG de défense des droits de l’homme continuent d’exiger l’abrogation.

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« Jamais nous ne l’oublierons » : manifestation des Coréens de France au 4e anniversaire du naufrage du « Sewol »

Le 16 avril 2014, le ferry Sewol – un navire hors d’âge – coulait sur le trajet entre Incheon et Jeju : 304 des 476 passagers sont morts, traduisant un désastre des opérations de sauvetage, sur lequel les autorités sud-coréennes doivent encore la vérité aux victimes, à leurs familles et aux citoyens. Quatre ans plus tard, pour ne pas oublier et faire éclater la vérité, les Coréens de France réunis dans le collectif 416 Global network_Paris ont manifesté place de la République, à Paris, le 15 avril 2018. Nous revenons ci-après en images sur cette manifestation, qu’a soutenue le Comité international pour les libertés démocratiques en Corée du Sud (CILD).

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« Break of day », ou le douloureux récit des adolescentes coréennes pratiquant l’IVG

Dans un article publié sur Asialyst le 28 mars 2018, Gwenaël Germain a interrogé Kim Kyoung-ju, la réalisatrice de Break of Day, qui a rappelé que l’interruption volontaire de grossesse (IVG) reste strictement limitée en République de Corée (Corée du Sud) et n’est possible (en pratique, pas en droit) pour les adolescentes mineures que si elles viennent accompagnées d’un adulte qui signe pour elles – ce qui est s’avère complexe, dans la très conservatrice société sud-coréenne où la vente de préservatifs sur Internet est réservée aux adultes.  Ce film sort en salles au moment où les mouvements pour la légalisation de l’IVG gagnent en puissance, alors qu’officiellement l’avortement n’est possible que dans les cas limitativement énumérés de « violences sexuelles« , et pour les femmes majeures.

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Une chambre d’auberge glauque, sans même un lit, une jeune fille attendant sous la pluie le visage caché sous un imperméable, et enfin un étudiant en médecine qui pratique l’IVG clandestinement, moyennant finances, pour des adolescentes… le décor est planté et traduit les conditions dans lesquelles se pratique l’avortement pour les mineures en Corée du Sud. Car s’il est possible de réaliser des IVG dans les cliniques privées (la pratique étant plus libérale que la loi) pour les adultes, les obstacles sont multiples pour les adolescentes, comme l’observe la réalisatrice Kim Kyoung-ju :

En fait, j’ai pensé à faire ce film en découvrant dans la presse qu’une adolescente avait accouchée dans des toilettes publiques, avant d’abandonner son nourrisson. En réalisant ce film, je voulais questionner la façon dont la société coréenne se préoccupe de la santé sexuelle des mineurs. En Corée du Sud, il est compliqué pour les adolescents d’acheter des préservatifs : les sites Internet qui en vendent sont restreints aux adultes et c’est la même chose pour les sites qui permettent de se renseigner. Les Coréens sont assez conservateurs. Beaucoup pensent que les préservatifs ne devraient pas se trouver entre les mains des jeunes. En en limitant leur accès, ils pensent protéger la jeunesse. Or, on sait aujourd’hui que cette soit-disant « protection » de la jeunesse est contre-productive. Du coup, les jeunes ne se protègent pas du tout. Et puis, j’ai choisi de parler de l’avortement des adolescentes parce qu’il reste totalement illégal en Corée du sud. Malgré l’interdiction, il est possible pour les adultes de se faire avorter dans des cliniques privées. Mais c’est beaucoup plus compliqué pour les mineures. Si une adolescente tombe enceinte, tout le fardeau lui revient. Elle doit se débrouiller seule. Je voulais faire un film qui raconte cela.

Au-delà de la mise en cause du conservatisme social, c’est aussi un message social qu’a voulu délivrer Kim Kyung-ju, à l’intention des adolescentes ayant des relations sexuelles non protégées :

L’idée de base, c’est que le personnage principal a eu un petit ami avec lequel elle a couché. Il n’a pas mis de préservatif et elle est tombée enceinte. Le garçon n’a pas voulu ou pu l’aider et elle n’a pas su ou ne pouvait pas demander d’aide aux adultes. Et bien sûr, il était totalement inimaginable pour elle d’interroger ses parents, et encore moins le voisinage. Le faire serait risquer de porter une marque indélébile jusqu’à la fin de sa vie. C’est cette volonté de rester anonyme qui l’a conduit dans cette petite chambre crasseuse et loin de tout. C’est aussi un message que je souhaitais adresser aux jeunes filles : si vous avez des rapports sexuels non protégés, vous risquez de vous retrouver dans la situation délicate que je montre dans le film.

Manifestation le 15 avril 2018 à Paris : pour que toute la vérité soit faite sur le naufrage du « Sewol » !

Le dimanche 15 avril 2018, à l’initiative d’un collectif de Coréens vivant en France, une manifestation aura lieu à partir de 16 heures* place de la République (*et non 15 heures comme annoncé dans un premier temps), à Paris, à l’occasion du quatrième anniversaire de la tragédie du « Sewol » – du nom du ferry sud-coréen qui a coulé le 16 avril 2014, faisant plus de 300 morts parmi ses 476 passagers – majoritairement des lycéens en voyage scolaire. Le Comité international pour les libertés démocratiques en Corée du Sud (CILD) appelle à participer à cette manifestation et à la relayer la plus largement possible, pour faire enfin éclater la vérité.

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Outre l’ampleur de la tragédie, le naufrage du « Sewol » est symptomatique des maux de la société sud-coréenne : intervention inadéquate des secours qui aura sinon permis de sauver de nombreuses vies ; négligence coupable du propriétaire utilisant une législation lacunaire en matière de sécurité des passagers, dont la vie a été sacrifiée sur l’autel du profit ; manoeuvres dilatoires des autorités conservatrices sud-coréennes pour refuser de faire éclater la vérité (le propriétaire de fait du navire, le pasteur évangéliste Yoo Byung-eun, était un proche du parti au pouvoir, un artiste dont la renommée avait été créée de toutes pièces en France, et dont le nom était apparu dans le suicide collectif de membres de son église…) et – bien sûr – criminaliser les militants voulant comprendre ce qui s’est passé, et empêcher que de tels drames ne surviennent de nouveau.

La présidente Park Geun-hye, injoignable pendant de longues heures au moment des faits, a été depuis chassée par la rue et est aujourd’hui en prison – et la colère du peuple coréen après la gestion honteuse du naufrage du « Sewol » n’est pas étrangère à sa destitution pour corruption. Mais la connaissance de la vérité piétine, la réglementation n’évolue que timidement : il est plus que jamais urgent de poursuivre la mobilisation, pour les victimes, pour leurs familles, pour le peuple coréen.