Archives de Catégorie: manifestation

Séoul : les chauffeurs de taxi ont fait grève contre la déréglementation

Pendant 24 heures (du jeudi 18 octobre à 4 heures du matin au vendredi 19 octobre à 4 heures du matin), des dizaines de milliers de chauffeurs de taxi ont arrêté le travail à Séoul, et organisé par ailleurs une manifestation le 18 octobre à 14h, place Ganghwamun. Leur objectif ? Obtenir que ne se mette pas en place l’application Kakao Mobility, application de partage de véhicules sur le réseau social Kakao – le plus utilisé en République de Corée – et qui aurait un fort impact négatif sur les conditions de travail de la profession.

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Mouvement des chauffeurs de taxi séoulites devant les bureaux de Kakao Mobility, le 11 octobre 2018

En Corée du Sud, les mouvements sociaux font encore reculer la déréglementation libérale : en 2013, Uber avait dû cesser ses activités à Séoul après les protestations des chauffeurs de taxi et d’officiels de la capitale.

Bien que ne recueillant pas l’assentiment d’une majorité des personnes interrogées (selon des sondages), le mouvement des chauffeurs de taxi contre Kakao Mobility a été très largement suivi, à l’appel des différentes organisations professionnelles, notamment l’Association des taxis privés de Séoul et l’Association des taxis de Séoul. Et il ne s’est pas trompé de cible : en marchant en direction de la Maison bleue, siège de l’administration présidentielle, les manifestants ont bien souligné la responsabilité qui incombe aux autorités coréennes dans la mise en œuvre – ou pas – d’une mesure, qui n’était pas encore en place et, selon ses initiateurs, devait se limiter aux heures de pointe (le matin et le soir), en faisant croire que les besoins des consommateurs n’étaient pas satisfaits sur ces périodes – mais en évitant soigneusement d’aborder le seul argument qui vaille : qu’il s’agit d’une concurrence déloyale à l’exercice d’une profession réglementée, protégeant également les consommateurs en cas d’incident (accidents, fraudes…).

Mais de la même manière qu’en France l’inversion de la hiérarchie des normes (permettant aux accords à un niveau inférieur de déroger aux règles de droit supérieures) avait déjà ouvert une brèche en étant initialement limité à quelques domaines de la négociation collective, c’est le principe même de Kakao Mobility dont il s’agit d’empêcher qu’il ne trouve un début de concrétisation.

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Manifestation à Séoul pour les droits des réfugiés

Alors que l’accueil de réfugiés yéménites en République de Corée a soulevé une vague de racisme, les progressistes ont relevé la tête en organisant à Séoul, le 16 septembre 2018, une manifestation pour les droits des réfugiés, qui faisait face à une autre manifestation anti-réfugiés – attestant que ces derniers n’ont en aucun cas le monopole de l’expression publique en Corée du Sud.

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Accueillir les réfugiés quels que soient leurs origines ethniques, leurs croyances et leurs religions, conformément aux engagements internationaux de la République de Corée : tel est le message qui a été délivré par les manifestants en faveur des réfugiés le 16 septembre 2018 à Séoul. La manifestation avait été organisée, entre autres, par le Centre pour les droits des réfugiés en Corée du Sud (NANCEN), la branche coréenne d’Amnesty International et Amis de l’Asie.

Leurs mots d’ordre ont été relayés par les représentants de syndicats (dont Bong Hey-yeong, vice-président de la Confédération coréenne des syndicats – KCTU), des organisations de défense des travailleurs ainsi que d’organisations en faveur des droits des personnes LGTB et d’autres groupes sociaux minoritaires.

Des manifestants homophobes ont bloqué le premier Festival culturel queer à Incheon

Le 8 septembre 2018 était prévu à Incheon le premier Festival culturel queer. Mais 300 participants ont été bloqués pendant près de 5 heures par 1000 militants chrétiens anti-LGBT. Deux jours plus tard, les organisateurs ont dénoncé lors d’une conférence de presse le manque de préparation de la police qui aurait dû assurer la bonne organisation de la manifestation.

Les puissantes églises chrétiennes sud-coréennes font régner un climat de terreur et d’intolérance contre les personnes LGBTi : s’il n’y a pas officiellement de répression de l’homosexualité en Corée c’est tout simplement parce qu’elle ne figure dans aucun texte normatif – et le corollaire est que les violences homophobes, attestées lors du rassemblement qui s’est tenu à Incheon, ne sont pas pénalisées.

Ce n’est pas la première fois que les conservateurs homophobes attaquent les personnes LGBTi ou tentent d’empêcher leurs manifestations : alors que le dernier Festival culturel Queer à Séoul a réuni, du 13 au 22 juillet 2018, 120 000 participants, une pétition pour empêcher sa tenue et adressée à la présidence de la République avait réuni plus de 200 000 signatures, toujours à l’initiative d’églises chrétiennes protestantes.

L’attitude de l’opinion publique sur les droits des homosexuels reflète aussi un clivage générationnel : si 28,5 % des personnes interrogées soutenaient le mariage entre personnes de même sexe en 2014 (en hausse par rapport à 2010 : 16,9 %), cette proportion s’élevait à 47,7 % chez les moins de 30 ans et 7,1 % chez les plus de 60 ans.

Pour une célébrité des médias, faire ouvertement état de son homosexualité signale généralement la fin d’une carrière.

Le combat pour les droits des minorités sexuelles est, en Corée, indissociable de celui contre l’intolérance religieuse.

Stupeur et colère après l’acquittement de l’ex-gouverneur Ahn Hee-jung, accusé de viol

Ancien étoile montante du Parti démocrate au pouvoir, Ahn Hee-jung, ancien gouverneur de la province du Chungcheong du Sud, avait dû quitter la politique et présenter des excuses après avoir été accusé d’avoir violé à quatre reprises sa secrétaire, Kim Ji-eun. Or le 14 août 2018 M. Ahn a été acquitté en première instance, le tribunal ayant considéré que les allégations de Mme Kim quant à des relations sexuelles non consenties n’étaient pas suffisamment étayées. Alors que le parquet a annoncé qu’il ferait appel d’une décision qu’il juge « difficile à comprendre« , les manifestations féministes ont été relancées en République de Corée – en étant rejointes par un nombre croissant d’hommes. Lorsque le mouvement #MeToo avait gagné la Corée, au printemps 2018, le cas de l’ancien gouverneur Ahn était en effet devenu emblématique des attentes de nombreux Sud-Coréens que l’impunité devait cesser pour ceux qui ont commis des viols, alors que la plupart des victimes choisissent le silence, par peur des représailles.

En Corée du Sud, la plupart des personnes accusées de viol sont condamnées à verser de simples amendes. Beaucoup des crimes sont de surcroît commis dans un cadre hiérarchique, qui place les victimes dans une situation particulièrement déséquilibrée.

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Ces différents éléments étant réunis dans le cas du procès intenté par Kim Ji-eun à Ahn Hee-jung (poursuivi pour abus sexuels et abus sexuels commis par une personne en position d’autorité), c’est la stupeur qui a gagné les rangs des mouvements féministes (comme Femi Flame Action) à l’annonce du verdict acquittant l’ancien gouverneur Ahn, relançant les manifestations dans le pays – qui avaient réuni 70 000 personnes le 4 août dans les rues de Séoul. D’autres revendications se sont greffés sur celui des viols, notamment l’usage des caméras espions.

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Dans la très conservatrice société sud-coréenne, ceux qui soutiennent Ahn Hee-jung restent encore nombreux – d’autant qu’un acteur et un professeur d’université accusés de harcèlement sexuel se sont suicidés après avoir été mis en cause pour viol. Le gouvernement Moon Jae-in a annoncé des réformes : plan pour lutter contre le harcèlement sexuel en milieu professionnel, possibilité de dénoncer anonymement les crimes sexuels… Mais les changements tardent à se concrétiser et seront de trop faible portée sans une modification profonde des mentalités – et les manifestations y contribuent.

Sources : Le Monde, Quartz.

Par dizaines de milliers, les Coréens manifestent contre les caméras espions

Le voyeurisme à l’aide de caméras espions, dans les toilettes, les vestiaires, ou cachées dans de nombreux petits appareils du quotidien (cravates, chaussures, briquets…), sont un fléau contre lequel la société sud-coréenne se mobilise de plus en plus fortement : ils étaient dernièrement entre 20 000 (selon la police) et 70 000 (selon les organisateurs), soit 10 000 de plus que lors de la précédente manifestation mensuelle.

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Si la République de Corée a de solides habituelles patriarcales, le mouvement #MeToo y a connu un grand succès témoignant de la prise de conscience de plus en plus large de la population de la nécessité de mettre fin aux abus et de respecter les droits des femmes. Ils et elles ont ainsi choisi de manifester régulièrement contre le phénomène des caméras-espios, ou molka en coréen, en exigeant du gouvernement Moon Jae-in qu’il intervienne pour renforcer très significativement des amendes ou des peines de prison avec sursis aujourd’hui très peu dissuasives. Il en va de la dignité des femmes, Monsieur le Président !

Le CILD proteste contre l’arrestation de militants sud-coréens du PDP à Singapour

Le 11 juin 2018, cinq militants du Parti démocratique populaire (PDP) sud-coréen ont été arrêtés à Singapour, alors qu’ils venaient d’enregistrer une vidéo sur le sommet prévu le lendemain entre les présidents nord-coréen Kim Jong-un et américain Donald Trump. Ils agissaient comme militants mais également comme journalistes. Face à ce qui apparaît comme un déni des droits démocratiques fondamentaux, le Comité international pour les libertés démocratiques en Corée du Sud (CILD) a réagi en dénonçant des arrestations arbitraires et en exigeant leur libération immédiate. Au nom du CILD, Aymeric Monville a posé à Paris devant l’ambassade américaine (le 11 juin) puis l’ambassade singapourienne (le 12 juin), où il a remis une lettre à l’ambassadeur de Singapour en France. Poursuivons la mobilisation jusqu’à la libération des militants du PDP emprisonnés !

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Devant l’ambassade américaine

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Devant l’ambassade de Singapour

Texte de la lettre remise à l’ambassadeur de Singapour en France :

Paris, le 12 juin 2018

Excellence,

C’est avec tristesse et effroi que nous avons appris l’arrestation, hier à Singapour, de cinq jeunes femmes coréennes, membres du Parti démocratique populaire, lors de la rencontre historique entre les dirigeants de la République populaire démocratique de Corée et leurs homologues des Etats-Unis d’Amérique.

Ces cinq jeunes femmes se trouvaient, comme de nombreux passants et journalistes, devant l’hôtel où se trouvaient les dirigeants. Elles ont ensuite été suivies, de façon très angoissante et sans aucun prétexte, par des policiers en civil qui ont ensuite procédé à cette arrestation particulièrement arbitraire.

Il est tout à fait déplace de prétendre que ces cinq jeunes femmes représentaient une quelconque menace pour la sécurité de l’événement. Elles se trouvaient tout simplement parmi la foule. La presse, à Singapour comme ailleurs, s’est déjà émue de ce déni de droit.

Au nom de la présidence du Comité international pour les libertés démocratiques en Corée du Sud, nous protestons contre ces méthodes indignes de tout pays se revendiquant des valeurs démocratiques.

Etant moi-même éditeur de profession (éditions Delga), responsable à différents moments au cours de ma carrière de plusieurs revues intellectuelles dont La Pensée et Etincelles, co-organisateur d’un séminaire à la Sorbonne, j’estime être suffisamment averti du fonctionnement du monde des médias en France pour vous prévenir amicalement des conséquences désastreuses que cette situation arbitraire ferait peser sur l’image de Singapour qui vient, par ailleurs, d’organiser avec succès cette rencontre historique.

En espérant pouvoir vous rencontrer rapidement pour dissiper ce malentendu et en souhaitant ardemment la libération de ces cinq jeunes femmes, permettez-moi de vous exprimer, Excellence, le témoignage de notre plus profond respect.

Aymeric Monville, au nom de la présidence du Comité international pour les libertés démocratiques en Corée du Sud

 

 

Manifestations à Paris contre les manoeuvres militaires « Max Thunder »

Les 23 et 24 mai 2018, le Comité international pour les libertés démocratiques en Corée du Sud (CILD) a soutenu des manifestations organisées par le Parti démocratique populaire (PDP) sud-coréen à Paris (respectivement, place Saint-Michel et place de la République), pour dénoncer les manoeuvres militaires Max Thunder organisées par les Etats-Unis et leurs alliés en Asie du Nord-Est, exiger la signature d’un traité de paix dans la péninsule coréenne (prévu mais jamais mis en oeuvre après la signature de l’accord d’armistice du 27 juillet 1953) et demander le retrait des troupes américaines de Corée du Sud.

Ce soutien du CILD aux manifestations pacifistes à Paris était basé sur un constat simple : la situation de tensions diplomatiques et militaires sert de prétexte à un puissant courant militariste en Corée du Sud et à des atteintes multiples au libertés démocratiques dans le cadre, notamment, de la loi de sécurité nationale (LSN). Les organisateurs du PDP sont d’ailleurs concernés au premier chef : plus de dix de leurs militants ont été emprisonnés au motif d’avoir enfreint la LSN. Le CILD soutient de manière constante la libération de tous les prisonniers politiques en Corée du Sud, y compris les objecteur de conscience derrière les barreaux.

Les orateurs du CILD, Olivier Bouchard et Nathalie Kesler, ont souligné que les manoeuvres militaires Max Thunder tendent à torpiller le fragile processus de paix et de rapprochement intercoréen en cours depuis le spectaculaire rapprochement intercoréen observé depuis la participation nord-coréenne aux Jeux olympiques d’hiver de Pyeongchang, en Corée du Sud, après la main tendue de la Corée du Nord lors des voeux de Nouvel An du Président Kim Jong-un.

Dans ce contexte, il y avait lieu de dénoncer l’annonce par le Président Donald Trump, le 24 mai 2018, qu’il annulait sa rencontre prévue avec le Président Kim Jong-un à Singapour le 12 juin 2018 (même s’il devait revenir sur ses déclarations deux jours plus tard). Ses propos, tenus à la fin des exercices de guerre Max Thunder, indiquaient clairement qui menace qui en Asie du Nord-Est, alors qu’au même moment les Nord-Coréens témoignaient de leur engagement pour la dénucléarisation de (toute) la Corée en détruisant le site d’essais nucléaires de Punggye-ri.

Les organisateurs ont été rejoints par d’autres manifestants, unanimes à dénoncer la politique américaine qui sème la guerre et la désolation dans le monde, de la Corée à la Palestine en passant par la Syrie, l’Irak et l’Afghanistan.

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Le PDP a organisé une troisième manifestation à Paris, place de la Bastille, le 25 mai 2018.

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