Archives mensuelles : mars 2018

A propos de l’objection de conscience en Corée du Sud : des témoignages vidéo d’Amnesty International

L’ONG Amnesty International mène campagne pour que la République de Corée (Corée du Sud) reconnaisse l’objection de conscience. Le Comité international pour les libertés démocratiques en Corée du Sud (CILD) soutient pleinement cette campagne, alors que la République de Corée détient le triste record du nombre d’objecteurs de conscience emprisonnés dans le monde, et que la nouvelle administration démocrate de Moon Jae-in ne semble pas devoir remettre en cause cette situation. Dans ce cadre, nous publions ci-après plusieurs vidéos mises en ligne en 2015 faisant le portrait d’objecteurs de conscience – dont Lee Yeda, qui a obtenu à ce titre l’asile politique en France (à l’instar d’autres de ses compatriotes qui ont ensuite obtenu de statut en France après lui).

Lee Yeda : https://www.youtube.com/watch?v=agAtrbRYKJY

Song In Ho : https://www.youtube.com/watch?v=fgpLtwYklcs

Yang Ji Woon : https://www.youtube.com/watch?v=b5qyprBMVIU

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L’ancien président Lee Myung-bak auditionné dans plusieurs affaires de corruption

Dans notre édition du 12 novembre 2017, nous rendions compte du resserrement de l’étau judiciaire autour de l’ancien président (2008-2013) de la République de Corée Lee Myung-bak, ainsi que des membres de sa famille. Si l’audition par le Parquet de Séoul le 14 mars 2018 a porté sur les seules accusations de corruption, celles-ci pourraient également toucher à la pratique autoritaire du pouvoir par l’ancien chef de l’Etat – notamment son utilisation des services de renseignement.

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Vingt heures d’audition attendues, 120 pages de questions pour une vingtaine de délits présumés : c’est bien l’ouverture d’un procès fleuve dont il s’agit, et dont les premières pages commencent seulement à être écrites – les poursuites ayant été sinon gelées, du moins retardées, pendant le mandat de la très autoritaire Park Geun-hye (2013-2017), aujourd’hui en prison pour corruption.

Le pardon présidentiel accordé en 2009 à l’ancien dirigeant de Samsung Lee Kun-hee, condamné pour évasion fiscale, a-t-il eu des contreparties, notamment un versement de 4,5 millions d’euros à Lee Myung-bak ? Cette question, si elle est centrale au regard des liens en tout genre qu’entretiennent le géant sud-coréen Samsung et les conservateurs, n’est pas la seule : l’ancien chef de l’Etat devra aussi répondre, entre autres, de versements qu’il aurait pu recevoir de Lee Pal-sung pour l’aider à prendre la direction du groupe Woori Financial, ou encore de possibles détournements de fonds d’une usine de pièces automobiles.

Acquittement d’un officier en retraite qui avait eu des relations homosexuelles

Au printemps 2017 une véritable chasse à l’homme a été lancée en République de Corée pour démasquer et punir les soldats homosexuels en utilisant des applications informatiques, conduisant quelques semaines plus tard à une première condamnation à une peine de prison ferme à l’encontre d’un capitaine de 28 ans ayant eu une relation homosexuelle avec une personne consentante dans un cadre privé. La peine (de deux ans d’emprisonnement maximum) se fonde sur l’article 92-6 du code pénal militaire, dénoncé comme discriminatoire par les organisations de défense des droits de l’homme ainsi que dans les manifestations en Corée du Sud pour la défense des droits des personnes LGBTI (cf. photo ci-dessous de participants au Korea Queer Festival). Le Comité international pour les libertés démocratiques en Corée du Sud (CILD) avait aussi relayé une pétition contre la répression des soldats gays en République de Corée. Toutefois, une décision rendue par un tribunal de Séoul, le 22 février 2018, acquittant un officier à la retraite condamné sur la base de l’article 92-6, représente une victoire juridique sans précédent.

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Le 22 février 2018, le tribunal du district nord de Séoul a jugé qu’utiliser la loi pour punir des soldats homosexuels ayant des relations consenties était anticonstitutionnel, en dénonçant une violation des libertés individuelles et en estimant que l’article 92-6 ne devait s’appliquer qu’à des situations d’abus de pouvoir ou à des formes de violence. Le Centre coréen pour les droits de l’homme à l’armée a noté que c’est la première fois qu’une décision était rendue en ce sens depuis la pénalisation de l’homosexualité dans l’armée sud-coréenne en 1948. La personne condamnée en juin 2017 était un lieutenant ayant eu des relations sexuelles librement consenties avec le lieutenant d’une autre unité, à six reprises, entre septembre 2016 et février 2017.

Si la décision mérite d’être saluée, il n’en faut pas moins la relativiser : elle a été prise par une juridiction de première instance, l’affaire ayant été de surcroît transférée des tribunaux militaires aux tribunaux civils après que la personne incriminée eut été placée en position de retraite. Les tribunaux militaires continuent exclusivement de prononcer des condamnations. Selon le Centre coréen pour les droits de l’homme à l’armée, 22 procédures judiciaires sont en cours, ayant d’ores et déjà conduit à 7 condamnations (dont 4 à des peines de prison ferme). Trois personnes ont fait appel, les autres ayant renoncé. Le combat pour l’égalité des droits en Corée sera encore long.