Archives mensuelles : mai 2016

Histoire d’une militante pour les droits de l’homme

En soutien à Kim Hye-young, arrêtée le 26 juillet 2015 en Corée du Sud, et à tous ses compagnons de lutte

Histoire d-une militante pour les droits de l-homme

 

Pour sauver Kim Hye-hyoung, faites parvenir le plus vite possible des appels aux destinataires mentionnés ci-après, en coréen, en anglais ou dans votre propre langue :

  • exhortez les autorités sud-coréennes à abandonner les poursuites dans cette affaire et à libérer immédiatement et sans condition Kim Hye-young et les autres membres de l’Alliance coréenne pour une réunification indépendante et la démocratie qui n’ont fait qu’exercer légitimement leurs droits aux libertés d’expression et de réunion pacifique;
  • dans l’attente de sa libération, appelez-les à autoriser immédiatement cette femme à recevoir les soins médicaux dont elle a besoin en dehors de la prison, sans ingérence indue;
  • demandez-leur de cesser de recourir arbitrairement à la Loi relative à la sécurité nationale et de veiller à ce que les libertés d’expression, d’opinion et d’association soient pleinement respectées et protégées.

Envoyez vos appels avant le 13 juillet 2016 à :

Directeur du centre de détention de Séoul

Choi Gang-ju

143 Anyangpangyo-ro,

Euiwang-si, Gyeonggi-do,

République de Corée 16001

Courriel : Seouldc@korea.kr

Tél. : +82-31-423-6100

Formule d’appel : Dear Warden, / Monsieur le Directeur,

Ministre de la Justice

Kim Hyun-woong

Gwanmun_ro 47, Gwacheon-si,

Gyeonggi-do, République de Corée 13809

Fax : +82-2-2110-0350

Twitter : @happymoj

https://www.facebook.com/mojkorea/

Formule d’appel : Dear Minister, / Monsieur le Ministre,

Premier ministre

Hwang Kyo-ahn

Government Complex Sejong,

261 Dasom-ro,

Sejong-si, République de Corée

Twitter : @PrimeMinisterKR

Formule d’appel : Your Excellency, / Monsieur le Premier ministre,

Veuillez également adresser des copies aux représentants diplomatiques de la Corée du Sud dans votre pays.

Plus d’informations : www.amnesty.org/fr/documents/asa25/4150/2016/fr/

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Corée du Sud : manifestation place Saint-Michel à Paris le 3 juin pour le respect des libertés démocratiques et la libération des prisonniers politiques

Du 1er au 4 juin 2016, Mme Park Geun-hye, Présidente de la République de Corée (Corée du Sud) visite la France dans le cadre des années croisées France-Corée.

Dans ce contexte, le Comité international pour les libertés démocratiques en Corée du Sud (CILD), présidé par Jean Salem, attire l’attention des autorités françaises et de l’opinion publique nationale et internationale sur les atteintes grandissantes aux droits de l’homme et aux libertés démocratiques dont les autorités sud-coréennes sont coupables. Ne pas réagir, c’est se rendre complice de la répression contre les militants des droits de l’homme, les militants politiques et syndicaux arrêtés et condamnés pour délit d’opinion.

C’est pourquoi le CILD appelle à manifester

le vendredi 3 juin 2016,
de 19h à 21h, place Saint-Michel (Paris 6e).

pour exiger :
– le respect des libertés publiques en Corée, y compris le rétablissement des partis politiques et syndicats interdits ou sous le coup de mesures d’interdiction,
– la libération de tous les prisonniers politiques emprisonnés, y compris les objecteurs de conscience, dans le respect des engagements internationaux de la République de Corée,
– l’abrogation des outils de répression politique et antisyndicale, notamment la loi de sécurité nationale et la loi « antiterroriste ».

En espérant vous retrouver nombreux le 3 juin, et en vous appelant à relayer ce message,
Le combat pour la liberté ne doit pas s’arrêter et ne s’arrêtera pas !

Le Comité international pour les libertés démocratiques en Corée du Sud

Répression politique et antisyndicale : témoignage à Paris

jin-yongha_yang-goeun_alliance-coréenne_libertés-syndicalesLe 21 mai 2016, le Comité international pour les libertés démocratiques en Corée du Sud (CILD) a organisé une rencontre à Paris, dans le sixième arrondissement, avec deux militants sud-coréens : JIN Yongha, secrétaire général de l’Association des travailleurs, et YANG Goeun, co-présidente de l’Alliance coréenne pour la réunification indépendante et la démocratie. Ils ont témoigné de la répression politique et antisyndicale en cours dans le Sud de la péninsule coréenne, faisant ainsi ressortir le besoin urgent de développer la solidarité avec les militants pour les libertés démocratiques en Corée du Sud.

Après avoir dressé un rappel des conditions historiques du combat politique et syndical en République de Corée (Corée du Sud), dans le contexte d’une division de la péninsule coréenne et d’une présence militaire américaine ininterrompue depuis le déclenchement de la guerre de Corée en 1950, Jin Yongha, lui-même poursuivi par la justice de son pays en tant que militant syndical, a souligné que la répression s’était intensifiée avec l’élection du conservateur Lee Myung-bak à la présidence de la République en décembre 2007. Les médias et les syndicats de travailleurs ont été les premiers visés (et, dans le cas des médias, les syndicats de journalistes). La remise en cause des libertés démocratiques s’est ensuite accrue avec l’élection de Mme Park Geun-hye, en décembre 2012, avec une forte ingérence des services de renseignement sud-coréens, en s’étendant aux partis politiques – jusqu’à l’interdiction du Parti progressiste unifié. Les tentatives de démantèlement du Code du travail, la précarisation des travailleurs et les coups portés au syndicat des enseignants ont pour toile de fond l’adoption d’une nouvelle loi antiterroriste, qui s’ajoute à la loi de sécurité nationale comme outil de répression des oppositions politiques et syndicales.

En mai 2016, on compte 57 prisonniers politiques en Corée du Sud, et en 2015 plus de 10 millions de communications (sous forme de méls, d’appels téléphoniques ou de SMS) ont été interceptées par les services de renseignement (NIS). M. Jin Yongha a lui-même fait l’objet d’une surveillance au titre de ses communications à 22 reprises.

Mme Yang Goeun a apporté des détails sur la répression spécifique qui s’abat contre l’Alliance coréenne, dont l’autre co-président est actuellement sous mandat d’arrêt. 9 militants de l’Alliance coréenne sont actuellement en prison ou en détention provisoire. Un militant a été libéré après sa condamnation. 32 autres sont dans l’attente d’un jugement. Dès qu’ils sont arrêtés (la détention provisoire est limitée à 48 heures en Corée du Sud), les militants de l’Alliance coréenne engagent une grève de la faim et refusent de parler – car tout ce qu’ils disent pourrait être retenu contre eux. Ils ont engagé des manifestations à une personne, qu’autorise la réglementation en Corée du Sud sans déclaration préalable, mais celles-ci donnent désormais lieu à des arrestations et des placements en détention provisoire par les forces de l’ordre. Des actions similaires sont conduites à l’étranger, avec une manifestation de l’Alliance coréenne devant la Maison blanche américaine depuis 180 jours. Enfin, les médias liés à l’Alliance coréenne – notamment le journal en ligne Minjok Ilbo – sont frappés par la répression.

Dans ce contexte, le combat pour les libertés démocratiques doit être mené en permanence – notamment par la distribution de tracts et avec le soutien d’autres organisations et de pasteurs progressistes.

Le CILD appelle toutes les hommes et les femmes sincèrement attachés aux libertés démocratiques et à la justice à rejoindre le camp de la solidarité avec les travailleurs et les militants emprisonnés en Corée du Sud, dans la continuité des actions menées depuis plus d’un an, à l’instar de la manifestation place du Châtelet, à Paris, le 2 avril 2016, pour l’abrogation de la loi « antiterroriste » sud-coréenne et la libération des prisonniers politiques, de la pétition lancée en août 2015 pour la libération du militant des droits de l’homme Park Rae-gun qui défend les familles des victimes du naufrage du ferry Sewol, et pour le rétablissement du Parti progressiste unifié, interdit dans des conditions iniques en décembre 2014.

« Nous n’oublions pas. Luttons pour la vérité »

Le 13 mai 2016 à la Sorbonne, grâce au collectif « Coalition du 16 avril – Paris » des familles des victimes du naufrage du Sewol ont témoigné à Paris, après une projection du film « Etat féroce » de Kim Jinyeol. Le Comité international pour les libertés démocratiques en Corée du Sud présidé par Jean Salem a soutenu cette initiative. Nous reproduisons ci-après de larges extraits du tract diffusé par les organisateurs.

2 ans après le naufrage du Sewol en Corée du Sud qui a entraîné le 16 avril 2014 la mort de 304 personnes, dont 250 lycéens, les familles des victimes viennent en Europe (Berlin, Bochum, Munich, Bruxelles, Rome, Londres, Paris) pour témoigner de leurs luttes pour la vérité et nouer des liens de solidarité non seulement avec les expatriés coréens qui les soutiennent, mais aussi avec les associations des victimes de catastrophes en Europe. Ils luttent depuis 2 ans contre l’immobilisme de l’Etat : les autorités coréennes non seulement n’ont sauvé personne, mais elles ont tout fait pour empêcher le sauvetage. Les seuls survivants sont des gens qui se sont sauvés eux-mêmes. Quant au naufrage, on n’en connaît toujours pas la véritable cause. Car il n’y a jamais eu de véritable enquête sur ce drame. Mais après les élections législatives du 13 avril dernier, qui envoie au Parlement une nouvelle majorité, une nouvelle étape de la lutte commence.

Depuis le drame, un grand nombre de citoyens, entre autres par une pétition de 5.400.000 signatures, ont soutenu la lutte des familles face à un Etat criminel. Car la Présidente actuelle, élue il y a trois ans grâce à une élection truquée, multiplie les manoeuvres impensables pour détourner l’attention des citoyens. Et avec l’affaire du Sewol, qui accumule mystères et mensonges, la colère des citoyens coréens atteint un sommet, non seulement en Corée mais aussi à l’étranger : des citoyens coréens dans 32 villes du monde (Paris, Strasbourg, Londres, Berlin, Bruxelles, Munich, New York, Seattle, Los Angeles, Washington, Sydney, Tokyo, Toronto etc.) ont fondé des collectifs pour soutenir les familles des victimes. Le 16 avril 2016 ils ont organisé des cérémonies de commémoration pour le deuxième anniversaire du naufrage. A cette occasion, les collectifs coréens d’Europe ont invité des représentants des familles. Beaucoup de Coréens pensent que cette affaire peut être un levier pour sortir la Corée de l’état de déliquescence politique qu’elle subit depuis des années.

FILM DOCUMENTAIRE « ETA FEROCE » (120 mn, VOST français, 2015) de
Un film documentaire coréen a été tourné sur la première année (mai 2014-mai 2015) des luttes des parents des victimes du naufrage. Les luttes des familles ne visent qu’une chose : connaître la vérité sur ce drame, savoir pourquoi leurs enfants devaient mourir.

Camps de concentration en Corée du Sud : l’exigence de vérité et de réparation pour les victimes

C’est l’une des pages les plus sombres de l’histoire de la dictature sud-coréenne : les camps de concentration où étaient enfermés, maltraités, exploités et tués tous les « indésirables » que la République de Corée (Corée du Sud) voulait faire disparaître des yeux du public, à l’approche notamment des Jeux olympique de Séoul en 1988. 

C’est le résultat d’une enquête minutieuse menée par l’agence Associated Press, dont ont rendu compte plusieurs médias francophones (notamment Le Monde et Le Temps, Sputnik News) : en 1975, le général-président Park Chung-hee (père de l’actuelle présidente sud-coréenne Mme Park Geun-hye) avait décidé de nettoyer les rues de Séoul et des grandes villes des vagabonds et sans-abris, et cette politique devait s’accélérer à l’approche des Jeux olympiques de Séoul en 1988 : en 1986, 16 000 personnes étaient ainsi détenues dans 36 camps de concentration en Corée du Sud. Parmi elles, des enfants perdus ou tout simplement non surveillés par un adulte, des ivrognes, des handicapés, des vendeurs ambulants… Les policiers touchaient une prime suivant le nombre de sans-abris qu’ils arrêtaient et envoyaient dans ces centres de détention aux conditions de vie inhumaines.

Le plus grand des camps – comptant plus de 4 000 prisonniers travaillant dans 20 usines – était Brothers Home (la Maison des Frères), à Busan. Le directeur de l’institution, Park In-keun, a été récompensé de deux médailles par les autorités sud-coréennes pour son travail dans le domaine social et a inspiré un téléfilm diffusé en Corée du Sud en 1985.

Comme l’a indiqué Sputnik News,

Les conditions de détention étaient inhumaines: les prisonniers étaient battus tous les jours, certains mourraient immédiatement, d’autres sont morts plus tard en raison de graves blessures, les enfants étaient constamment violés, les gens étaient malades, ils recevaient des traitements de l’hôpital seulement alors qu’ils étaient presque morts.

Les statistiques officielles montrent que pour la période 1975-1986, 513 personnes ont été tuées dans la Maison des Frères, en réalité, le nombre de morts est plus élevé. Ils étaient enterrés au hasard partout. Après que ce camp de concentration a été fermé en 1988, des ouvriers du bâtiment ont trouvé plusieurs centaines de restes humains dans les locaux. Les anciens prisonniers se souviennent que les travailleurs du camp trainaient les corps dans la forêt voisine.

Philippe Pons, pour Le Monde et Le Temps, cite les cas de torture et viols d’anciennes victimes à la Maison des Frères interrogées par AP :

Selon les certificats de décès délivrés par le médecin de l’établissement de Busan, les morts étaient dues à une «crise cardiaque» ou à un «excès de fatigue».

Les victimes interrogées par Associated Press font état de «torture et viols répétés». Selon un ancien détenu cité, Lee Chae-sik, ces sévices étaient pratiqués dans une pièce spéciale baptisée «chambre de correction». Choi Seung-won, 14 ans à l’époque, raconte avoir été torturé pour avoir volé un pain, incarcéré et violé par des gardes.

Après une visite du Procureur en 1987 Kim Yong-wang, une enquête a été ouverte et le camp de Busan fermé en 1988. Mais Park In-keun s’en est bien sorti, n’étant condamné en 1989 qu’à deux ans et demi de prison pour détournement de fonds et diverses infractions – les atrocités commises dans son établissement n’étant pas mentionnées.

Après une visite du Procureur en 1987 Kim Yong-won, une enquête a été ouverte et le camp de Busan fermé en 1988. Mais Park In-keun s’en est bien sorti, n’étant condamné en 1989 qu’à deux ans et demi de prison pour détournement de fonds et diverses infractions – les atrocités commises dans son établissement n’étant pas mentionnées.

Depuis, M. Kim Yong-won et les victimes des camps ne cessent, inlassablement, de demander la conduite d’une enquête impartiale, mais les autorités sud-coréennes multiplient les manoeuvres dilatoires. Si bien que, à ce jour, « aucun des employés de la Maison des Frères n’a été puni pour les violences commises, seulement deux gardes ont été condamnés à 18 et huit mois de prison » (Sputnik News).

Philippe Pons observe que les complicités pour empêcher les progrès de l’enquête s’expliquent par une volonté au plus haut niveau de l’Etat, notamment du Procureur en chef de Busan Park Hee-rae qui est un conseiller du Parti Saenuri de la Présidente Park Geun-hye :

Se fondant sur des témoignages de responsables de l’établissement et de victimes qui jusqu’à présent avaient gardé le silence, AP conclut que «les sévices subis par les détenus étaient pires et plus systématiques qu’on le pensait». La dissimulation des faits fut orchestrée au plus haut niveau du pouvoir: deux enquêtes furent bloquées par le procureur en chef de Busan, Park Hee-tae, par la suite ministre de la justice et qui est «actuellement un conseiller du parti au pouvoir», écrit AP. M. Park a refusé de répondre aux questions des journalistes de l’agence.

Les victimes demandent aujourd’hui que la lumière soit faite, mais le ministère de l’intérieur fait valoir qu’il y a prescription. La victoire de l’opposition, à la suite des élections du 13 avril, pourrait contraindre l’Etat à ouvrir finalement une enquête sur une des affaires les plus douloureuses de l’époque.

Le Comité international pour les libertés démocratiques en Corée du Sud (CILD) exige que l’enquête soit conduite à son terme, que soient jugés les responsables des atrocités commises dans les camps de concentration sud-coréens – jusqu’au plus haut niveau de l’Etat sud-coréen, qui devra présenter des excuses – et qu’une juste réparation soit apportée aux victimes.