Archives mensuelles : février 2017

Les manifestations continuent à Séoul. Leur enjeu ? La démocratie

Ils étaient au moins des dizaines de milliers à manifester dans les rues de Séoul le 25 février 2017, alors que la Cour constitutionnelle doit tenir, le 27 février, sa dernière audience sur la destitution de la Présidente Park Geun-hye, avant de rendre son verdict – qui pourrait intervenir dès la mi-mars – dans le cadre du scandale Choi Soon-sil, accusée d’activités criminelles avec la complicité de la chef de l’Etat. Si la Cour constitutionnelle confirme la décision du Parlement, une élection présidentielle anticipée devra intervenir dans un délai de 60 jours – sinon, Park Geun-hye reprendrait ses fonctions, jusqu’au terme de son mandat (février 2018), après une élection présidentielle qui se tiendrait à l’échéance normale (décembre 2017).  

Par rapport aux manifestations de masse de l’automne 2016, la nouveauté est que les opposants à la Présidente Park Geun-hye ne sont plus les seuls à manifester en nombre. Au quatrième anniversaire de son entrée en fonctions (le 25 février 2013) ses partisans, toujours très minoritaires dans l’opinion, veulent relever la tête et ont affirmé qu’ils étaient « 3 millions » (contre 1 million selon les organisateurs des rassemblements anti-Park, qui ont atteint leur point culminant à l’automne, à la veille du vote de destitution par le Parlement à une très large majorité, le 9 décembre 2016, avec plus de 2 millions de participants selon les organisateurs). En fait, les chiffres des « pro-Park » visent à faire croire qu’ils sont plus nombreux que les « anti-Park », non seulement ce 25 février mais depuis le début des manifestations de masse – alors que selon l’AFP chaque cortège comptait environ 100 000 participants ce 25 février 2017, traduisant bien l’incapacité des « pro-Park » à rivaliser en nombre avec les manifestants « anti-Park ». Agés, arborant des drapeaux sud-coréens… et américains, viscéralement anti-Corée du Nord, les « pro-Park » n’hésitent pas à parler d’un absurde complot nord-coréen à l’origine de la destitution de la Présidente Park Geun-hye, surfant ainsi sur la manipulation de l’opinion publique nationale et internationale sur l’actualité nord-coréenne, qui est l’une des constantes des conservateurs en Corée du Sud.

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Manifestation de partisans de Mme Park Geun-hye

Car l’essentiel, pour les manifestants « pro-Park », est bien de lancer des fausses informations (« le complot nord-coréen« ) et faire pression politiquement sur les 8 juges constitutionnels (après que l’un d’entre eux a cessé ses fonctions en janvier), très majoritairement conservateurs, qui doivent se prononcer à une majorité de six pour confirmer le vote de destitution. En effet, si Park Geun-hye est massivement impopulaire, les conservateurs sont divisés – or, ce sont des juges constitutionnels acquis aux conservateurs qui doivent se prononcer sur sa destitution, lui laissant ainsi une chance de regagner son pouvoir perdu, par un jugement qui serait plus politique que juridique – les charges contre Mme Park Geun-hye étant en effet accablantes. Le risque qu’un groupe de pression ultra-minoritaire puisse tordre le droit constitutionnel à son profit, traduit que la Corée du Sud n’est pas encore une démocratie politique pleinement mature. Cependant, un jugement favorable à Park Geun-hye soulèverait une onde de choc en Corée du Sud et pourrait déclencher une révolution, que craignent de nombreux conservateurs, au moment où des arrestations sans précédent se multiplient dans les milieux d’affaires et politiques proches des conservateurs toujours au pouvoir à Séoul, attisant la colère populaire. Tel est bien l’enjeu continu des manifestations en Corée du Sud, ininterrompues depuis quatre mois : le risque d’un effondrement de la démocratie en République de Corée, à la faveur de la pression de minoritaires d’extrême-droite qui réussiraient dans leur entreprise de rétablissement dans ses fonctions de la Présidente Park Geun-hye.

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Lee Jae-yong, l’héritier de Samsung, placé en détention

Dirigeant de fait du groupe Samsung depuis l’hospitalisation de son père suite à une crise cardiaque en 2014, Lee Jae-yong a été placé en détention le 17 février 2017, dans le cadre de l’affaire Choi Soon-sil qui a conduit au vote par le Parlement d’une motion de destitution de la Présidente Park Geun-hye. Cette arrestation illustre les pratiques de corruption d’un groupe par ailleurs mis en cause pour ses atteintes aux droits fondamentaux des travailleurs.

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Est-ce le début de la fin pour le groupe Samsung, allié inconditionnel des conservateurs héritiers de la dictature militaire ? En émettant un mandat d’arrêt à l’encontre de Lee Jae-yong, héritier et dirigeant de fait du conglomérat, la Cour du district central de Séoul a franchi une étape inédite dans l’histoire de Samsung. Comme le souligne l’agence de presse sud-coréenne Yonhap, « Lee est devenu le premier patron de Samsung à être arrêté dans une affaire criminelle« .  L’agence Yonhap est explicite quant à la nature des charges qui pèsent sur Lee Jae-yong :

L’équipe du procureur indépendant avait recherché mardi un nouveau mandat d’arrêt contre ce dernier après que sa première requête, qui reposait sur des charges de corruption, de détournement de fonds et de faux témoignages, a été rejetée le mois dernier. Après trois semaines d’enquête supplémentaires, les procureurs accusent Lee, en plus des charges précédentes, d’avoir caché des gains provenant d’activités criminelles et d’avoir enfreint la loi sur le transfert de patrimoine à l’étranger en versant des pots-de-vin à Choi Soon-sil, l’amie de longue date de la présidente.

Le versement de pots-de-vin à deux fondations contrôlées par Choi Soon-sil aurait permis à Lee Jae-yong d’obtenir une fusion entre deux branches de Samsung, en vue de renforcer son emprise sur le groupe.

La liste noire ne concernait pas que les artistes

Un des traits les plus significatifs de la dérive autoritaire de la Présidente Park Geun-hye a été l’établissement d’une liste noire de milliers d’artistes qui ne devaient plus recevoir de subventions publiques compte tenu de leur positionnement politique (proche des démocrates ou des sociaux-démocrates, donc pro-Corée du Nord et crypto-communistes dans la grille de lecture des néoconservateurs sud-coréens). Alors que l’enquête judiciaire en cours a conduit à interroger Mo Chul-min, ambassadeur de la République de Corée en France (qui n’est toujours pas revenu en France plus d’un mois après son interrogatoire), puis à l’arrestation de Cho Yoon-sun, ministre de la Culture, du Sport et du Tourisme, de nouvelles révélations du quotidien Hankyoreh indiquent que les artistes n’étaient pas les seuls à figurer dans une liste noire, conforme au fichage de certaines populations dans les régimes dictatoriaux.

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Kim Ki-choon

La roche tarpéienne est décidément bien proche du Capitole : hier tout-puissant, l’ancien chef du personnel de la Présidence Kim Ki-choon est apparu menotté, sous escorte policière, pour être entendu par la police dans l’affaire de la « liste noire » : l’équipe d’enquête spéciale a établi que ce n’était pas seulement les personnalités du monde des arts et de la culture qui étaient « blacklistées », mais bien des milliers de citoyens (8000) et d’organisations (3000) appartenant à tous les secteurs de la société coréenne : travail, santé, emploi, éducation, finances… Les activités secrètes de la « Force de réaction rapide pour le financement du secteur privé » (Private Sector Organization Funding Task Force) irriguaient l’ensemble du cabinet présidentiel, sous les ordres de Mme Park Geun-hye elle-même qui avait appelé, entre autres, à une « renaissance culturelle » en extirpant les germes gauchistes du monde artistique…  Nous ne sommes plus très loin des attaques contre « l’art dégénéré » menées par les nazis.

Naturellement, étaient visés non pas des communistes (inexistants en Corée du Sud, où ils sont interdits d’expression) mais plutôt ceux qui avaient le malheur d’être proches du démocrate Moon Jae-in, candidat malheureux contre Mme Park à la présidentielle de 2012 (48 % des voix), ou encore de l’opposant Ahn Cheol-soo (27% pour son parti au scrutin de liste aux législatives de 2016), suivant des principes classiques d’épuration politique dans les régimes autoritaires : aucune liberté d’expression ne doit être donnée aux ennemis du Gouvernement, amalgamés avec une opposition radicale, même créée de toutes pièces pour les besoins de la répression politique (comme la pseudo « Organisation révolutionnaire« ).

Il est désormais temps que les néoconservateurs au pouvoir à Séoul quittent la place, pour permettre le retour à la démocratie et aux libertés politiques en Corée du Sud.