Archives mensuelles : mai 2015

Un appel du Comité international pour les libertés démocratiques en Corée du Sud : la répression contre les militants de l’Alliance coréenne doit cesser immédiatement !

Depuis l’interdiction du Parti progressiste unifié (PPU) en République de Corée (Corée du Sud) le 19 décembre 2014, pour soi-disant atteinte aux libertés démocratiques, une chape de plomb s’est abattue sur la gauche sud-coréenne.

Les militants de l’Alliance coréenne, proche de la tendance Corea 21 du PPU, sont une cible privilégiée des autorités sud-coréennes : les domiciles de plusieurs de leurs dirigeants ont été fouillés à peine l’interdiction du PPU prononcée, et d’autres membres de l’Alliance coréenne se sont réfugiés depuis plus de quatre mois à la Maison chrétienne.

Critiqué de toutes parts, le pouvoir autoritaire sud-coréen a encore accru la répression contre les militants de l’Alliance coréenne. Dans le contexte des énormes manifestations pour les victimes du ferry Sewol et d’une grève générale contre la présidente Mme Park Geun-hye, 25 membres de l’Alliance coréenne ont été placés en garde à vue, entre le 11 avril et le 18 mai derniers. Deux militantes ont par ailleurs subi des attouchements.

Enfin, sous couvert de la « loi de sécurité nationale », un étudiant membre de l’Alliance coréenne a été emprisonné.

Face à la répression, la solidarité doit plus que jamais s’organiser.

Nous, membres du Comité international pour les libertés démocratiques en Corée du Sud, réunis le 22 mai 2015 à Paris, exigeons l’arrêt de la répression contre les militants de l’Alliance coréenne, l’ouverture d’une enquête sur les attouchements commis par la police, la libération de l’ensemble des prisonniers politiques et le rétablissement dans l’intégralité de leurs droits du Parti progressiste unifié et de ses élus déchus de leur mandat.

Nous exigeons des gouvernements occidentaux, et notamment du gouvernement français, qu’ils mettent fin à leur silence complice sur les atteintes à la démocratie et aux libertés qui sont commises jour après jour dans le Sud de la péninsule coréenne.

Enfin, nous appelons les femmes et les hommes attachés aux libertés démocratiques à nous rejoindre, pour élargir le front de solidarité avec celles et ceux qui luttent pour la démocratie en Corée du Sud, afin d’empêcher la résurgence des heures sombres de la dictature militaire qui, naguère, sous la férule du père de l’actuelle chef de l’Etat, faisait régner l’ordre et la terreur à Séoul.

                           Le Comité international pour les libertés démocratiques
en Corée du Sud

Pour signer l’appel contre la répression politique et syndicale en Corée du Sud,
contre l’interdiction du Parti progressiste unifié

Pour rejoindre le Comité international pour les libertés démocratiques en Corée du Sud

solidaritefrancecoree@yahoo.frhttps://solidaritecoree.wordpress.com

Ingérence de l’armée sud-coréenne dans l’élection présidentielle : 2 ans de prison pour l’ancien chef de département de l’unité de guerre psychologique du commandement cybernétique

L’implication massive de l’armée, et notamment des services de renseignement sud-coréens (National Intelligence Service, NIS), dans l’élection présidentielle de 2012 continue de soulever une onde de choc : le 15 mai 2015, c’est l’ancien chef de département de l’unité de guerre psychologique du commandement cybernétique (uniquement désigné par son nom « Lee »)  qui a été condamné à deux ans de prison. En février 2015, l’ancien directeur du NIS, Won Sei-hoon, avait été condamné à une peine de prison pour son ingérence dans l’élection présidentielle au profit de la candidate conservatrice (élue), Mme Park Geun-hye.

Lee a été condamné pour avoir « manipulé l’opinion publique » en employant 100 militaires de son unité à conduire une campagne de dénigrement en ligne, en postant plusieurs dizaines de milliers de messages sur Internet (notamment les réseaux sociaux), contre le principal adversaire de Mme Park, le démocrate Moon Jae-in, battu avec une faible marge. Lee a aussi été mis en cause pour avoir tenté de couvrir le NIS et, plus généralement l’armée sud-coréenne, dans le scandale né d’une ingérence massive de services de l’Etat dans le processus électoral.

Et maintenant, ils s’attaquent au Festival de Busan

Le Festival international du film de Busan (acronyme anglais : BIFF) est l’un des plus grands festivals de cinéma d’Asie, sinon du monde. Après avoir multiplié les initiatives pour mettre au pas l’opposition politique et syndicale ainsi que les journalistes, le pouvoir conservateur sud-coréen s’attaque désormais au milieu du cinéma, traditionnellement de sensibilité progressiste, dont la liberté d’expression gêne fâcheusement le régime de Mme Park Geun-hye. Il a décidé de cibler le célèbre Festival de Busan. En avril 2014, le naufrage d’un ferry, le « Sewol », a entraîné la mort de 304 passagers, en grande majorité des lycéens. La gestion de la catastrophe, la désinformation des médias (dans leur écrasante majorité conservateurs ou à capitaux publics) et les tentatives des conservateurs pour bloquer tout enquête indépendante ont soulevé la colère des familles des victimes et de l’opinion publique. C’est ce dont rend compte le film  The Truth Will Not Sink with Sewol, (« La vérité ne doit pas couler avec le Sewol »), co-réalisé par le journaliste Lee Sang-ho et le documentariste Ahn Hae-ryong, qui met sévèrement en cause les autorités sud-coréennes. Lee Yong-kwan a refusé de céder aux pressions du maire (conservateur) de Busan, Seo Byeong-soo, qui préside le BIFF, de retirer le film de la programmation du dernier festival en octobre 2014, en tirant argument de l’indépendance du BIFF et du refus de la censure. En rétorsion, la mairie de Séoul a ensuite cherché à pousser Lee Yong-kwan à la démission, en se fondant sur un soi-disant audit dont les autorités municipales n’ont pas présenté les résultats, tout en lançant une campagne d’information hostile sur le coût du BIFF, qui emploie de manière permanente 38 personnes et dont le budget s’élève à 11 millions de dollars (financé à hauteur de 50 % par la municipalité de Séoul). Le 26 janvier 2015, une douzaine d’organisations de l’industrie du cinéma sud-coréen ont publié un communiqué demandant que la mairie de Busan cesse d’exiger la démission de Lee Yong-kwan. Mais le bras-de-fer financier se poursuit pour faire plier le BIFF : lors du week-end du 1er mai, le Conseil du film coréen (acronyme anglais : KOFIC), financé par le gouvernement sud-coréen, a annoncé qu’il diminuait de 45 % sa subvention au BIFF (de 1,33 million de dollars à 732 500 dollars), en expliquant que le BIFF doit augmenter ses ressources propres. L’argument financier serait plus convaincant s’il n’apparaissait pas curieusement au moment d’attaques contre Lee Yong-kwan, et s’il se fondait sur des études sérieuses. En réalité, les conservateurs, par les positions qu’ils occupent (mairie de Busan, gouvernement), agissent de concert pour faire taire toute voie discordante. Plus que jamais, la solidarité doit s’organiser pour la liberté d’expression en Corée du Sud, aux côtés des professionnels coréens du cinéma qui ont dénoncé une nouvelle fois des manœuvres d’intimidation. Nous attendons des autorités françaises, qui co-organiseront à partir de septembre 2015 l’année croisée France-Corée (du Sud), qu’elles cessent leur silence complice contre les atteintes de plus en plus graves aux libertés publiques commises quotidiennement en Corée du Sud.