Archives mensuelles : mai 2018

Manifestations à Paris contre les manoeuvres militaires « Max Thunder »

Les 23 et 24 mai 2018, le Comité international pour les libertés démocratiques en Corée du Sud (CILD) a soutenu des manifestations organisées par le Parti démocratique populaire (PDP) sud-coréen à Paris (respectivement, place Saint-Michel et place de la République), pour dénoncer les manoeuvres militaires Max Thunder organisées par les Etats-Unis et leurs alliés en Asie du Nord-Est, exiger la signature d’un traité de paix dans la péninsule coréenne (prévu mais jamais mis en oeuvre après la signature de l’accord d’armistice du 27 juillet 1953) et demander le retrait des troupes américaines de Corée du Sud.

Ce soutien du CILD aux manifestations pacifistes à Paris était basé sur un constat simple : la situation de tensions diplomatiques et militaires sert de prétexte à un puissant courant militariste en Corée du Sud et à des atteintes multiples au libertés démocratiques dans le cadre, notamment, de la loi de sécurité nationale (LSN). Les organisateurs du PDP sont d’ailleurs concernés au premier chef : plus de dix de leurs militants ont été emprisonnés au motif d’avoir enfreint la LSN. Le CILD soutient de manière constante la libération de tous les prisonniers politiques en Corée du Sud, y compris les objecteur de conscience derrière les barreaux.

Les orateurs du CILD, Olivier Bouchard et Nathalie Kesler, ont souligné que les manoeuvres militaires Max Thunder tendent à torpiller le fragile processus de paix et de rapprochement intercoréen en cours depuis le spectaculaire rapprochement intercoréen observé depuis la participation nord-coréenne aux Jeux olympiques d’hiver de Pyeongchang, en Corée du Sud, après la main tendue de la Corée du Nord lors des voeux de Nouvel An du Président Kim Jong-un.

Dans ce contexte, il y avait lieu de dénoncer l’annonce par le Président Donald Trump, le 24 mai 2018, qu’il annulait sa rencontre prévue avec le Président Kim Jong-un à Singapour le 12 juin 2018 (même s’il devait revenir sur ses déclarations deux jours plus tard). Ses propos, tenus à la fin des exercices de guerre Max Thunder, indiquaient clairement qui menace qui en Asie du Nord-Est, alors qu’au même moment les Nord-Coréens témoignaient de leur engagement pour la dénucléarisation de (toute) la Corée en détruisant le site d’essais nucléaires de Punggye-ri.

Les organisateurs ont été rejoints par d’autres manifestants, unanimes à dénoncer la politique américaine qui sème la guerre et la désolation dans le monde, de la Corée à la Palestine en passant par la Syrie, l’Irak et l’Afghanistan.

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Le PDP a organisé une troisième manifestation à Paris, place de la Bastille, le 25 mai 2018.

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Han Sang-gyun libre le 21 mai !

Le dirigeant de la Confédération coréenne des syndicats (acronyme anglais, KCTU) Han Sang-gyun, emprisonné pour s’être opposé à la très autoritaire présidente Park Geun-hye (destituée depuis, à la suite de la révolution des bougies), sera libre le 21 mai 2018, après plus de deux ans de détention, ainsi que l’a annoncé le quotidien progressiste sud-coréen Hankyoreh.

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Le Comité international pour les libertés démocratiques en Corée du Sud (CILD) se félicite de l’annonce de cette libération, qui concernera aussi d’autres syndicalistes emprisonnés  : nous avions relayé les pétitions pour libérer Han Sang-gyun, ainsi que les manifestations des syndicats dans le monde et des ONG pour mettre fin à une condamnation inique, dénoncée par l’OIT et ayant constitué une grave atteinte aux libertés syndicales.

Le CILD rappelle cependant que la Corée du Sud doit encore libérer tous les prisonniers politiques, au premier rang desquels l’ancien député Lee Seok-ki, y compris les centaines d’objecteurs de conscience, abroger la législation antisyndicale et mettre fin aux pratiques antisyndicales – comme celles en vigueur dans le conglomérat Samsung.

Retour sur la conférence-débat avec Noh Seung-il à la librairie Tropiques, le 12 mai 2018

Le samedi 12 mai 2018, la librairie Tropiques, dans le quatorzième arrondissement de Paris, qui avait déjà organisé de précédentes rencontres-débats avec des auteurs sur la Corée (le 12 septembre 2017, autour de l’ouvrage de Robert Charvin Comment peut-on être Coréen (du Nord) ?, et le 5 décembre 2017, à l’occasion de la parution, également aux éditions Delga, de La Corée du Nord, cette inconnue de Benoît Quennedey), recevait cette fois un auteur sud-coréen, Noh Seung-il, auteur de La cible sûre (en coréen, pas encore publié en France) et revenait ainsi, dans le cadre de cette conférence soutenue par le Comité international pour les libertés démocratiques en Corée du Sud (CILD), sur l’un des épisodes du Choigate – du nom de l’affaire Choi Soon-sil qui a entraîné la destitution puis la condamnation de l’ancienne présidente sud-coréenne Mme Park Geun-hye.
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Image de couverture du livre témoignage

L’exercice était inédit à la librairie Tropiques, car autour d’un ouvrage en langue coréenne, mais avait attiré un public nombreux au cours d’un riche débat bilingue, conduit en français et en coréen.

Noh Seung-il était le directeur de la fondation K-Sports, contrôlée de fait par Choi Soon-sil, la « gourou » de la présidente Park Geun-hye, auquel les grandes entreprises coréennes étaient tenues de verser des subventions – moyennant, pour certaines entreprisses comme Samsung, certaines contreparties (comme la possibilité, pour le dirigeant de fait du conglomérat Lee Jae-yong, d’obtenir une fusion entre deux branches de Samsung pour renforcer son emprise sur le groupe).

Noh Seung-il avait conservé des milliers de pages de documents, ayant montré que K-Sports était une coquille vide, dont les financements alimentaient par ailleurs les comptes personnels de Choi Soon-sil et les projets de médaille olympique de sa fille, Chung Yoo-ra. Après la destitution de la présidente Park à l’issue de manifestations ayant réuni des millions de manifestants pendant plusieurs mois, son témoignage devant les juges, à partir de fin décembre 2017, a été déterminant pour mettre à jour le dispositif de corruption, qui a conduit à la condamnation à de lourdes peines de prison (respectivement 20 ans et 24 ans) de Choi Soon-sil puis de Park Geun-hye.

Tout au long de ses explications, Noh Seung-il, recruté pour son profil d’ancien sportif, a expliqué comment, lors des trois périodes pendant lesquelles il avait travaillé avec K-Sports, ses soupçons s’étaient peu à peu affermis, et ses hésitations à saisir le parquet ou l’opposition, tandis que l’affaire devenait publique (en juillet 2016, un article du Hankyoreh faisait état des soupçons de corruption autour des fondations contrôlées par Choi Soon-sil, avant que l’opposition ne se concentre sur ces questions lors des opérations annuelles de contrôle budgétaire). En effet, pour Noh Seung-il, agir c’était attaquer la présidence sud-coréenne, toute puissante, avec des risques réels pour lui – jusqu’à aujourd’hui il a agi seul. Finalement, il se présentera aux convocations des juges, auxquels il fera part de la masse de documents qu’il avait réunis. Ne sachant quelle conduite tenir, il serait finalement convaincu de pouvoir tout dire au premier procureur qui l’a interrogé – en évoquant spontanément des sujets qui allaient bien au-delà de ceux pour lesquels il était entendu initialement comme témoin.

Au fil de son récit, Noh Seung-il donne des noms et explique le mode de fonctionnement de Choi Soon-sil : monter ses collaborateurs les uns contre les autres en disant à untel de se méfier de tel autre ; dissimuler les modes de fonctionnement en créant des sociétés écrans dirigeant de fait les fondations… Les juges devront ensuite, pendant des mois, démêler l’écheveau du fonctionnement occulte des sociétés de Mme Choi.

Interrogé sur sa plus grande fierté dans cette affaire, Noh Seung-il a fait état du jugement de la Cour constitutionnelle le 10 mars 2017 confirmant la destitution de l’ex-présidente Park et qui, dans ses considérants, a repris plusieurs éléments qu’il a permis de mettre à jour.

Mais la remise de peine dont a bénéficié en février 2018 (à la stupeur générale) Lee Jae-yong, héritier du groupe Samsung et l’un des acteurs de l’affaire Choi Soon-sil, condamné quelques mois plus tôt à 5 ans de prison, témoigne que les puissances financières restent intouchables en République de Corée : un constat amer qui témoigne de la nécessité, pour le Comité international pour les libertés démocratiques en Corée du Sud, de poursuivre notre combat pour la démocratie et les libertés, et contre la corruption et la collusion de l’appareil d’Etat avec les conglomérats financiers.

Voir la vidéo de la conférence sur le site de la librairie Tropiques

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Comprendre l’affaire Choi Soon-sil à l’origine de la destitution et de l’emprisonnement de la présidente sud-coréenne Park Geun-hye : rencontre-débat avec l’un des témoins clés de l’affaire, Noh Seung-il, à la librairie Tropiques le samedi 12 mai à 19h30

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Le samedi 12 mai à partir de 19h30, la librairie Tropiques (63 rue Raymond Losserand – 75014 Paris) accueillera Noh Seung-il, auteur de l’ouvrage La cible sûre, sortie en Corée en février 2018 (en attente de traduction en français). Le débat et la discussion seront bilingues, en français et en coréen.

Noh Seung-il a été un acteur et un témoin clé du « Choigate« , du nom du scandale du siècle en Corée qui a entraîné la destitution et l’emprisonnement de la très autoritaire présidente sud-coréenne Park Geun-hye, après des manifestations pendant des mois de millions de Coréens, dans la péninsule et à l’étranger.

Choi Soon-sil était la gourou de la présidente Park : la « Raspoutine » coréenne avait utilisé son influence mystique sur la chef de l’Etat pour que les conglomérats et les entreprises sud-coréennes financent de manière forcée des fondations qu’elle contrôlait. Noh Seung-il était le directeur de l’une de ces fondations, K-Sports : il témoigne à présent de pratiques de corruption menées avec des complicités au plus haut niveau de l’Etat sud-coréen, qui ont conduit l’ex-présidente Park et Choi Soon-sil derrière les barreaux.

A l’occasion de la venue en France de Noh Seung-il, le Comité international pour les libertés démocratiques en Corée du Sud (CILD) vous invite à venir écouter le récit édifiant d’un scandale politico-financier exceptionnel.

Attention : le nombre de places est strictement limité au regard des capacités d’accueil de la librairie Tropiques. Merci d’indiquer votre participation en répondant par mél à solidaritefrancecoree@yahoo.fr

Pratiques antisyndicales : perquisitions judiciaires dans les bureaux de Samsung Electronics

Le groupe Samsung, qui représente près d’un quart du PIB sud-coréen, est également emblématique des atteintes aux droits des travailleurs en République de Corée et de la collusion de certains milieux d’affaires avec les conservateurs. La visite en France, fin 2016, d’une délégation des travailleurs de Samsung, avec le soutien du Comité international pour les libertés démocratiques en Corée du Sud (CILD), avait ainsi mis en lumière la politique d’obstruction du groupe pour faire reconnaître les leucémies dont sont victimes ses salariés comme des maladies professionnelles, les persécutions à l’encontre des travailleurs tentant de créer des syndicats indépendants en combinant, pêle-mêle, licenciements, procès, mises sur écoute et filatures et achat du silence des médias, tout comme les pratiques honteuses de Samsung vis-à-vis de ses sous-traitants. Mais la révolution des bougies, qui a conduit à chasser du pouvoir la très autoritaires Park Geun-hye, a eu également des effets sur le conglomérat sud-coréen, avec la condamnation à 5 ans de prison, en août 2017, de Lee Jae-yong, dirigeant de fait du groupe familial, dans le cadre du scandale Choi Soon-sil ayant éclaboussé Park Geun-hye – l’une et l’autre condamnées depuis à des peines de plus de 20 ans de prison. Une nouvelle étape dans le refus de l’impunité patronale vis-à-vis du libre exercice de l’activité syndicale a été franchie avec des perquisitions, début avril 2018, dans deux bureaux régionaux de service après-vente de Samsung Electronics (l’un des fleurons du groupe). Comme l’a précisé l’agence sud-coréenne Yonhap, ces perquisitions ont eu lieu « dans le cadre d’une enquête sur des allégations selon lesquelles le groupe Samsung a cherché à empêcher l’établissement de syndicats au sein de ses filiales« .

Urging full probe into Samsung''s alleged union sabotage

Rassemblement devant le siège du parquet, à Séoul, pour soutenir l’enquête sur les pratiques antisyndicales au sein de Samsung

Plusieurs milliers de pages de documents ont été saisies pour déterminer l’étendue des pratiques visant à empêcher la constitution de syndicats à Samsung – alors que la répression antisyndicale à Samsung est un secret de polichinelle, notamment depuis que la députée et ancienne candidate à l’élection présidentielle, Sim Sang-jung (Parti de la justice, social-démocrate), avait révélé, en 2013, un rapport interne au groupe, datant de 2012, précisant les directives à suivre pour empêcher la constitution de syndicats.

La perquisition d’avril 2018 a pris place dans le contexte de l’accélération des enquêtes visant l’ancien président conservateur sud-coréen Lee Myung-bak. Selon l’agence Yonhap,

Ces documents ont été saisis au cours de perquisitions dans deux locaux de Samsung Electronics dans le cadre d’une enquête sur des soupçons d’après lesquels la société a payé des frais judiciaires au nom d’une société dont l’ancien président Lee Myung-bak est soupçonné d’être le réel patron.

La nature du plan d’action syndical, qui a conduit à des abus ayant mené au suicide d’un salarié, a ainsi été précisée par Lina Sankari, dans un article publié par L’Humanité :

Les enquêteurs ont ainsi saisi documents et disques durs permettant de prouver que l’entreprise a mis sur pied une stratégie coordonnée de répression de l’activité syndicale en son sein. Selon les procureurs, Samsung disposerait d’un « plan » destiné à entraver la création et le fonctionnement des syndicats. La semaine dernière, une perquisition du même type avait eu lieu au siège du conglomérat à Suwon. Interrogés par la justice, des dirigeants syndicaux ont confirmé que des abus graves de l’encadrement avaient conduit au suicide d’un employé en 2013.

Alors que le harcèlement sur les salariés et leurs familles pour empêcher toute action syndicale concerne également les entreprises approvisionnant les sociétés du groupe (en menaçant d’annuler leurs commandes si des syndicats se créaient en leur sein), un espoir nouveau se lève pour que la justice condamne les pratiques illégales du conglomérat – ce qui marquerait un changement de cap, après l’abandon par le Parquet, en 2015, des poursuites engagées à l’initiative de salariés syndiqués du groupe, appartenant à la société Samsung Everland Inc.