Archives mensuelles : mars 2016

Rassemblement place du Châtelet à Paris le 2 avril, pour le retrait de la loi antiterroriste, pour la libération des prisonniers politiques en Corée du Sud

Le samedi 2 avril 2016, de 14h30 à 17h, un rassemblement se tiendra à Paris place du Châtelet, à l’initiative du Comité international pour les libertés démocratiques en Corée du Sud (CILD). Nous exigerons l’abrogation de la loi antiterroriste en Corée du Sud, ainsi que la libération de tous les prisonniers politiques détenus par les autorités sud-coréennes, aux côtés d’autres militants coréens et d’organisations défendant les libertés démocratiques et sociales en Corée du Sud.

Dans la nuit du 2 au 3 mars 2016, le Parlement sud-coréen a adopté une nouvelle loi antiterroriste avec les seules voix des députés de la majorité – la séance ayant été boycottée par l’opposition, qui avait mené pendant neuf jours une obstruction parlementaire d’une durée sans précédent (38 députés avaient prononcé des discours fleuves dont certains dépassé dix heures).

Car sous couvert de lutte contre le terrorisme c’est bien un nouvel instrument de répression de toutes les oppositions politiques et syndicales qui a été mis entre les mains des autorités conservatrices sud-coréennes. La nouvelle législation donne des pouvoirs exorbitants de surveillance et de contrôle à l’Agence nationale de renseignement (NIS), bras armé de toutes les atteintes aux libertés publiques en Corée du Sud : l’ingérence éhontée du NIS dans l’élection présidentielle de 2012, en faveur de la Présidente proclamée élue Mme Park Geun-hye, a conduit à la condamnation de son directeur, et c’est encore le NIS qui a fomenté le procès truqué ayant conduit à l’interdiction du Parti progressiste unifié (PPU) et à son expulsion du Parlement – une première en Corée du Sud depuis la période de la dictature.

Intimidations de la presse, restrictions à la liberté de manifestation, censure d’Internet, arrestations arbitraires – dont celle du militant historique des droits de l’homme Park Rae-gun, coupable d’avoir défendu les familles des victimes du naufrage du ferry « Sewol », dont la gestion a révélé l’incurie gouvernementale : les signes de la dérive autoritaire à l’œuvre à Séoul se multiplient, dans l’indifférence des capitales occidentales soucieuses de développer les échanges économiques et commerciaux avec la Corée du Sud. Mme Park Geun-hye, fille du dictateur Park Chung-hee ayant tué des milliers d’opposants, a été reçue en grande pompe à l’Elysée par le Président François Hollande.

Le tournant sécuritaire se double d’une régression sans précédent des droits des travailleurs et d’une multiplication des arrestations d’opposants, dont celle du dirigeant de la centrale syndicale KCTU, dont le crime est bien d’ avoir organisé les manifestations de masse les plus importantes qu’aient connues la Coré du Sud en un quart de siècle.

Dans ce climat délétère, nous ne devons pas nous taire, tout particulièrement en France quand le prétexte de l’adoption de la loi antiterroriste est les terribles attentats de Paris du 13 novembre 2015, alors que la menace djihadiste est très faible en Corée du Sud.

Nous appelons toutes et tous, attachés aux libertés démocratiques, à nous rejoindre place du Châtelet à Paris, le samedi 2 avril 2016 à partir de 14h30, pour faire entendre l’exigence de retrait de la loi antiterroriste et de libération des prisonniers politiques en Corée du Sud.

Philippe Pons (« Le Monde ») décrit le « tournant sécuritaire en Corée du Sud »

Alors que le quotidien sud-coréen d’opposition Hankyoreh a donné la parole à un des membres parisiens de notre Comité international pour les libertés démocratiques en Corée du Sud (CILD), qui a souligné les dangers que comporte la nouvelle loi antiterroriste adoptée à Séoul, de plus en plus d’observateurs soulignent la dérive sécuritaire à l’oeuvre au Sud de la péninsule coréenne – comme Philippe Pons, envoyé spécial du quotidien Le Monde pour le Japon et la Corée.

Dans l’actuel bras-de-fer entre les deux Corée, plus que la rhétorique de Pyongyang c’est l’argument sécuritaire qu’il offre au régime sud-coréen de Mme Park Geun-hye (Séoul n’a-t-il pas promis à Pyongyang une « opération de décapitation préventive » ?) qui détonne : selon Philippe Pons, cette dernière cherche à ainsi détourner le mécontentement de l’opinion sur les problèmes de vie quotidienne (pression fiscale, emploi…) pour créer un mouvement d’opinion favorable à l’approche des élections législatives du 13 avril 2016 – notamment auprès des franges les plus âgées de la population, ayant grandi sous la dictature militaire du père de Mme Park et particulièrement réceptives à un discours sécuritaire basé sur la peur du Nord, de la gauche et d’une menace communiste intérieure qui relève du fantasme.

Pour ce faire, des outils juridiques nouveaux sont mis en place : législation antiterroriste, loi sur la diffamation « utilisée désormais pour intimider les opposants » observe Philippe Pons… ce tournant autoritaire est conjugué à une libéralisation de l’économie et à une répression accrue des manifestations.

Enfin, toujours Philippe Pons, « au sein du parti gouvernemental même des critiques modérées ne sont pas tolérées« . Le journaliste en conclut que « la présidente Park Geun-hye est passée d’un conservatisme bon teint à un droitisme dans la veine paternelle » – le CILD rappelant que le général Park Chung-hee a été un dictateur militaire parmi les plus brutaux de l’histoire de l’humanité (dont la fille cherche aujourd’hui à réhabiliter la mémoire en imposant un révisionnisme des manuels scolaires), ayant fait disparaître des milliers d’opposants.

Pour le CILD, s’il faut donner un visage à l’extrême-droite contemporaine en Asie, c’est bien Mme Park Geun-hye qui en offre les traits les plus caractéristiques. Plus que jamais, il importe de soutenir la démocratie et la liberté, en luttant contre le processus de fascisation en cours en Corée du Sud.

La loi antiterroriste adoptée : un danger majeur pour la liberté d’expression

Le 3 mars 2016 restera un jour noir dans l’histoire politique de la République de Corée : le projet de loi antiterroriste a été adopté par le Parlement sud-coréen – le principal parti d’opposition (parti Minjoo de Corée) ayant décidé de mettre fin à son obstruction parlementaire en multipliant les discours fleuves, afin de ne pas empêcher l’adoption des autres texte législatifs inscrits à l’ordre du jour.

Dans un éditorial intitulé « L’adoption de la loi antiterroriste va-t-elle faire du NIS un monstre ? », le quotidien d’opposition Hankyoreh a souligné le danger majeur pour la démocratie que faisait courir le renforcement des pouvoirs de l’Agence nationale de renseignement (NIS), cible de toutes les critiques pour son rôle majeur dans les violations des droits de l’homme au Sud de la péninsule et son ingérence dans les processus électoraux.

Le NIS pourra rassembler des informations financières et personnelles (y compris les opinions politiques et religieuses et relatives à la santé), enregistrer les communications et les données relatives à la localisation des personnes suspectées de terrorisme, suivant une définition très large qui couvre « les membres de groupes terroristes ou les individus qui peuvent être raisonnablement soupçonnés d’avoir soutenu des groupes terroristes, levé des fonds ou effectué des donations pour des causes terroristes ou avoir comploté, promu ou soutenu des actes de terrorisme » : le doute « raisonnable » a toujours été interprété de la manière la plus large possible par le NIS, et la définition du terrorisme est la plus plastique possible (toute atteinte à l’intégrité physique des personnes dans le cadre d’une opposition aux institutions étatiques). Si les simples critiques verbales ne sont donc pas a priori taxées de terrorisme, la notion de soutien et les références aux groupes anti-Etat sont suffisamment floues pour qu’on puisse envisager leur recours dans des cas qui n’ont rien à voir avec le terrorisme, tel qu’il est défini dans les démocraties parlementaires : par exemple, une action humanitaire en faveur des populations nord-coréennes pourrait voir ses initiateurs taxés de terrorisme si le NIS estime que la RPDC est un Etat terroriste (raccourci vite opéré) et que la levée de fonds promeut – forcément, selon lui – les programmes militaires de ce pays ; un soutien financier aux militants du Parti progressiste unifié, interdit dans des conditions exorbitantes du droit commun, pourra aussi conduire à l’accusation de terrorisme…

Le NIS n’aura qu’à soumettre une simple demande écrite à un tribunal pour pouvoir émettre un mandat d’arrêt. La loi antiterroriste transfère ainsi des pouvoirs normalement dévolus à la police et au pouvoir judiciaire au profit d’une organisation qui échappe à tout contrôle démocratique et parlementaire.

La seule limite aux pouvoirs exceptionnels du NIS sera le possible recours à un officier de protection des droits de l’homme  membre du Conseil national des mesures antiterroristes, placé auprès du Premier ministre. La dépendance de cet organisme du gouvernement sud-coréen, qui a lui-même initié de nombreuses violations des libertés d’opinion et d’expression, laisse songeur – les autorités gouvernementales venant d’ailleurs d’engager des poursuites à l’égard des organisations initiatrices de la manifestation du 14 novembre 2015 à Séoul, la plus grande depuis des années dans la capitale sud-coréenne, au titre des dommages matériels… à l’encontre, notamment, du parc automobile des forces de l’ordre. En revanche, que les forces de l’ordre aient laissé le militant paysan Baek Nam-gi entre la vie et la mort ne pose naturellement aucun souci à l’appareil d’Etat sud-coréen.

Avec la loi de sécurité nationale qui a servi de tout temps à la répression des libertés d’opinion et d’expression en Corée du Sud, le NIS dispose désormais des pleins pouvoirs judiciaires et policiers qu’il exigeait pour surveiller et punir les opposants de tout bords. Plus que jamais, le soutien aux défenseurs des libertés publiques en Corée du Sud s’impose pour stopper la dérive autoritaire à l’œuvre à Séoul.