Archives mensuelles : octobre 2016

Trois objecteurs de conscience acquittés en appel en Corée du Sud

Les peines de prison et les lourdes discriminations légales et sociales dont sont victimes les objecteurs de conscience constituent quelques-unes des violations des droits de l’homme les plus flagrantes en République de Corée. L’acquittement de trois objecteurs de conscience par la Cour d’appel de Gwangju apporte cependant une lueur d’espoir.

Pour la première fois, des objecteurs de conscience ont été acquittés en appel : l’un des plaignants a fait état avec succès de ses convictions religieuses (alors que de nombreux témoins de Jéhovah sont emprisonnés pour leur refus d’effectuer le service militaire), après avoir été acquitté en première instance (le Parquet avait fait appel), alors que deux autres objecteurs de conscience avaient été condamnés à dix-huit mois de prison en première instance. La Cour d’appel a également appelé à la mise en place d’un service alternatif au service militaire.

Si ces victoires juridiques témoignent d’une évolution des consciences en Corée du Sud, le risque demeure cependant élevé que la Cour Suprême, d’une part, la Cour constitutionnelle, campent sur leurs interprétations non conformes aux engagements internationaux de la République de Corée, sinon au texte de la Constitution sud-coréenne elle-même – alors que la Cour d’appel de Gwangju a souligné, à l’appui de ses décisions, que la conscience religieuse était garantie par la Constitution.

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Une « liste noire » d’artistes en Corée du Sud ?

Dans notre édition du 19 avril 2016, nous rendions compte des atteintes croissantes à la liberté de création en Corée du Sud. Dans ce contexte, nous publions ci-après un article publié par Télérama dans son édition du 18 octobre 2016 et faisant état de la possible existence d’une liste noire d’artistes en Corée du Sud, intitulé Une « liste noire » d’artistes en Corée du Sud ?, dont le but serait de les priver de toute aide logistique ou financière. Photo ci-dessous : le réalisateur Park Chan-woo

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Selon un quotidien sud-coréen, repris par la presse américaine, près de 9 500 artistes, dont le cinéaste Park Chan-wook, seraient sur une “liste noire” élaborée par le gouvernement en place, les privant de toute aide logistique ou financière.

Le film Mademoiselle a fait ses débuts à Cannes et enchaîné les festivals depuis, de Sydney à Jérusalem, en passant par Toronto ou Londres, pour y être chaque fois acclamé. Pourtant, selon les révélations du quotidien coréen Hankook Ilbo, cité par plusieurs titres de la presse américaine dont Screen Daily ou Indiewire, le réalisateur du film, Park Chan-wook (Old Boy), serait inscrit sur une « liste noire » élaborée par le président Park Geun-hye, aux côtés d’autres artistes comme l’acteur Song Kang-ho, l’une des stars du film The Age of Shadows, dans la course pour l’Oscar du film en langue étrangère.

Ce document de cent pages répertorierait les noms de 9 473 artistes, principalement ceux qui ont protesté contre la réaction du gouvernement après le naufrage d’un ferry assurant la liaison entre Incheon et l’île de Jeju. Ce drame, survenu en avril 2014, avait provoqué la mort de 304 personnes et provoqué la démission du Premier ministre, Chung Hong-won. En octobre de la même année, Park Chan-wook et Song Kang-o avaient tous deux signé une lettre de protestation contre le traitement et les conséquences du désastre, avec 592 autres personnalités de la culture, toutes supposées être aujourd’hui inscrites sur cette liste noire.

Pressions exercées par le gouvernement

Outre ces protestataires, tous les supporters de Moon Jae-in, candidat malheureux à l’élection présidentielle de 2012 face à Park Geun-hye, ou ceux de Park Won-soon, candidat à la mairie de Séoul en 2014, seraient également cités dans le document. La présence sur cette liste empêcherait d’obtenir une quelconque aide financière et logistique du gouvernement… L’opposition réclame d’ores et déjà la destitution du président coréen. Toujours selon Screen Daily, de nombreux organisateurs de festivals se sont également plaints cette année de pressions exercées par le gouvernement sud-coréen pour les dissuader d’inviter tel ou tel réalisateur.

Droits de l’homme en Corée du Sud : les doubles standards de la diplomatie française mis à nu (deuxième partie)

Suite à la visite en France en juin 2016 de Park Geun-hye, présidente de la République de Corée (Corée du Sud), plusieurs parlementaires avaient interrogé le ministère des Affaires étrangères sur les actions conduites par le gouvernement français pour protéger les libertés publiques en Corée du Sud. Dans ses premières réponses, le ministère reprenait les éléments de langage du pouvoir autoritaire sud-coréen, en promettant vaguement d’agir pour la libération de Kim Hye-young, atteinte d’un cancer de la thyroïde. On ne change pas une formule qui gagne : dans une nouvelle réponse concernant la répression qui s’abat en Corée du Sud sur les militants pour les droits de l’homme, dont Park Rae-gun, et le mouvement syndical, le gouvernement français, tout en déclarant défendre « le respect et la protection des droits de l’Homme partout dans le monde », continue de relayer (très) fidèlement la position de son homologue sud-coréen. Maigre compensation, il dit également rester attentif à la situation… Ca tombe bien, le Comité international pour les libertés démocratiques en Corée du Sud aussi !

Christophe PrematQuestion de M. Christophe Premat, député des Français établis hors de France (groupe Socialiste, écologiste et républicain), n°96599 publiée au Journal officiel le 14 juin 2016

M. Christophe Premat attire l’attention de M. le ministre des affaires étrangères et du développement international sur la situation de prisonniers en Corée du Sud tels que Park Rae-gun, directeur du Centre des droits de l’Homme de la République de Corée. Suite à la visite d’État de la présidente sud-coréenne en France, Park Geun-hye, la libération de ces prisonniers serait un signe positif. Un certain nombre de décisions politiques en Corée du Sud ces dernières années ont porté préjudice aux libertés syndicales et à l’expression du pluralisme politique. En 2013, l’Internationale des services publics (PSI) avait appelé ses membres à exhorter les autorités sud-coréennes à reconnaître le KGEU (Syndicat coréen des employés du gouvernement), à ne pas dissoudre le KTU (Syndicat coréen des enseignants et des travailleurs de l’éducation) et à se conformer aux recommandations de l’Organisation internationale du travail (OIT). Si les relations de tension avec la Corée du Nord ne peuvent être la seule lecture de cette situation, il aimerait savoir si le ministère entend adopter une stratégie d’influence pour contribuer à l’expression d’un pluralisme politique. Le ministère a proposé dans le passé des campagnes très efficaces sur la diplomatie des valeurs (sur la peine de mort avec une influence sur la Mongolie) et il serait judicieux de contribuer au retour de ce pluralisme en Corée du Sud.

Réponse du ministère des Affaires étrangères et du Développement international, publiée au Journal officiel le 27 septembre 2016

Les relations entre la France et la Corée sont fondées sur le respect de principes communs en matière de démocratie et de droits de l’Homme. La France défend le respect et la protection des droits de l’Homme partout dans le monde. M. Park Rae-gun, membre de l’organisation Coalition 4.16 constituée par les familles des victimes du naufrage du ferry Sewol le 16 avril 2014, a été arrêté en 2015 pour organisation de manifestation non autorisée, dégradation de biens publics, obstruction sur la voie publique et diffamation. Le tribunal central de Séoul l’a condamné le 22 janvier 2016 à trois ans de prison avec sursis et à 160 heures de travaux d’intérêt général. A la suite de l’organisation en novembre 2015 par la Korean Confederation of Trade Unions (KCTU) de manifestations populaires non autorisées par les pouvoirs publics, plusieurs dirigeants et militants syndicaux ont été arrêtés et font l’objet de poursuites. La France suit avec attention la situation de ces personnes, ainsi que les suites judiciaires données à cette affaire.

source : questions.assemblee-nationale.fr/q14/14-96599QE.htm

Le chanteur et acteur Yoo Seung-jun, victime de l’acharnement de l’appareil d’Etat coréen

En 2002, Yoo Seung-jun, alors l’un des chanteurs les plus populaires de Corée, se rend aux Etats-Unis après avoir donné un concert au Japon, et obtient la nationalité américaine. L’appareil d’Etat sud-coréen l’a alors interdit d’entrée sur le territoire de la République de Corée, en considérant que son changement de nationalité était une manoeuvre pour éviter d’avoir à effectuer son service militaire. Alors que l’ancien chanteur qui travaille aujourd’hui principalement comme acteur, notamment en Chine, né en 1976, avait présenté des excuses publiques en 2015 et envisagé d’effectuer son service militaire en abandonnant sa nationalité américaine, la justice sud-coréenne a à nouveau tranché en continuant à interdire à Yoo Seung-jun l’accès au territoire national.

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Alors que la Corée du Sud est pointée du doigt en matière de droits de l’homme pour son traitement des objecteurs de conscience, par lequel elle enfreint lourdement ses obligations internationales, l’affaire Yoo Seung-jun n’en finit pas de rebondir : dans une décision rendue le 30 septembre 2016, la Cour administrative de Séoul a mêlé considérants juridiques, jugements moraux et déclarations purement politiques, confirmant ainsi l’acharnement de l’appareil d’Etat contre une ancienne idole de la jeunesse sud-coréenne :

Nous avons jugé que le requérant a obtenu la nationalité Américaine afin d’éviter de faire son service militaire. Le requérant jouissait d’une grande popularité et avait une grande influence sur la jeunesse Coréenne. Alors qu’il avait dit à plusieurs reprises qu’il ne fuirait pas ses responsabilités et son devoir, il est revenu sur ses mots. Si nous venions à lui permettre de revenir en Corée et de reprendre des activités dans le monde du divertissement, nous manquerions de respect aux hommes et femmes qui sacrifient énormément de choses pour servir dans nos forces armées, et cela pourrait avoir un effet désastreux sur les jeunes générations […] Maintenir la loi et l’ordre social est plus important que les intérêts personnels d’un individu.

Ancienne dictature militaire, aujourd’hui dirigée par la fille du général Park Chung-hee arrivé au pouvoir par un coup d’Etat et ayant établi le régime le plus autoritaire qu’ait connu le pays jusqu’à son assassinat en 1979, la Corée du Sud reste un Etat foncièrement militariste, dans lequel le service militaire est utilisé pour asseoir une idéologie autoritaire, la Corée du Nord servant de prétexte commode à un contrôle social des individus sans équivalent dans aucune démocratie au monde.