Archives mensuelles : août 2016

Hyun Lee et Juyeon Rhee reviennent sur leur interdiction d’entrée en Corée du Sud

Dans notre édition du 29 juillet 2016, nous évoquions l’interdiction d’entrée en République de Corée (Corée du Sud), quelques jours plus tôt, des Coréens Américains Hyun Lee et Juyeon Rhee, membres du Comité de solidarité pour la paix et la démocratie en Corée (acronyme anglais, SCDPK). Cette décision n’était ni la première, ni la dernière depuis le retour au pouvoir des conservateurs à Séoul en 2008, plus particulièrement depuis l’entrée en fonctions de Mme Park Geun-hye, en février 2013. Les deux « déportés » (selon le terme employé par les autorités sud-coréennes elles-mêmes) ont donné un entretien à Gregory Elich pour Global Reseach, sur lequel nous revenons ci-après.

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Expulser ou interdire d’entrée des militants pacifistes, en l’occurrence opposés au déploiement au Sud de la Corée du système de missiles antimissiles THAAD, utilisant (faut-il le préciser ?) des moyens pacifiques, est devenu banal pour les autorités sud-coréennes. Comme l’a précisé le couple de militants coréens américains interdits de séjour en Corée du Sud, le but est bien d’empêcher que ne se forme une solidarité internationale coréano – américaine – alors qu’ils avaient l’intention de rendre compte, à leur retour aux Etats-Unis, que les coupes budgétaires y touchent l’éducation mais pas l’armée.

Dans une pure logique autoritaire aucune explication n’a été donnée sur les motifs de cette « déportation », sinon  qu’elle avait été ordonnée par les tout-puissants services de renseignements sud-coréens auxquels toutes les administrations sud-coréennes doivent obéir : en conséquence, les deux militants ont été interdits d’entrée en République de Corée dans la mesure où ils étaient considérés comme fortement susceptibles de commettre des actes préjudiciables aux intérêts nationaux de la République de Corée ou à la sécurité publique, conformément aux articles 11 et 12 de la loi coréenne sur l’immigration. L’application de sanctions pour un délit présumé est contraire aux principes élémentaires d’un système juridique démocratique, auquel le système judiciaire sud-coréen est désormais étranger.

Mais comme l’a observé Juyeon Rhee, « de nombreux militants sud-coréens nous ont envoyé des messages d’encouragement et ont parlé de notre expérience de la répression d’Etat comme d’un « rite de passage » pour les personnes combattant pour la justice à une période où un régime de vient de plus en plus autoritaire« . Evidemment, sa détermination et celle de Hyun Lee n’en a été que renforcée : mais les régimes autoritaires ne sont-ils passés maître dans l’art de favoriser eux-mêmes les oppositions à leur mode de pouvoir, et donc de creuser leur propre tombe ?

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Disparition de Park Hyeong-gyu, figure du combat pour la démocratie en Corée

Le 18 août 2016 le Révérend Park Hyeong-gyu est disparu, à l’âge de 93 ans. Le Comité international pour les libertés démocratiques en Corée du Sud (CILD) rend hommage à l’une des figures éminentes du combat pour la démocratie et les droits de l’homme au Sud de la péninsule coréenne, en mentionnant quelques grands traits de son action telle qu’elle a été rappelée par Lee Kim-woo, du quotidien Hankyoreh.

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Park était né à Masan, dans le Gyeongsang du Sud. Il avait été diplôme en philosophie de l’Université de Pusan, avant de poursuivre ses études en théologie à Tokyo et aux Etats-Unis, où il avait été diplômé en 1959 et en 1963. La révolution étudiante de 1960 a joué un rôle fondamental dans son engagement pour les libertés démocratiques en Corée du Sud : lors de la journée du 19 avril 1960, alors qu’il revenait d’une cérémonie religieuse il a été entendu les coups de feu de l’armée et vu les jeunes révolutionnaires en sang. Il devait ensuite devenir l’un des critiques l’un des plus déterminés du général-président Park Chung-hee, père de l’actuelle Présidente Park Geun-hye, en s’opposant dès 1964 à la normalisation des relations entre le Japon et la République de Corée (du Sud).

Celui qui a été pasteur à la Seoul Cheil Evangelical Holiness Church entre 1971 et 1992, Président de la commission des droits de l’homme du Conseil national des églises de Corée, Président de la Fondation coréenne pour la Démocratie et Président de la Fondation pour la Paix, a été plusieurs à de multiples reprises touché par la répression.

En 1983, l’église du pasteur Park a été fermée et les prêches ont eu lieu dans la rue pendant six ans : Park Hyeong-gyu a été placé en détention pendant 60 heures et a reçu des menaces de mort en prison.

Après avoir critiqué le régime Park Chung-hee lors d’une cérémonie en avril 1973, Park Hyeong-gyu a été condamné à deux ans de prison pour rébellion, puis condamné à nouveau à 15 ans de prison en avril 1974 pour complot. En 1975, l’attaque judiciaire ourdie par les autorités sud-coréennes a porté sur de prétendus détournements de fonds, et en 1976 a eu lieu l’accusation suprême en tentant de faire passer le Révérend Park pour un agent communiste infiltré dans l’église, mais la manoeuvre, grossière, a échoué. En 1977, il a été à nouveau condamné à 5 ans de prison suite à une manifestation du Conseil de la jeunesse de l’Eglise presbytérienne de Jeonju, avant d’être libéré en 1979.

Sur le plan religieux, il avait participé au renouveau évangélique en Corée, en insistant sur la mission d’assistance aux pauvres et le salut du monde entier comme étant de création divine, y compris aux plans politiques, économiques et sociaux. Il s’agissait d’élaborer une version coréenne du christianisme, et non de réaliser l’objectif abstrait d’évangélisation de la Corée.

Représentation à Paris de « Jool » par la troupe Donghaenuri : n’oublions pas les femmes de réconfort

Le 5 août 2016, la compagnie de théâtre sud-coréenne Donghaenuri a représenté à Paris, place Edmond Michelet près du centre Beaubourg, la pièce Jool, déjà montrée en France dans le cadre du festival d’Avignon, qui revient sur le drame des « femmes de réconfort ». Cet euphémisme désigne les centaines de milliers de femmes, en grande partie coréennes, qui ont dû se prostituer dans les bordels militaires de l’armée japonaise avant et pendant la Seconde guerre mondiale. Alors qu’un accord conclu le 28 décembre 2015 entre les gouvernements sud-coréen et japonais a prétendu régler « de manière finale et irréversible » la question des femmes de réconfort, les associations de défense des anciennes esclaves sexuelles coréennes protestent contre l’absence de responsabilité légale des autorités japonaises dans ce crime de masse. Au moment où il ne fait pas bon manifester en Corée du Sud son opposition au déshonorant accord du 28 décembre 2015, le Comité international pour les libertés démocratiques en Corée du Sud (CILD), défenseur d’une liberté d’expression artistique bafouée au Sud de la péninsule, a soutenu la représentation de Jool à Paris, sur laquelle nous revenons ci-après en photos – pour lesquelles nous remercions Dominique De Miscault

La compagnie de théâtre Donghaenuri est un groupe folklorique coréen, créé en 1996 à Ulsan. Il a joué un rôle important dans les échanges culturels entre la Corée et le Japon – en particulier, il a reçu en 2002 le statut d’ambassadeur de la Coupe du monde en Corée et au Japon ; en 2008, il a été invité au concert de l’amitié nippo-coréenne de Kumamoto, qui s’est tenu au Japon; en 2012, il a participé au programme culturel d’échanges de Niigata Matsuri comme représentant de la ville d’Ulsan.

Le spectacle combine chants, danses, musique et théâtre à proprement parler. Une jeune femme en robe traditionnelle, assise, figée dans une position hiératique, symbolise la souffrance muette des anciennes victimes de l’esclave sexuelle – dans une oeuvre puissante qui exprime le désarroi et la souffrance des « femmes de réconfort », aujourd’hui très âgées et marquées à jamais dans leur chair et leur dignité. Symboliquement, dans un geste tendant à l’auto-mutilation, une femme coupe sa natte, utilisée comme pinceau pour s’exprimer sur une toile posée à même le sol, reprenant les procédés à l’encre de Chine de la peinture est-orientale traditionnelle. Les gestes se suffisent eux-mêmes, dans une grâce indicible riche en émotions.

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