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Moon Jae-in élu président : l’espoir d’une plus grande démocratie

Le 9 mai 2017, le candidat démocrate Moon Jae-in a été élu Président de la République de Corée avec plus de 41 % des voix. Si le Comité international pour les libertés démocratiques en Corée du Sud (CILD) se félicite de l’échec des conservateurs, dont les neuf ans d’exercice du pouvoir suprême se sont traduits par des reculs sans précédent de la démocratie et des libertés publiques en Corée du Sud, il appelle les citoyens, acteurs de la « révolution des bougies » qui a permis la chute du régime corrompu et autoritaire de Mme Park Geun-hye, et l’opinion publique internationale à ne pas relâcher leurs efforts pour résister à l’ensemble des forces politiques (conservatrices) et sociales (patronat, armée, médias conservateurs, églises évangélistes…). Car celles-ci feront tout pour freiner le retour à une démocratie sociale et politique digne de ce nom au Sud de la péninsule coréenne.

Libération des prisonniers politiques, plein exercice des libertés syndicales, démocratisation des services de renseignement, abrogation de la loi de sécurité nationale, abrogation des « listes noires », rétablissement du Parti progressiste unifié dans ses droits légitimes et réhabilitation de ses dirigeants injustement emprisonnés (notamment l’ancien député Lee Seok-hee)… la liste est longue des revendications qui permettront à la République de Corée de redevenir, comme elle était naguère, l’un des pays les plus démocratiques d’Asie.

Dans l’immédiat, Moon Jae-in, a pris deux décisions lourdes de sens, dont se félicite le CILD pour peu qu’elles soient mises en oeuvre : la fin des manuels d’histoire révisionnistes (présentant sous un jour favorable la dictature militaire de Park Chung-hee, père de la présidente destituée Mme Park Geun-hye), et l’objectif de mettre fin à l’emploi précaire dans la sphère publique.

Le CILD félicite Moon Jae-in pour son élection, et lui souhaite plein succès dans l’exercice de ses missions.

Quatre responsables de KBS sanctionnés après avoir diffusé un reportage mettant en cause Syngman Rhee

Il ne fait pas bon, en Corée du Sud, mettre en cause le dictateur Syngman Rhee, fondateur du pays : c’est ce que viennent d’apprendre à leurs dépens quatre responsables de la chaîne de télévision et de radio publique KBS : tous ont été remplacés après la diffusion d’un reportage révélant, sur la base de documents d’archives américains et japonais, que, le 27 juin 1950, deux jours après le début de la guerre de Corée et dans un contexte alors de débâcle pour la République de Corée (Corée du Sud), le chef de l’Etat avait demandé l’asile au Japon pour lui et 60 000 Sud-Coréens.

Si le patron de KBS, Lee In-ho proche des révisionnistes de la nouvelle droite, prétend qu’il s’agit de nouvelles nominations à une échéance normale, l’argument ne convainc ni les syndicats, ni l’opposition, tant la coïncidence de dates est frappante : le 15 juillet 2015, quatre hauts responsables en position décisionnelle (au bureau des relations internationales et au bureau des nouvelles digitales) ont été limogés, après la diffusion du reportage incriminé le 24 juin et la publication par KBS, le 3 juillet, d’une protestation officielle du Mémorial Syngman Rhee selon lequel « la date du 27 juin n’était pas citée dans le document, et il ne peut pas être considéré comme une demande du gouvernement Syngman Rhee cherchant à ce que des réfugiés soient accueillis« .

Selon la branche de KBS de l’Union nationale des travailleurs des médias, « malgré le rapport humiliant d’un argument en sens inverse, l’entreprise a relevé de leurs fonctions tous les dirigeants responsables du reportage. Ce changement était clairement une mesure disciplinaire qui bat en brèche les valeurs supérieures de l’audiovisuel public et l’indépendance des médias« .

Dans la Corée du Sud de Mme Park Geun-hye, fille de l’ancien dictateur militaire Park Chung-hee, les traditions de museler tous ceux qui remettent en cause l’héritage de la dictature, dont le parti conservateur au pouvoir est l’héritier, ont décidément la vie dure.