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Le « traitement spécial » de la détenue Park Geun-hye

Placée en détention provisoire le 31 mars 2017, peu après sa destitution, l’ex-présidente de la République de Corée Mme Park Geun-hye bénéficie de faveurs dans ses conditions de détention. Mais le plus choquant est probablement le traitement ordinaire des prisonniers en Corée du Sud.

Les conditions de détention provisoire de Mme Park Geun-hye choquent les médias et les citoyens sud-coréens : de fait, elle bénéficie d’une plus grande cellule que les autres détenus eu égard à son « statut« , et elle a pu dormir deux nuits dans une chambre de l’administration pénitentiaire après s’être plainte du papier peint de sa cellule, trop sale selon elle – le temps qu’il soit changé.

Mais si les conditions de détention de Mme Park Geun-hye sont clairement illégales, elles ne doivent pas occulter le fait que les droits des prisonniers sud-coréens ne classent pas, loin s’en faut, le pays aux premières places des démocraties – en particulier lorsque, au détour d’un article de la presse sud-coréenne, on apprend qu’une chambre de onze mètres carré peut accueillir six détenus… Sans parler des violences en prison, dont les objecteurs de conscience sont parmi les premières victimes. Et avec, pour eux, le seul délit d’être condamné par une législation nationale illégale, car contraire aux engagements internationaux de la République de Corée. Visiblement, le non-respect de la loi ne fonctionne que dans un seul sens en Corée du Sud : au profit des privilégiés de la naissance et de l’argent.

Les manifestations continuent à Séoul. Leur enjeu ? La démocratie

Ils étaient au moins des dizaines de milliers à manifester dans les rues de Séoul le 25 février 2017, alors que la Cour constitutionnelle doit tenir, le 27 février, sa dernière audience sur la destitution de la Présidente Park Geun-hye, avant de rendre son verdict – qui pourrait intervenir dès la mi-mars – dans le cadre du scandale Choi Soon-sil, accusée d’activités criminelles avec la complicité de la chef de l’Etat. Si la Cour constitutionnelle confirme la décision du Parlement, une élection présidentielle anticipée devra intervenir dans un délai de 60 jours – sinon, Park Geun-hye reprendrait ses fonctions, jusqu’au terme de son mandat (février 2018), après une élection présidentielle qui se tiendrait à l’échéance normale (décembre 2017).  

Par rapport aux manifestations de masse de l’automne 2016, la nouveauté est que les opposants à la Présidente Park Geun-hye ne sont plus les seuls à manifester en nombre. Au quatrième anniversaire de son entrée en fonctions (le 25 février 2013) ses partisans, toujours très minoritaires dans l’opinion, veulent relever la tête et ont affirmé qu’ils étaient « 3 millions » (contre 1 million selon les organisateurs des rassemblements anti-Park, qui ont atteint leur point culminant à l’automne, à la veille du vote de destitution par le Parlement à une très large majorité, le 9 décembre 2016, avec plus de 2 millions de participants selon les organisateurs). En fait, les chiffres des « pro-Park » visent à faire croire qu’ils sont plus nombreux que les « anti-Park », non seulement ce 25 février mais depuis le début des manifestations de masse – alors que selon l’AFP chaque cortège comptait environ 100 000 participants ce 25 février 2017, traduisant bien l’incapacité des « pro-Park » à rivaliser en nombre avec les manifestants « anti-Park ». Agés, arborant des drapeaux sud-coréens… et américains, viscéralement anti-Corée du Nord, les « pro-Park » n’hésitent pas à parler d’un absurde complot nord-coréen à l’origine de la destitution de la Présidente Park Geun-hye, surfant ainsi sur la manipulation de l’opinion publique nationale et internationale sur l’actualité nord-coréenne, qui est l’une des constantes des conservateurs en Corée du Sud.

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Manifestation de partisans de Mme Park Geun-hye

Car l’essentiel, pour les manifestants « pro-Park », est bien de lancer des fausses informations (« le complot nord-coréen« ) et faire pression politiquement sur les 8 juges constitutionnels (après que l’un d’entre eux a cessé ses fonctions en janvier), très majoritairement conservateurs, qui doivent se prononcer à une majorité de six pour confirmer le vote de destitution. En effet, si Park Geun-hye est massivement impopulaire, les conservateurs sont divisés – or, ce sont des juges constitutionnels acquis aux conservateurs qui doivent se prononcer sur sa destitution, lui laissant ainsi une chance de regagner son pouvoir perdu, par un jugement qui serait plus politique que juridique – les charges contre Mme Park Geun-hye étant en effet accablantes. Le risque qu’un groupe de pression ultra-minoritaire puisse tordre le droit constitutionnel à son profit, traduit que la Corée du Sud n’est pas encore une démocratie politique pleinement mature. Cependant, un jugement favorable à Park Geun-hye soulèverait une onde de choc en Corée du Sud et pourrait déclencher une révolution, que craignent de nombreux conservateurs, au moment où des arrestations sans précédent se multiplient dans les milieux d’affaires et politiques proches des conservateurs toujours au pouvoir à Séoul, attisant la colère populaire. Tel est bien l’enjeu continu des manifestations en Corée du Sud, ininterrompues depuis quatre mois : le risque d’un effondrement de la démocratie en République de Corée, à la faveur de la pression de minoritaires d’extrême-droite qui réussiraient dans leur entreprise de rétablissement dans ses fonctions de la Présidente Park Geun-hye.

Derrière le naufrage solitaire d’une Présidente autoritaire

Plus la crise politique suscitée par les révélations de l’affaire Choi Soon-sil s’approfondit, plus le monde entier découvre, ébahi, la dérive solitaire d’une Présidente autoritaire : alors que Mme Choi, une chamane mystique et corrompue qui a été la Raspoutine de Mme Park Geun-hye pendant quarante ans, doit répondre de ses actes devant la justice après avoir tenté de s’échapper en Allemagne, la Présidente sud-coréenne multiplie les manoeuvres pour échapper à une démission qu’exige un nombre toujours croissant de Sud-Coréens en colère.

choi-soon-sil-et-park-geun-hyeCelle qui avait refusé d’accepter sa défaite aux législatives du 13 avril 2016 nommerait soudain un Premier ministre, Kim Byong-joon, issu de l’opposition, et s’apprêterait à lui laisser la conduite des affaires intérieures, elle-même se réservant la diplomatie et la défense ? La ficelle est énorme : non seulement l’opposition n’a en aucun cas été associée au choix du Premier ministre putatif (qui ne sera donc pas investi), mais le très opportuniste Kim Byong-joon sera l’obligé de Mme Park, qui pourra continuer de gouverner à sa guise – tout en conservant l’essentiel de ses attributions régaliennes.

La manoeuvre présente les apparences de la cohabitation à la française, mais les apparences seulement : un monarque ne cohabite pas avec les laquais qu’il nomme et répudie à sa guise.

Pur produit de la dictature sud-coréenne de son père, Mme Park Geun-hye en a hérité les méthodes et les principes. Sauf que ses déclarations récentes formulées dans l’espoir de se faire réélire indéfiniment (à l’instar de son dictateur de père), en tenant d’abroger la règle constitutionnelle de non-réélection immédiate du chef de l’Etat sortant, ont fait long feu, quand a éclaté la bombe du scandale Choi Soon-sil : les décisions du gouvernement et de l’administration disparaissaient derrière les visions d’un gourou qui, pour reprendre les termes d’un télégramme diplomatique américain révélé par WikiLeaks, contrôlait le corps et l’esprit de Mme Park Geun-hye. Et cette dernière prétendrait être apte à diriger les affaires étrangères et la défense de la douzième économie mondiale ?

Mme Park Geun-hye et sa clique ont interdit d’expression et emprisonné les opposants politiques et syndicaux dans le cadre de procès truqués, bâillonné les médias indépendants, censuré la création artistique : il est temps que la marionnette cesse ses pantomimes, maintenant que la marionnettiste a été mise hors d’état de nuire.

Les autorités sud-coréennes déportent toujours plus d’opposants

Il ne fait pas bon visiter la Corée du Sud pour manifester pacifiquement avec les opposants : de plus en plus d’étrangers sont « déportés » (c’est-à-dire expulsés, voire même carrément interdits d’entrée sur le territoire) au nom de la très répressive loi de sécurité nationale : en mars 2012, trois étrangers (dont le Français Benjamin Monnet) ont été expulsés pour leur soutien aux opposants à la construction de la base navale de Jeju ; en janvier 2015, la Coréenne américaine Shin Eun-mi a été à son tour expulsée et interdite de séjour en Corée du Sud, coupable d’avoir écrit un livre qui ne parlait pas en termes suffisamment négatifs de la Corée du Nord ; en février 2015, Patrick Kuentzmann, secrétaire général de l’Association d’amitié franco-coréenne (AAFC) et membre du Comité international pour les libertés démocratiques en Corée du Sud (CILD), a été carrément interdit d’entrée en Corée du Sud après son inscription sur une liste noire pour des raisons que les autorités sud-coréennes n’ont pas voulu lui communiquer, au nom sans doute d’une certaine conception des droits de l’homme. Et la liste continue, puisqu’après un Coréen allemand interdit d’entrée en mai 2016 car il voulait participer à une commémoration du massacre de Kwangju, ce sont deux Coréens américains qui ont été interdits d’entrée en Corée du Sud le 26 juillet 2016. Leur crime ? Avoir voulu rejoindre les opposants à Seongju au déploiement du système de missiles antibalistiques THAAD, dans le cadre d’un voyage pour la paix…

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Les Américaines Hyun Lee et Juyeon Rhee sont membres du Comité de solidarité pour la paix et la démocratie en Corée (acronyme anglais, SCDPK).  Lee est aussi liée à l’Institut de politique coréenne, basé à Los Angeles.

Avant d’être interdites d’entrée en Corée du Sud, ces dangereuses manifestantes pacifiques devaient rejoindre les Vétérans pour la paix, un groupe pacifiste américain qui soutient les opposants au déploiement du système de missiles THAAD à Seongju (photo).

Comme Lee l’a indiqué à The Diplomat, le refus de visa s’inscrit dans une démarche des autorités sud-coréennes visant à empêcher l’internationalisation de l’opposition au déploiement de THAAD en Corée.

Le journaliste Tim Shorrock, également membre de l’organisation SCDPK, a conclu : « Comment la République de Corée peut-elle se qualifier de démocratie et bannir des Américains parce que leurs opinions ne sont pas celles du gouvernement ?« 

Prochaine visite en Corée du Sud de Maina Kiai, rapporteur spécial de l’ONU pour les libertés d’association et de réunion

Le 20 janvier 2016, Maina Kiai, rapporteur spécial des Nations Unies pour les libertés d’association et de réunion pacifique, effectuera une visite officielle en République de Corée (Corée du Sud).

Le 11 janvier 2016, Solidarité populaire pour une démocratie participative (People’s Solidarity for Participatory Democracy) et d’autres groupes civiques sud-coréens ont tenu une conférence de presse pour se féliciter de cette visite du représentant des Nations Unies en Corée du Sud, en espérant qu’elle permettra de mettre en lumière les régressions des libertés d’expression et de réunion – y compris aux libertés syndicales – en faisant notamment référence à la répression des manifestations de soutien aux victimes du naufrage du ferry Sewol et des rassemblements populaires. Les groupes civiques ont également dénoncé la mise en place d’un système de facto d’autorisation des rassemblements publics.

Source : Hankyoreh

La pétition du CILD à la Fête de l’Huma

Dans le cadre de la Fête de l’Humanité, qui se déroule ces 11, 12 et 13 septembre 2015, plusieurs membres du Comité international pour les libertés démocratiques en Corée du Sud (CILD), en tant que membres d’organisations présentes à la Fête de l’Huma, font signer la pétition du CILD contre la répression politique en Corée du Sud, contre l’interdiction du Parti progressiste unifié (PPU). Ce sera en particulier le cas sur le stand du Pôle de renaissance communiste en France (PRCF).

N’hésitez pas à les rencontrer pour signer et faire signer la pétition, les signataires étant ensuite associés à l’ensemble des activités du CILD.