Archives de Tag: répression

Soulèvement de Jeju : le procès pour rejuger les victimes de la répression a commencé

Il y a 70 ans, le soulèvement des habitants de l’île de Jeju contre l’autoritarisme du Président Syngman Rhee entraînait une violente répression par les forces gouvernementales, alliée aux troupes d’occupation américaines, causant des dizaines de milliers de morts. Pendant longtemps, les massacres et les autres violations massives des droits des habitants ont été occultés en Corée du Sud. Le combat pour la vérité et la réhabilitation des victimes n’a toutefois jamais cessé : un cap supplémentaire a été franchi avec la décision, rendue le 3 septembre 2018 (les auditions commençant deux mois plus tard), que seraient rejugés 18 anciens détenus dans les geôles du régime, victimes de détentions arbitraires et de tortures, qui ont été condamnés par les tribunaux militaires entre décembre 1948 et juillet 1949. 

Ils sont 18 hommes et femmes, aujourd’hui octogénaires et nonagénaires :  Kim Gyeong-in, Kim Sun-hwa, Kim Pyeong-guk, Park Nae-eun, Park Dong-su, Park Sun-seok, Bu Won-hyu, Yang Il-hwa, Yang Geun-bang, Oh Gye-chun, Oh Yeong-jong, Oh Hui-chun, Lim Chang-ui, Jeong Gi-seong, Cho Byeong-tae, Han Shin-hwa, Hyeon Woo-ryong et Hyeon Chang-yong. Ils ne demandent pas d’argent : simplement d’être jugés après des procès arbitraires, avant qu’ils ne disparaissent. Car il y a urgence : ils sont les survivants d’une liste de 2 530 personnes incarcérées après le soulèvement de Jeju.

Leur avocat, Im Jae-seong, appartient au cabinet Haemaru. Lui-même a connu la prison en tant qu’objecteur de conscience et s’est ensuite investi dans la défense des civils vietnamiens massacrés pendant la guerre du Vietnam, ainsi que des objecteurs de conscience.

Le combat judiciaire sera difficile, les seuls documents apportés par les plaignants étant la liste des 2 530 personnes incarcérées fin 1948 et début 1949, les peines prononcées et les prisons où ils ont été envoyés.  Mais il y a urgence : pour soulager les souffrances endurées par ces milliers d’hommes et de femmes encore en vie, mais aussi pour honorer la mémoire de toutes celles et tous ceux qui ne sont plus là, mais ont été marqués au fer rouge du sceau de l’infamie – alors qu’ils étaient du côté de la démocratie, de la justice et de la liberté.

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Im Jae-seong

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Détente dans les relations intercoréennes : l’espoir d’une plus grande liberté en Corée du Sud

Le 11 juin 2018, Binaifer Nowrojee, directeur pour la région Asie-Pacifique de l’Open Society Foundation, a publié un article dans Time exprimant son espoir que la détente en cours dans les relations intercoréennes et les relations Etats-Unis-Corée du Nord permette une amélioration de la situation des droits de l’homme en Corée du Sud – car de fait de trop nombreuses atteintes aux droits de l’homme y sont justifiées par la situation de tension avec la Corée du Nord.

De premières atteintes aux droits de l’homme portent sur la liberté d’information – et notamment sur l’information relative à la Corée du Nord. Un ancien militant pour les droits de l’homme, Lee Jin-young, a été emprisonné pour avoir commis le crime de constituer une bibliothèque en ligne relative à la Corée du Nord, c’est-à-dire d’avoir – selon la loi sur la sécurité nationale sud-coréenne (LSN), mené des activités « favorisant l’ennemi« . Son cas n’est pas isolé : en 2012, Park Jung-geun avait été condamné à 10 mois de prison en première instance (avant d’être finalement acquitté) pour avoir re-tweeté des informations d’un site nord-coréen… son intention était parodique, mais la LSN ignore l’humour.

Binaifer Nowrojee a mis l’accent sur deux thématiques largement développées dans nos colonnes : les pouvoirs exorbitants de l’agence nationale de renseignement (acronyme anglais : NIS), en mentionnant notamment ses interférences dans le processus électoral et son contrôle des outils informatiques – tel qu’une nouvelle application de téléphonie mobile, assurant la sécurité des communications, a été téléchargée 50 000 fois en trois semaines, et l’armée comme zone de non-droit. A cet égard, deux exemples sont édifiants : l’emprisonnement des objecteurs de conscience, et la chasse aux sorcières contre les hommes gays dans l’armée.

Plus que jamais, pour tous ceux qui souhaitent que la Corée du Sud devienne une société pleinement libre et démocratique, il importe de soutenir le processus de détente internationale en cours autour de la Corée.

Agissons immédiatement. Le CILD interpelle le Président Moon Jae-in : la militante pacifiste Juyeon Rhee doit être autorisée à entrer en Corée du Sud !

La militante pacifiste américaine coréenne Juyeon Rhee vient d’être interdite d’entrée de séjour en République de Corée (Corée du Sud), alors qu’elle coordonne la visite d’une délégation de la coalition  Stop THAAD in Korea (STIK) – qui s’oppose au déploiement en Corée du Sud du système américain de missiles antimissile THAAD. Répondant à l’appel de STIK, le Comité international pour les libertés démocratiques en Corée du Sud (CILD) a écrit au Président Moon Jae-in. Nous invitons chacune et chacun d’entre vous à écrire également et sans délais à la présidence sud-coréenne, pour permettre à Juyeon Rhee d’entrer en République de Corée. 

Signez la pétition contre la répression des soldats gays en Corée du Sud

Dans nos éditions du 26 avril 2017 et du 25 mai 2017, nous rendions compte de la répression accrue, orchestrée par le commandement militaire, des soldats homosexuels dans l’armée sud-coréenne, dans un contexte général d’homophobie latente au Sud de la péninsule. Ces atteintes inacceptables à la dignité humaine ont suscité plusieurs pétitions : nous invitons à signer et faire signer (ici) l’appel ci-après, traduit de l’anglais, du Réseau pour rendre compte des discriminations et des atteintes aux droits de l’homme contre les personnes LGBTI en relation avec l’armée et du Centre coréen pour les droits de l’homme à l’armée. Cet appel avait déjà réuni près de 40 000 signatures fin juin 2017.

Chers amis,

Etre gay n’est pas un crime en Corée du Sud – tant que vous n’êtes pas à l’armée.
Plus tôt cette année, des enquêteurs ont dit au Capitaine Ji Sung* qu’ils savaient qu’il était gay. Ils l’ont intimidé et menacé de le dénoncer s’il ne coopérait pas. Quelques semaines plus tard, il était condamné à six mois de prison.
Le cas de Ji Sung n’est pas isolé. Ces dernières semaines, au moins 32 soldats ont été traqués par l’armée sud-coréenne sur des applications de rencontre gays et interrogés. Ils doivent être jugés prochainement.
Heureusement, l’histoire de Ji Sung a fait les titres de la presse internationale. La répression secrète contre les personnes gays en Corée du Sud n’est plus ignorée.
Les autorités pourraient arrêter leurs mesures de chasse aux personnes gays qui se base sur le Code militaire sud-coréen. Mais elles ne le feront pas à moins d’une protestation globale massive.
Signez pour nous aider à arrêter la chasse aux personnes gays en Corée du Sud.

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Cette question concerne tous les hommes gays du pays : la Corée du Sud exige de tous ses citoyens hommes de servir dans l’armée pendant deux ans. Et selon le code militaire pénal sud-coréen, le sexe entre les hommes est un « crime » passible d’une peine maximale de deux ans de prison.
Cette répression récente a commencé après qu’une vidéo privée de deux soldats a été publiée sur les réseaux sociaux. Les autorités militaires disent à présent que la répression est nécessaire « pour que la communauté militaire reste saine« .
Mon organisation travaille pour soutenir les soldats persécutés et supprimer les mesures anti-gays une fois pour toutes. Mais nous ne pouvons pas y arriver sans votre aide.
Nous savons que des milliers de voix de par le monde nous aideront à faire agir les autorités sud-coréennes.
Pouvez-vous signer pour demander aux autorités qu’elles cessent la répression, abandonnent les poursuites contre les soldats gay et suppriment les mesures de « chasse aux personnes gay » ?
Merci à tous pour votre action.
Minhee Ryu
Réseau pour rendre compte des discriminations et des atteintes aux droits de l’homme contre les personnes LGBTI en relation avec l’armée et du Centre coréen pour les droits de l’homme à l’armée

(*) le nom a été changé

 

 

Un soldat sud-coréen condamné à la prison ferme pour une relation homosexuelle

Alors que le Centre pour les droits de l’homme à l’armée a révélé que l’armée sud-coréenne avait engagé une chasse aux homosexuels, une première condamnation a été rendue publique : Lee, un capitaine de 28 ans, a été condamné à la prison ferme pour relation homosexuelle avec un autre soldat. La cour n’a pas retenu les arguments selon lesquels la relation était consentie et qu’elle a eu lieu dans un cadre privé.

L’emprisonnement se fonde sur l’article 92-6 du code pénal militaire, une disposition critiquée comme « archaïque » et « discriminatoire » par Roseann Rife, directeur de recherches d’Amnesty International pour l’Asie de l’Est, qui a également dénoncé une « condamnation injuste« . Une initiative au Parlement a été prise par Kim Jong-dae (Parti de la justice, social-démocrate) tendant à l’abolition de l’article 92-6, mais les chances de succès sont faibles compte tenu de la très forte homophobie de la société sud-coréenne où les puissants lobbies conservateurs mènent une campagne très active contre l’homosexualité (ils ont ainsi obtenu en 2014 une révision de la définition du mot « amour » par l’Institut de la langue coréenne comme ne pouvant désigner qu’une relation entre deux personnes de sexes différents).

Alors que le prévenu a dû être hospitalisé après son inculpation, la colère grandit et des manifestations ont éclaté en Corée, durant lesquelles des personnes homosexuelles ont demandé à être arrêtées elles aussi (cf. photo ci-dessous).

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Cette condamnation n’est que la première sans doute d’une longue série, alors que plusieurs dizaines de soldats sud-coréens seraient en attente de jugement pour relations homosexuelles. En outre, les sévices contre les homosexuels à l’armée sud-coréenne, entraînant des suicides et des incapacités physiques permanentes, restent un sujet tabou.

 

Arrestation de la ministre de la Culture Cho Yoon-sun

La maison Park Geun-hye n’en finit pas de s’effondrer après que le Parlement eut voté la destitution de la chef de l’État. Ses proches qui se partageaient hier honneurs et prébendes doivent désormais répondre de leurs actions devant la justice de leur pays. Dernier épisode en date de la série judiciaire : l’arrestation de la ministre de la Culture, du Sport et du Tourisme Cho Yoon-sun, le 21 janvier 2017, pour son implication dans l’établissement de la liste noire de personnalités du monde culturel que l’administration Park Geun-hye voulait coûte que coûte éliminer du devant de la scène en leur retirant toute subvention publique – et dont l’élaboration avait déjà conduit la justice à interroger Mo Chul-min, ambassadeur coréen en France.

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Cho Yoon-sun n’a pas été seulement interrogée, mais bel et bien arrêtée – de même que Kim Ki-choon, ancien chef du cabinet présidentiel. Après que l’une et l’autre eurent été interrogés pendant respectivement 21 heures et 15 heures sur leur implication dans l’établissement de la liste noire où seraient inscrits les noms de 10 000 personnalités du monde culturel, des faits criminels seraient avérés, selon l’agence de presse officielle sud-coréenne Yonhap.

Cho Yoon-sun a remis sa démission de membre du gouvernement au président par intérim, le Premier ministre Hwang Kyo-ahn.

Pour Cho Yoon-sun, c’est probablement la fin d’une carrière météoritique pour cette très proche de Mme Park Geun-hye : secrétaire générale du cabinet présidentiel en 2013, elle était devenue secrétaire présidentielle aux affaires politiques dès 2014 et ministre de la Culture l’année suivante, en 2015.

Alors que la liste noire révèle de graves atteintes à la liberté d’opinion et d’expression, la justice cherche à présent à établir le rôle qu’aurait pu jouer Mme Park Geun-hye dans la création de cet outil de répression.

Derrière le naufrage solitaire d’une Présidente autoritaire

Plus la crise politique suscitée par les révélations de l’affaire Choi Soon-sil s’approfondit, plus le monde entier découvre, ébahi, la dérive solitaire d’une Présidente autoritaire : alors que Mme Choi, une chamane mystique et corrompue qui a été la Raspoutine de Mme Park Geun-hye pendant quarante ans, doit répondre de ses actes devant la justice après avoir tenté de s’échapper en Allemagne, la Présidente sud-coréenne multiplie les manoeuvres pour échapper à une démission qu’exige un nombre toujours croissant de Sud-Coréens en colère.

choi-soon-sil-et-park-geun-hyeCelle qui avait refusé d’accepter sa défaite aux législatives du 13 avril 2016 nommerait soudain un Premier ministre, Kim Byong-joon, issu de l’opposition, et s’apprêterait à lui laisser la conduite des affaires intérieures, elle-même se réservant la diplomatie et la défense ? La ficelle est énorme : non seulement l’opposition n’a en aucun cas été associée au choix du Premier ministre putatif (qui ne sera donc pas investi), mais le très opportuniste Kim Byong-joon sera l’obligé de Mme Park, qui pourra continuer de gouverner à sa guise – tout en conservant l’essentiel de ses attributions régaliennes.

La manoeuvre présente les apparences de la cohabitation à la française, mais les apparences seulement : un monarque ne cohabite pas avec les laquais qu’il nomme et répudie à sa guise.

Pur produit de la dictature sud-coréenne de son père, Mme Park Geun-hye en a hérité les méthodes et les principes. Sauf que ses déclarations récentes formulées dans l’espoir de se faire réélire indéfiniment (à l’instar de son dictateur de père), en tenant d’abroger la règle constitutionnelle de non-réélection immédiate du chef de l’Etat sortant, ont fait long feu, quand a éclaté la bombe du scandale Choi Soon-sil : les décisions du gouvernement et de l’administration disparaissaient derrière les visions d’un gourou qui, pour reprendre les termes d’un télégramme diplomatique américain révélé par WikiLeaks, contrôlait le corps et l’esprit de Mme Park Geun-hye. Et cette dernière prétendrait être apte à diriger les affaires étrangères et la défense de la douzième économie mondiale ?

Mme Park Geun-hye et sa clique ont interdit d’expression et emprisonné les opposants politiques et syndicaux dans le cadre de procès truqués, bâillonné les médias indépendants, censuré la création artistique : il est temps que la marionnette cesse ses pantomimes, maintenant que la marionnettiste a été mise hors d’état de nuire.