Archives de Tag: Loi de sécurité nationale

Il faut abroger et non amender la loi de sécurité nationale

Fer de lance de la dictature toujours en vigueur trois décennies après la fin du régime de la junte militaire, instrument privilégié pour réprimer les opposants, la loi de sécurité nationale est de longue date sous les feux des projecteurs de toutes celles et de tous ceux qui, en République de Corée, défendent la démocratie et les droits de l’homme. Dans ce contexte, la déclaration de Lee Hae-chan, président du Parti démocrate (au pouvoir à Séoul), pour amender la loi de sécurité nationale, mérite de retenir l’attention.

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Lee Hae-chan

En déclarant, en marge d’une commémoration de la déclaration conjointe Nord-Sud du 4 octobre 2007, qu’il convenait d’amender la loi de sécurité nationale pour tenir compte notamment de l’évolution récente des relations Nord-Sud, Lee Hae-chan a relancé un débat ancien : lors de la décennie de la politique du rayon de soleil (1998-2008) d’ouverture et de dialogue avec le Nord, les démocrates avaient déjà plaidé pour une telle révision. Mais l’examen du projet de loi n’avait pas abouti, faute d’une majorité parlementaire suffisante, y compris parmi certaines députés démocrates.

Aujourd’hui, les progressistes (démocrates et gauche) n’ont pas davantage de majorité large au Parlement, et l’adoption du projet de loi soulève d’autant plus de doutes que la droite n’est pas favorable à la ratification de la déclaration commune Nord-Sud de Panmunjom, signée par les présidents Moon Jae-in et Kim Jong-un à Pyongyang le 19 septembre 2018.

Pour le Comité international pour les libertés démocratiques en Corée du Sud, l’amendement de la loi de sécurité nationale ne doit toutefois être, au mieux, qu’une étape : son abrogation constitue une exigence démocratique, qui pourrait être l’un des débats des prochaines élections législatives au printemps 2020.

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Détente dans les relations intercoréennes : l’espoir d’une plus grande liberté en Corée du Sud

Le 11 juin 2018, Binaifer Nowrojee, directeur pour la région Asie-Pacifique de l’Open Society Foundation, a publié un article dans Time exprimant son espoir que la détente en cours dans les relations intercoréennes et les relations Etats-Unis-Corée du Nord permette une amélioration de la situation des droits de l’homme en Corée du Sud – car de fait de trop nombreuses atteintes aux droits de l’homme y sont justifiées par la situation de tension avec la Corée du Nord.

De premières atteintes aux droits de l’homme portent sur la liberté d’information – et notamment sur l’information relative à la Corée du Nord. Un ancien militant pour les droits de l’homme, Lee Jin-young, a été emprisonné pour avoir commis le crime de constituer une bibliothèque en ligne relative à la Corée du Nord, c’est-à-dire d’avoir – selon la loi sur la sécurité nationale sud-coréenne (LSN), mené des activités « favorisant l’ennemi« . Son cas n’est pas isolé : en 2012, Park Jung-geun avait été condamné à 10 mois de prison en première instance (avant d’être finalement acquitté) pour avoir re-tweeté des informations d’un site nord-coréen… son intention était parodique, mais la LSN ignore l’humour.

Binaifer Nowrojee a mis l’accent sur deux thématiques largement développées dans nos colonnes : les pouvoirs exorbitants de l’agence nationale de renseignement (acronyme anglais : NIS), en mentionnant notamment ses interférences dans le processus électoral et son contrôle des outils informatiques – tel qu’une nouvelle application de téléphonie mobile, assurant la sécurité des communications, a été téléchargée 50 000 fois en trois semaines, et l’armée comme zone de non-droit. A cet égard, deux exemples sont édifiants : l’emprisonnement des objecteurs de conscience, et la chasse aux sorcières contre les hommes gays dans l’armée.

Plus que jamais, pour tous ceux qui souhaitent que la Corée du Sud devienne une société pleinement libre et démocratique, il importe de soutenir le processus de détente internationale en cours autour de la Corée.

La longue complainte des anciens prisonniers politiques sud-coréens interdits de retour en Corée du Nord

La liberté consistant à pouvoir quitter librement son pays n’est pas garantie en République de Corée : non seulement des réfugiés nord-coréens en Corée du Sud sont interdits de retour au Nord de la péninsule, mais des soupçons d’enlèvement pèsent sur la venue en Corée du Sud d’anciennes serveuses d’un restaurant nord-coréen en Chine – dont plusieurs ont exprimé ouvertement leur souhait de retourner en Corée du Nord. De même, dans son édition du 5 juin 2018, la BBC fait le récit d’anciens « espions » nord-coréens qui veulent retourner chez eux, au Nord (en fait, d’anciens prisonniers politiques en Corée du Sud accusés, à tort ou à raison, d’être des espions nord-coréens). Selon la BBC, il sont 19 dans ce cas. Portraits.

 

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Kim Young-sik

Il s’appelle Kim Young-sik. Il a été emprisonné pendant 26 ans dans les prisons sud-coréennes, après avoir été capturé alors qu’il était ingénieur radio sur un navire espion nord-coréen qui avait été envoyé en Corée du Sud en 1962. Ayant refusé de se convertir (c’est-à-dire d’abjurer ses idées communistes, ce qui lui aurait garanti la liberté de sortir et la fin des séances de torture), il dispose à présent de la nationalité sud-coréenne. Octogénaire, il rêve toujours de pouvoir regagner le Nord de la péninsule.

Yang Soon-gil est resté, quant à lui, 37 ans en prison : après l’armistice de 1953, il s’était rendu à Pyongyang avec son frère. A son retour en Corée du Sud, il a été condamné pour violation de la loi de sécurité nationale qui, aujourd’hui encore, interdit tout contact avec le Nord non autorisé par les autorités sud-coréennes. Bien que sa femme et sa famille vivent en Corée du Sud, Yang Soon-gil veut aller vivre, seul, au Nord, en tant que communiste.

Aujourd’hui, le rapprochement intercoréen ouvre de nouveaux espoirs d’aller vivre en Corée du Nord pour ces dizaines d’hommes et de femmes retenus contre leur gré en Corée du Sud.

Un employé militaire détenant des livres nord-coréens reconnu non coupable

C’est la fin d’un marathon judiciaire qui aurait duré 6 ans, depuis mars 2012 : un employé du ministère de la Défense de la République de Corée, M. Kang, a été reconnu non coupable, après avoir été mis en cause parce qu’il possédait des ouvrages publiés en Corée du Nord (notamment des écrits relatifs aux idées du Juche, l’idéologie directrice du pays).

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En première instance et en appel, M. Kang, qui avait déclaré détenir ces ouvrages pour préparer son entrée à l’Université des études nord-coréennes, avait été déclaré non coupable. Mais il aura fallu l’épuisement des voies de recours et un jugement de la Cour suprême pour qu’il soit reconnu définitivement non coupable de violation de la loi de sécurité nationale, après six années de procédure.

Si l’issue judiciaire doit être saluée dans l’intérêt de M. Kang, elle n’en témoigne pas moins du caractère inique et arbitraire de la loi de sécurité nationale, héritage de la dictature militaire dont les ONG de défense des droits de l’homme continuent d’exiger l’abrogation.

Droits de l’homme en Corée du Sud : quel bilan après 5 mois de présidence Moon Jae-in ?

Le 9 mai 2017, l’élection à Séoul du démocrate Moon Jae-in, ancien avocat des droits de l’homme, à la présidence de la République ouvrait l’espoir d’une plus grande démocratie (malgré sa proximité avec les conservateurs sur les questions liées à l’homophobie et aux droits des personnes LGBTI),  après les sévères régressions dans le domaine des libertés publiques sous les présidences Lee Myung-bak et Park Geun-hye. Cinq mois plus tard, où en est-on exactement ?

La loi de sécurité nationale n’a pas été abrogée. La plupart des prisonniers politiques n’ont pas été libérés. La chasse aux soldats gays se poursuit dans l’armée et les objecteurs de conscience sont toujours envoyés en prison par centaines chaque année. Les militants pacifiques étrangers injustement inscrits sur la liste noire sont toujours interdits de séjour en Corée du Sud – comme l’a prouvé malheureusement le cas de la Coréenne américaine Juyeon Rhee, qui a été interdite d’entrée en Corée du Sud malgré notre mobilisation. Indéniablement, l’élection de Moon Jae-in ne s’est pas traduite par un vent nouveau de liberté en République de Corée.

Mais des changements sont toutefois en cours : outre que la répression politique et antisyndicale n’a pas fait de nouvelles victimes, un Comité de réforme politique a jeté les bases d’une plus grande liberté d’expression et de manifestation. Le Président Moon a immédiatement procédé à des changements à la tête de l’agence nationale de renseignement, tout en s’engageant à revoir le déshonorant accord avec le Japon sur les « femmes de réconfort », euphémisme désignant les esclaves sexuelles avant et pendant la Seconde guerre mondiale. Enfin, la justice a pu poursuivre son travail sans subir les entraves du pouvoir politique, comme l’a prouvé la condamnation de Lee Jae-yong, dirigeant de fait du groupe Samsung, ou encore la poursuite de la réhabilitation des victimes de l’ère Park Chung-hee.

Au final, si l’on veut tirer un bilan, chacun pourra reprendre la métaphore du verre à moitié vide ou à moitié plein pour porter un jugement global. Sauf que celui-ci est certainement prématuré après seulement cinq mois de présidence, qui plus est dans un contexte de graves tensions internationales qui n’ont guère laissé de marges de manœuvre pour les éventuelles réformes touchant à l’armée et aux services de renseignement. Ce que montre toutefois les premiers mois de la présidence Moon Jae-in est que le chef de l’Etat est un homme prudent et pragmatique, qui n’a pas hésité à changer de position sur des questions telles que le déploiement en Corée du Sud du système américain de missiles THAAD. C’est pourquoi seule une mobilisation nationale et internationale permettra de faire évoluer l’administration sud-coréenne pour engager les réformes nécessaires : plus que jamais, le Comité international pour les libertés démocratiques en Corée du Sud a besoin de toutes et de tous pour atteindre ses objectifs ambitieux de démocratisation effective au Sud de la péninsule !

Loi de sécurité nationale, prisonniers politiques : Amnesty International interpelle les Nations unies sur la situation en Corée du Sud

En novembre 2017 aura lieu le vingt-huitième examen périodique universel, c’est-à-dire l’examen des réalisations de l’ensemble des Etats membres des Nations unies en matière de droits de l’homme, suivant un processus mené par les Etats sous les auspices du Conseil des droits de l’homme. Dans cette perspective, Amnesty International a présenté, le 26 juin dernier, le rapport suivant – dans une présentation par le Comité coréen pour sauver [le député] Lee que nous traduisons de l’anglais – , lequel rejoint les préoccupations du Comité international pour les libertés démocratiques en Corée du Sud quant à l’urgence d’abroger la loi de sécurité nationale et de libérer tous les prisonniers politiques, parmi lesquels l’ancien député Lee Seok-ki et le dirigeant syndical Han Sang-gyun.

Amnesty International exprime ses préoccupations concernant la loi de sécurité nationale (acronyme anglais : LSN), en soulignant que la LSN restreint les libertés d’expression, d’association et de réunion pacifique. Elle critique l’incapacité du gouvernement coréen à protéger les droits de l’homme. En particulier, elle présente l’emprisonnement de l’ancien député Lee Seok-ki et la dissolution de l’ancien Parti progressiste unifié (PPU) comme emblématiques des violations des droits de l’homme par la LSN ces dernières années.

En outre, Amnesty International appelle le gouvernement coréen non seulement à abolir la Loi de sécurité nationale pour garantir les libertés d’expression et d’association, mais aussi à libérer sans conditions toutes les personnes injustement condamnées et emprisonnées.

La libération sans conditions de Lee Seok-ki  est exigée de la communauté internationale conformément aux principes internationaux des droits de l’homme. Par ailleurs, la communauté internationale continue de dénoncer la dissolution injuste du PPU.

Le gouvernement du Président Moon Jae-in qui a été rendu possible par la Révolution des bougies doit répondre à ces exigences de la communauté internationale. Aujourd’hui, de nombreux prisonniers de conscience, dont Lee Seok-ki et Han Sang-gyun, ont été arrêtés alors qu’ils exerçaient leurs droits légalement. Libérer tous les prisonniers de conscience doit être la première étape pour mettre fin à l’héritage anti-droits de l’homme de l’ancienne administration Park Geun-hye. Ainsi, la République de Corée pourra redevenir une nation avancée en matière de démocratie et de droits de l’homme, se conformant aux standards internationaux s’agissant des droits de l’homme.

Les autorités sud-coréennes déportent toujours plus d’opposants

Il ne fait pas bon visiter la Corée du Sud pour manifester pacifiquement avec les opposants : de plus en plus d’étrangers sont « déportés » (c’est-à-dire expulsés, voire même carrément interdits d’entrée sur le territoire) au nom de la très répressive loi de sécurité nationale : en mars 2012, trois étrangers (dont le Français Benjamin Monnet) ont été expulsés pour leur soutien aux opposants à la construction de la base navale de Jeju ; en janvier 2015, la Coréenne américaine Shin Eun-mi a été à son tour expulsée et interdite de séjour en Corée du Sud, coupable d’avoir écrit un livre qui ne parlait pas en termes suffisamment négatifs de la Corée du Nord ; en février 2015, Patrick Kuentzmann, secrétaire général de l’Association d’amitié franco-coréenne (AAFC) et membre du Comité international pour les libertés démocratiques en Corée du Sud (CILD), a été carrément interdit d’entrée en Corée du Sud après son inscription sur une liste noire pour des raisons que les autorités sud-coréennes n’ont pas voulu lui communiquer, au nom sans doute d’une certaine conception des droits de l’homme. Et la liste continue, puisqu’après un Coréen allemand interdit d’entrée en mai 2016 car il voulait participer à une commémoration du massacre de Kwangju, ce sont deux Coréens américains qui ont été interdits d’entrée en Corée du Sud le 26 juillet 2016. Leur crime ? Avoir voulu rejoindre les opposants à Seongju au déploiement du système de missiles antibalistiques THAAD, dans le cadre d’un voyage pour la paix…

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Les Américaines Hyun Lee et Juyeon Rhee sont membres du Comité de solidarité pour la paix et la démocratie en Corée (acronyme anglais, SCDPK).  Lee est aussi liée à l’Institut de politique coréenne, basé à Los Angeles.

Avant d’être interdites d’entrée en Corée du Sud, ces dangereuses manifestantes pacifiques devaient rejoindre les Vétérans pour la paix, un groupe pacifiste américain qui soutient les opposants au déploiement du système de missiles THAAD à Seongju (photo).

Comme Lee l’a indiqué à The Diplomat, le refus de visa s’inscrit dans une démarche des autorités sud-coréennes visant à empêcher l’internationalisation de l’opposition au déploiement de THAAD en Corée.

Le journaliste Tim Shorrock, également membre de l’organisation SCDPK, a conclu : « Comment la République de Corée peut-elle se qualifier de démocratie et bannir des Américains parce que leurs opinions ne sont pas celles du gouvernement ?«