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L’armée sud-coréenne intensifie la répression contre les homosexuels

Au moins 32 soldats sud-coréens sont poursuivis pénalement pour « sodomie ou un autre comportement honteux« , suite à une campagne de l’armée sud-coréenne – sans précédent, selon les organisations de défense des droits de l’homme – pour réprimer l’homosexualité dans ses rangs – les relations homosexuelles constituant un délit pénal dans le code militaire, donnant lieu à une peine maximale de deux ans de prison, qu’elles soient consenties ou non, et aient lieu ou non dans les unités de l’armée.

Le lobby conservateur en Corée du Sud est très actif dans la répression des homosexuels. Il s’appuie notamment sur des églises évangélistes d’extrême-droite – dont une émanation politique, le Parti chrétien-libéral, a échoué de peu à franchir la barre des 3 % pour obtenir des sièges de député aux élections législatives du 13 avril 2016, après avoir fait campagne sur des thèmes homophobes et islamophobes.

Alors que les dispositions réprimant l’homosexualité à l’armée sont contraires aux engagements internationaux de la Corée du Sud (cette discrimination ayant par ailleurs justifié l’obtention du statut de réfugié politique par des objecteurs de conscience sud-coréens homosexuels), la Cour constitutionnelle a réitéré la constitutionnalité, selon elle, de telles dispositions. A chaque fois ses jugements ont été précédés d’intenses campagnes de l’extrême-droite pour ne pas modifier la loi, au motif notamment que cela affaiblirait la capacité de défense de la Corée du Sud face à la Corée du Nord.

Selon Lim Tae-hoon, directeur du Centre des droits de l’homme à l’armée, « nos militaires restent englués dans une culture barbare et médiévale« . Non seulement la répression anti-homosexuels est contraire aux libertés démocratiques, mais les enquêteurs sud-coréens ont montré le peu de cas qu’ils faisaient des droits de la personnes humaine : menaces contre un sergent gay recherchant le soutien de juristes de la Commission nationale des droits de l’homme, confiscation des téléphones portables et pressions sur les soldats pour avouer leur homosexualité, création de faux identifiants pour piéger les soldats homosexuels… Contre l’évidence apportée par les ONG sud-coréennes de défense des droits de l’homme, le général Jang Jun-kyu, chef d’état-major de l’armée de terre, a déclaré que « les enquêtes étaient menées dans le respect de la loi, des droits de l’homme et de l’intimité privée« .

Alors que des incidents tragiques rappellent régulièrement que l’armée sud-coréenne est une zone de non-droit (en août 2014,  Jang Jun-kyu avait présenté sa démission suite à la mort d’un conscrit victime de sévices), les opposants à l’homosexualité ont reçu un soutien inattendu de Moon Jae-in, favori (démocrate) de l’élection présidentielle du 9 mai 2017, pourtant ancien avocat des droits de l’homme ayant défendu les victimes de la dictature militaire sud-coréenne : lors d’un débat télévisé, il a déclaré « s’opposer«  à l’homosexualité, et lorsque la question lui a été réitérée par le journaliste, il a ajouté « bien sûr« , déclarant partager la position du candidat conservateur Hong Joon-pyo selon lequel la présence de soldats gays « affaiblit » l’armée sud-coréenne. Avec un tel renfort, l’extrême-droite sud-coréenne n’a guère d’inquiétudes à avoir sur la poursuite des persécutions contre les soldats homosexuels.

 

« Le projet démocratique de la Corée du Sud menacé par les régressions de la liberté de réunion et de la liberté d’association » (Nations Unies)

Maina Kiai, rapporteur spécial du Haut Commissariat des Nations Unies pour les droits de l’homme, a visité la République de Corée (Corée du Sud) pendant neuf jours : comme le souligne un communiqué de l’organisation spécialisée des Nations Unies publié à l’issue de sa mission, le 29 janvier 2016, le constat qu’il dresse est celui, unanimement partagé par les observateurs impartiaux de l’évolution de la situation politique et sociale sud-coréenne, d’un pays en régression s’agissant des libertés de réunion et d’association. Nous publions ci-dessous une traduction en français d’extraits de ce communiqué, à partir de sa version anglaise. M. Kiai fait par ailleurs part de ses préoccupations sur les atteintes à la liberté syndicale s’agissant des travailleurs précaires et du syndicat des enseignants KTU, ainsi que les difficultés pour certaines organisations à obtenir une reconnaissance légale – notamment en ce qui concerne les associations LGBT.

« Le projet de construction de la démocratie et de promotion des droits de l’homme n’est pas achevé en Corée du Sud ; de fait, il ne l’est véritablement dans aucun pays », a déclaré l’expert indépendant mandaté par le Conseil des Droits de l’Homme des Nations Unies pour observer et promouvoir la mise en œuvre de la liberté de réunion de pacifique et d’association de par le monde. « Ce que nous avons est une structure, et la mission solennelle des gouvernements comme des citoyens est de fonder continûment sur ces bases (…) ».

[Le rapporteur spécial a souligné ] « une tendance à la régression progressive des libertés de réunion pacifique et d’association – non une suppression spectaculaire de ces droits, mais une tendance lente et continue à leur dégradation ».

M. Kiai a dit que des limites non justifiées tendaient à s’insinuer à chaque étape de la procédure de rassemblement pacifique en Corée du Sud, malgré ce qu’il a appelé « une riche histoire de la contestation ». Ces limitations vont des anciennes limites légales à des obstacles plus pratiques, et, selon lui, tendent progressivement à faire du droit à se réunir pacifiquement un privilège. Les responsables gouvernementaux utilisent la sécurité nationale et les incommodations pour les citoyens comme des arguments logiques pour limiter la contestation, mais pour ce faire vont souvent trop loin.

Il a cité comme un « problème fondamental » le fait que les rassemblement sont réputés « illicites » sauf à être déclarés par avance aux autorités, ainsi que la pratique des autorités d’interdire de nombreuses manifestations même après leur déclaration.

« L’absence de notification par les organisateurs ne rend pas un rassemblement illégal », selon l’expert. « La déclaration préalable ne devrait pas non plus être utilisée pour interdire préventivement des manifestations, sauf dans des circonstances très spécifiques. J’ai appris que souvent la déclaration préalable conduisait à interdire des manifestations pour empêcher des gênes pour la circulation automobile ou empêcher des rassemblements dans certains lieux ou à certains endroits ; ces justifications contreviennent aux dispositions internationales sur les droits de l’homme ».

« L’utilisation de canons à eau et de barrages de bus – tout particulièrement conjuguée avec un déploiement massif des forces de l’ordre – augmente de manière quasi certaine les tensions entre les policiers et les manifestants », a dit M. Kiai. « (…) La violence engendre la violence ».