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Droits de l’homme en Corée du Sud : quel bilan après 5 mois de présidence Moon Jae-in ?

Le 9 mai 2017, l’élection à Séoul du démocrate Moon Jae-in, ancien avocat des droits de l’homme, à la présidence de la République ouvrait l’espoir d’une plus grande démocratie (malgré sa proximité avec les conservateurs sur les questions liées à l’homophobie et aux droits des personnes LGBTI),  après les sévères régressions dans le domaine des libertés publiques sous les présidences Lee Myung-bak et Park Geun-hye. Cinq mois plus tard, où en est-on exactement ?

La loi de sécurité nationale n’a pas été abrogée. La plupart des prisonniers politiques n’ont pas été libérés. La chasse aux soldats gays se poursuit dans l’armée et les objecteurs de conscience sont toujours envoyés en prison par centaines chaque année. Les militants pacifiques étrangers injustement inscrits sur la liste noire sont toujours interdits de séjour en Corée du Sud – comme l’a prouvé malheureusement le cas de la Coréenne américaine Juyeon Rhee, qui a été interdite d’entrée en Corée du Sud malgré notre mobilisation. Indéniablement, l’élection de Moon Jae-in ne s’est pas traduite par un vent nouveau de liberté en République de Corée.

Mais des changements sont toutefois en cours : outre que la répression politique et antisyndicale n’a pas fait de nouvelles victimes, un Comité de réforme politique a jeté les bases d’une plus grande liberté d’expression et de manifestation. Le Président Moon a immédiatement procédé à des changements à la tête de l’agence nationale de renseignement, tout en s’engageant à revoir le déshonorant accord avec le Japon sur les « femmes de réconfort », euphémisme désignant les esclaves sexuelles avant et pendant la Seconde guerre mondiale. Enfin, la justice a pu poursuivre son travail sans subir les entraves du pouvoir politique, comme l’a prouvé la condamnation de Lee Jae-yong, dirigeant de fait du groupe Samsung, ou encore la poursuite de la réhabilitation des victimes de l’ère Park Chung-hee.

Au final, si l’on veut tirer un bilan, chacun pourra reprendre la métaphore du verre à moitié vide ou à moitié plein pour porter un jugement global. Sauf que celui-ci est certainement prématuré après seulement cinq mois de présidence, qui plus est dans un contexte de graves tensions internationales qui n’ont guère laissé de marges de manœuvre pour les éventuelles réformes touchant à l’armée et aux services de renseignement. Ce que montre toutefois les premiers mois de la présidence Moon Jae-in est que le chef de l’Etat est un homme prudent et pragmatique, qui n’a pas hésité à changer de position sur des questions telles que le déploiement en Corée du Sud du système américain de missiles THAAD. C’est pourquoi seule une mobilisation nationale et internationale permettra de faire évoluer l’administration sud-coréenne pour engager les réformes nécessaires : plus que jamais, le Comité international pour les libertés démocratiques en Corée du Sud a besoin de toutes et de tous pour atteindre ses objectifs ambitieux de démocratisation effective au Sud de la péninsule !

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L’armée sud-coréenne intensifie la répression contre les homosexuels

Au moins 32 soldats sud-coréens sont poursuivis pénalement pour « sodomie ou un autre comportement honteux« , suite à une campagne de l’armée sud-coréenne – sans précédent, selon les organisations de défense des droits de l’homme – pour réprimer l’homosexualité dans ses rangs – les relations homosexuelles constituant un délit pénal dans le code militaire, donnant lieu à une peine maximale de deux ans de prison, qu’elles soient consenties ou non, et aient lieu ou non dans les unités de l’armée.

Le lobby conservateur en Corée du Sud est très actif dans la répression des homosexuels. Il s’appuie notamment sur des églises évangélistes d’extrême-droite – dont une émanation politique, le Parti chrétien-libéral, a échoué de peu à franchir la barre des 3 % pour obtenir des sièges de député aux élections législatives du 13 avril 2016, après avoir fait campagne sur des thèmes homophobes et islamophobes.

Alors que les dispositions réprimant l’homosexualité à l’armée sont contraires aux engagements internationaux de la Corée du Sud (cette discrimination ayant par ailleurs justifié l’obtention du statut de réfugié politique par des objecteurs de conscience sud-coréens homosexuels), la Cour constitutionnelle a réitéré la constitutionnalité, selon elle, de telles dispositions. A chaque fois ses jugements ont été précédés d’intenses campagnes de l’extrême-droite pour ne pas modifier la loi, au motif notamment que cela affaiblirait la capacité de défense de la Corée du Sud face à la Corée du Nord.

Selon Lim Tae-hoon, directeur du Centre des droits de l’homme à l’armée, « nos militaires restent englués dans une culture barbare et médiévale« . Non seulement la répression anti-homosexuels est contraire aux libertés démocratiques, mais les enquêteurs sud-coréens ont montré le peu de cas qu’ils faisaient des droits de la personnes humaine : menaces contre un sergent gay recherchant le soutien de juristes de la Commission nationale des droits de l’homme, confiscation des téléphones portables et pressions sur les soldats pour avouer leur homosexualité, création de faux identifiants pour piéger les soldats homosexuels… Contre l’évidence apportée par les ONG sud-coréennes de défense des droits de l’homme, le général Jang Jun-kyu, chef d’état-major de l’armée de terre, a déclaré que « les enquêtes étaient menées dans le respect de la loi, des droits de l’homme et de l’intimité privée« .

Alors que des incidents tragiques rappellent régulièrement que l’armée sud-coréenne est une zone de non-droit (en août 2014,  Jang Jun-kyu avait présenté sa démission suite à la mort d’un conscrit victime de sévices), les opposants à l’homosexualité ont reçu un soutien inattendu de Moon Jae-in, favori (démocrate) de l’élection présidentielle du 9 mai 2017, pourtant ancien avocat des droits de l’homme ayant défendu les victimes de la dictature militaire sud-coréenne : lors d’un débat télévisé, il a déclaré « s’opposer«  à l’homosexualité, et lorsque la question lui a été réitérée par le journaliste, il a ajouté « bien sûr« , déclarant partager la position du candidat conservateur Hong Joon-pyo selon lequel la présence de soldats gays « affaiblit » l’armée sud-coréenne. Avec un tel renfort, l’extrême-droite sud-coréenne n’a guère d’inquiétudes à avoir sur la poursuite des persécutions contre les soldats homosexuels.

 

Le manuel d’éducation sexuelle sud-coréen met en danger les femmes : nous exigeons son retrait immédiat !

Comme l’a révélé en France Metronews, un nouveau manuel d’éducation sexuelle diffusé en République de Corée (Corée du Sud) est sexiste, bourré d’erreurs et « excuse » le viol dans certaines circonstances. Si face aux protestations d’associations (dont le Centre de soutien aux victimes de violences sexuelles, Korean Sexual Violence Relief Center) le Gouvernement a légèrement amendé le texte, ce manuel reflète le danger que font sciemment courir aux femmes les conservateurs sud-coréens : le Comité international pour les libertés démocratiques en Corée du Sud (CILD) appelle au retrait immédiat de ce manuel et au plein rétablissement d’un enseignement d’éducation sexuelle conforme aux normes pédagogiques internationales, dont prétend se revendiquer la République de Corée. Alors que va s’ouvrir l’année croisée France-Corée (du Sud), le CILD interpelle à nouveau les autorités françaises, dans l’ensemble des manifestations qui se tiendront en France et en Corée du Sud, pour qu’elles rappellent à leurs interlocuteurs coréens que leur pays ne peut pas s’affranchir des obligations internationales auxquelles il a souscrit, qu’il s’agisse des libertés politiques ou, comme en l’espèce, des droits sociaux. A cette fin, nous allons signaler cet article aux délégations aux droits des femmes de l’Assemblée nationale et du Sénat.

Au coût d’un demi-million d’euros, c’est un brûlot misogyne et sexiste qui est diffusé auprès de l’ensemble des étudiants sud-coréens du primaire et du secondaire dans le nouveau manuel d’éducation sexuelle du ministère sud-coréen de l’Education nationale. Florilège d’extraits, cités par Metronews :

« Le désir sexuel masculin peut croître rapidement, d’un coup, indépendamment du temps ou de l’endroit« .

« Les hommes ont le contrôle de l’argent alors que les femmes sont désirées pour leur corps dans notre société. Ainsi, les hommes qui dépensent de l’argent dans des rendez-vous avec des femmes attendent d’elles certaines contreparties. Dans de telles conditions, des violences sexuelles peuvent se produire. »

Quand les femmes sont victimes d’attouchements sexuels dans les transports en commun, elles sont invitées à se défendre elles-mêmes… en écrasant le pied de leur agresseur. En d’autres termes, le manuel incite scandaleusement les femmes à ne pas porter plainte, à ne pas solliciter d’aide auprès d’un tiers.

La définition des violences sexuelles est limité aux rapports sexuels forcés afin, selon les associations spécialisées coréennes, de culpabiliser les victimes.

Enfin, « la diversité familiale et les différentes orientations sexuelles sont découragées« , souligne Bang I-seul du Korea sexual violence relief center cité par The Korea Times. Mais faut-il rappeler que le très officiel Institut de la langue coréenne a modifié en 2014 la définition du mot « amour » pour clamer qu’il ne pourrait qu’être hétérosexuel, comme l’avait souligné en 2014 le journaliste du Monde Philippe Mesmer dans son article « Pas gay, l’amour en Corée… » ?

La Corée du Sud de la très conservatrice présidente Park Geun-hye, première femme chef de l’Etat en Corée du Sud élue notamment sur un programme de défense des droits des femmes, a une nouvelle fois trahi ses engagements de campagne.