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L’ancien président Lee Myung-bak auditionné dans plusieurs affaires de corruption

Dans notre édition du 12 novembre 2017, nous rendions compte du resserrement de l’étau judiciaire autour de l’ancien président (2008-2013) de la République de Corée Lee Myung-bak, ainsi que des membres de sa famille. Si l’audition par le Parquet de Séoul le 14 mars 2018 a porté sur les seules accusations de corruption, celles-ci pourraient également toucher à la pratique autoritaire du pouvoir par l’ancien chef de l’Etat – notamment son utilisation des services de renseignement.

lee-myung-bak_audience_corruption_14-mars-2018

Vingt heures d’audition attendues, 120 pages de questions pour une vingtaine de délits présumés : c’est bien l’ouverture d’un procès fleuve dont il s’agit, et dont les premières pages commencent seulement à être écrites – les poursuites ayant été sinon gelées, du moins retardées, pendant le mandat de la très autoritaire Park Geun-hye (2013-2017), aujourd’hui en prison pour corruption.

Le pardon présidentiel accordé en 2009 à l’ancien dirigeant de Samsung Lee Kun-hee, condamné pour évasion fiscale, a-t-il eu des contreparties, notamment un versement de 4,5 millions d’euros à Lee Myung-bak ? Cette question, si elle est centrale au regard des liens en tout genre qu’entretiennent le géant sud-coréen Samsung et les conservateurs, n’est pas la seule : l’ancien chef de l’Etat devra aussi répondre, entre autres, de versements qu’il aurait pu recevoir de Lee Pal-sung pour l’aider à prendre la direction du groupe Woori Financial, ou encore de possibles détournements de fonds d’une usine de pièces automobiles.

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Les biens de Park Geun-hye menacés

Le 8 janvier 2018, le Parquet central du district de Séoul a indiqué avoir demandé une saisie temporaire d’actifs détenus par l’ancienne présidente Park Geun-hye, afin de permettre leur saisie en cas de condamnation.

Jour après jour, la justice s’évertue à démêler l’écheveau des affaires qui ont conduit à la destitution de l’ancienne chef de l’Etat. Le 4 janvier, les procureurs l’ont mise en examen concernant l’utilisation de 3,65 milliards de won (soit près de 2,9 millions d’euros) reçus de l’agence nationale de renseignement entre mai 2013 et juillet 2016. Cette somme aurait servi de caisse noire, dont l’existence aurait été tenue secrète sauf à un petit groupe de proches de la présidence pour des dépenses à caractère personnel (toilettes, vacances, entretien immobilier…).

Les actifs gelés de l’ancienne présidente étaient estimés à 3,73 milliards de won fin 2016, avant qu’elle ne doive engager d’importantes dépenses en frais d’avocat pour assurer sa défense : une vingtaine de chefs d’accusation pèsent sur Mme Park.

Comment les conservateurs bloquent l’enquête judiciaire sur le député Choi Kyung-hwan

Le député (Parti Liberté Corée, conservateur) Choi Kyung-hwan est sous le coup d’un mandat d’arrêt depuis le 11 décembre 2017 : cet ancien proche collaborateur de la Présidente Park Geun-hye (destituée et aujourd’hui en prison) est soupçonné d’avoir reçu 100 millions de won (soit 92 000 dollars américains) de l’Agence nationale de renseignement (acronyme anglais : NIS) sud-coréenne en octobre 2014. Mais l’opposition conservatrice s’oppose à la levée de son immunité parlementaire, soucieuse d’empêcher toute manifestation de la vérité après qu’un scandale de corruption a déjà chassé du pouvoir l’administration Park.

choi-kyung-hwan_nis_enquete_corruption (2)Choi Kyung-hwa

Lee Byung-kee, ancien dirigeant du NIS actuellement placé en détention provisoire, a affirmé que le NIS aurait versé de manière illégale 7 milliards de won, dont 4 milliards de won à la présidence sud-coréenne et 100 million de won à Choi Kyung-hwan, alors ministre des Finances et vice Premier ministre chargé de l’économie – ce que ce dernier, jusqu’ici surtout connu pour son ardeur à avoir déréglementé l’économie sud-coréenne dans un sens toujours plus libéral, nie catégoriquement. Le témoignage de Lee Byung-kee a été conforté par celui d’un autre ancien responsable du NIS, Lee Heon-soo, alors responsable du budget de l’agence de renseignement.

De nombreuses zones d’ombre demeurent ainsi sur cette affaire de corruption présumée, qu’il s’agisse de la liste complète des bénéficiaires du versement de 7 milliards de won ou des contreparties à ces versements.

Droits de l’homme, corruption : après Park Geun-hye, l’étau judiciaire se resserre sur Lee Myung-bak

Si l’ancienne présidente Mme Park Geun-hye (2013-2017) a été destituée puis emprisonnée suite à l’éclatement du scandale Choi Soon-sil, c’est son prédécesseur à la Maison bleue (2008-2013), le Président Lee Myung-bak, également conservateur, qui pourrait bientôt être pris dans la tourmente judiciaire. Comme l’indique le quotidien progressiste Hankyoreh, plusieurs enquêtes de corruption et d’atteintes aux droits de l’homme se rapprochent en effet dangereusement de l’ancien chef d’Etat.


lee-myung-bak_28-septembre-2017

A ce stade, l’implication personnelle du Président Lee Myung-bak reste à établir, alors que plusieurs enquêtes progressent simultanément :

  • était -il personnellement impliqué dans le scandale impliquant des agents des services de renseignement (tenus à un devoir de neutralité politique) pour faire élire la candidate conservatrice Mme Park Geun-hye à l’élection présidentielle de 2012 ? Le cas échéant, ces agissements (ayant déjà conduit à la condamnation d’un ancien chef des services de renseignement, Won Sei-hoon) auraient été anticonstitutionnels, car contraires à l’article 5 de la loi fondamentale de la République de Corée ; mis en examen, l’ancien ministre de la Défense Kim Kwan-jin prétend que le Président Lee Myung-bak était au courant des activités de l’unité cybernétique impliquée ;
  • sous le mandat du Président Lee Myung-bak, les services de renseignement sud-coréens (National Intelligence Service, NIS) ont créé une liste noire de 82 personnalités devant être marginalisées en raison de leur influence artistique et culturelle ; dans quelle mesure Lee Myung-bak a-t-il été impliqué dans l’établissement de cette liste noire ?
  • le nom de l’ancien chef de l’Etat (ou plutôt de son frère, Lee Sang-deuk) est cité dans un scandale de corruption (l’affaire BBK), apparu pendant son mandat présidentiel.

La suite des enquêtes indiqueront si le Président Lee Myung-bak, comme la successeur qu’il a fait élire, Mme Park Geun-hye, a eu des pratiques autoritaires et de corruption pouvant le conduire à la case prison.

 

Après la condamnation à cinq ans de prison ferme de Lee Jae-yong, l’heure est venue de punir les séides du NIS

Placé en détention depuis le 17 février 2017, dans le cadre de l’affaire Choi Soon-sil, Lee Jae-yong, héritier du groupe Samsung et dirigeant de fait du groupe (qui représente 23 % du PIB sud-coréen) depuis l’hospitalisation de son père en 2014, a été condamné à cinq ans de prison ferme le 25 août 2017. Une décision de justice qui témoigne des liens étroits, faits d’arrangements entre amis, entre la clique conservatrice (au pouvoir à Séoul entre 2008 et 2017) et le grand capital sud-coréen – et qui ne doit pas non plus occulter les violations massives des droits des travailleurs que nous avions dénoncées, aux côtés de Sud-Coréens exploités par le chaebol lors de leur visite en France, aux côtés, notamment, de la CGT-Métallurgie et de l’Association d’amitié franco-coréenne

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Le retentissant scandale du Choigate – du nom de la gourou, Choi Soon-sil, de la présidente Park Geun-hye jusqu’à la destitution de cette dernière – a connu un nouveau rebondissement avec la condamnation à 5 ans de prison ferme de Lee Jae-yong, dirigeant de fait de Samsung : l’enquête a confirmé le versement (ou la promesse de versement) de quelque 32 millions d’euros (et non plus 16 millions d’euros, comme initialement envisagé) à deux fondations dirigées par Choi Soon-sil en contrepartie de pressions publiques en faveur d’une opération capitalistique ayant renforcé la position de Lee Jae-yong à la tête de Samsung.

Lee Jae-yong, qui a suivi une ligne de défense consistant à déclarer qu’il n’aurait pas eu les compétences et les connaissances nécessaires pour prendre les décisions incriminées (ce qui ne l’empêchait pas d’en retirer en revanche les dividendes, puisque le magazine Forbes estime sa fortune à 5,9 milliards d’euros, la troisième plus importante de Corée), a a admis, pendant le procès, un don d’un cheval d’une valeur de 800 000 euros à Chung Yoo-ra, la fille de Choi Soon-sil, qui se préparait à l’épreuve de dressage aux Jeux olympiques de Tokyo en 2020.

Les révélations médiatiques lors du procès ont aussi fait apparaître les relations directes entre Lee Jae-yong et les services de renseignement sud-coréens (NIS) pour l’informer en temps réel de l’opération capitalistique citée plus haut. Si Lee Jae-yong et Park Geun-hye sont désormais en prison, et le premier d’ores et déjà condamné, un autre procès reste bien à faire : celui de la mafieuse agence de renseignement sud-coréenne, impliquée dans toutes les atteintes à la démocratie en Corée du Sud. Le Comité international pour les libertés démocratiques en Corée du Sud convie l’administration démocrate sud-coréenne à ne pas trembler face aux nécessaires poursuites des agents de renseignement sud-coréens qui, aux différents niveaux qu’ils ont occupés, ont agi en séides d’un régime criminel et corrompu, qu’avait par ailleurs soutenu sans nuances le Président François Hollande. Sans cette épuration de l’agence de renseignement sud-coréenne, la démocratisation de la République de Corée ne pourra être menée à bien.

Park Geun-hye placée en détention

L’ancienne présidente sud-coréenne destituée Mme Park Geun-hye n’aura pas bénéficié longtemps du confort de sa luxueuse villa, blottie entre les immeubles du centre de Séoul. Après une audition de 8 heures et 40 minutes, elle a été placée en détention provisoire dans la nuit du 30 au 31 mars 2017. Nous reproduisons ci-après les images prises par l’agence sud-coréenne Yonhap avant et après son audition judiciaire, à l’issue de laquelle elle a rejoint en voiture le centre de détention de Séoul.

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Lee Jae-yong, l’héritier de Samsung, placé en détention

Dirigeant de fait du groupe Samsung depuis l’hospitalisation de son père suite à une crise cardiaque en 2014, Lee Jae-yong a été placé en détention le 17 février 2017, dans le cadre de l’affaire Choi Soon-sil qui a conduit au vote par le Parlement d’une motion de destitution de la Présidente Park Geun-hye. Cette arrestation illustre les pratiques de corruption d’un groupe par ailleurs mis en cause pour ses atteintes aux droits fondamentaux des travailleurs.

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Est-ce le début de la fin pour le groupe Samsung, allié inconditionnel des conservateurs héritiers de la dictature militaire ? En émettant un mandat d’arrêt à l’encontre de Lee Jae-yong, héritier et dirigeant de fait du conglomérat, la Cour du district central de Séoul a franchi une étape inédite dans l’histoire de Samsung. Comme le souligne l’agence de presse sud-coréenne Yonhap, « Lee est devenu le premier patron de Samsung à être arrêté dans une affaire criminelle« .  L’agence Yonhap est explicite quant à la nature des charges qui pèsent sur Lee Jae-yong :

L’équipe du procureur indépendant avait recherché mardi un nouveau mandat d’arrêt contre ce dernier après que sa première requête, qui reposait sur des charges de corruption, de détournement de fonds et de faux témoignages, a été rejetée le mois dernier. Après trois semaines d’enquête supplémentaires, les procureurs accusent Lee, en plus des charges précédentes, d’avoir caché des gains provenant d’activités criminelles et d’avoir enfreint la loi sur le transfert de patrimoine à l’étranger en versant des pots-de-vin à Choi Soon-sil, l’amie de longue date de la présidente.

Le versement de pots-de-vin à deux fondations contrôlées par Choi Soon-sil aurait permis à Lee Jae-yong d’obtenir une fusion entre deux branches de Samsung, en vue de renforcer son emprise sur le groupe.