Archives de Tag: Corée

Il faut abroger et non amender la loi de sécurité nationale

Fer de lance de la dictature toujours en vigueur trois décennies après la fin du régime de la junte militaire, instrument privilégié pour réprimer les opposants, la loi de sécurité nationale est de longue date sous les feux des projecteurs de toutes celles et de tous ceux qui, en République de Corée, défendent la démocratie et les droits de l’homme. Dans ce contexte, la déclaration de Lee Hae-chan, président du Parti démocrate (au pouvoir à Séoul), pour amender la loi de sécurité nationale, mérite de retenir l’attention.

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Lee Hae-chan

En déclarant, en marge d’une commémoration de la déclaration conjointe Nord-Sud du 4 octobre 2007, qu’il convenait d’amender la loi de sécurité nationale pour tenir compte notamment de l’évolution récente des relations Nord-Sud, Lee Hae-chan a relancé un débat ancien : lors de la décennie de la politique du rayon de soleil (1998-2008) d’ouverture et de dialogue avec le Nord, les démocrates avaient déjà plaidé pour une telle révision. Mais l’examen du projet de loi n’avait pas abouti, faute d’une majorité parlementaire suffisante, y compris parmi certaines députés démocrates.

Aujourd’hui, les progressistes (démocrates et gauche) n’ont pas davantage de majorité large au Parlement, et l’adoption du projet de loi soulève d’autant plus de doutes que la droite n’est pas favorable à la ratification de la déclaration commune Nord-Sud de Panmunjom, signée par les présidents Moon Jae-in et Kim Jong-un à Pyongyang le 19 septembre 2018.

Pour le Comité international pour les libertés démocratiques en Corée du Sud, l’amendement de la loi de sécurité nationale ne doit toutefois être, au mieux, qu’une étape : son abrogation constitue une exigence démocratique, qui pourrait être l’un des débats des prochaines élections législatives au printemps 2020.

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15 ans de prison pour l’ancien président Lee Myung-bak

Si l’élection du conservateur Lee Myung-bak à la présidence de la République en République de Corée (2008-2013) s’est traduite par une dérive autoritaire des institutions accentuée par sa successeur, Mme Park Geun-hye, c’est plus classiquement une affaire de corruption qui a conduit la condamnation de l’ancien chef de l’Etat à une peine de 15 ans de prison ferme, assortie d’une amende de 13 milliards de won (soit 10 millions d’euros), le 5 octobre 2018. Mis en examen pour pas moins de 16 chefs d’accusation, Lee Myung-bak devient ainsi le quatrième président sud-coréen condamné par la justice – tous les quatre de sensibilité conservatrice.

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Lee Myung-bak arrivant à l’audience, le 6 septembre 2018

C’est devant une chaise vide que le jugement a été rendu par la Cour centrale du district de Séoul, l’ancien Président de la République ayant refusé d’assister à l’audience pour protester contre la retransmission du procès en direct autorisée par le tribunal. Les opposants que Lee Myung-bak avait jetés en prison avaient, eux, le courage de faire face à ce qui n’était pourtant qu’une parodie de justice.

La peine a été prononcée dans le cadre de la mise à jour d’un montage juridique et financier, ainsi présenté par l’agence sud-coréenne Yonhap :

La cour a conclu que Lee, âgé de 76 ans, est le patron de facto de DAS, entreprise de pièces détachées automobiles appartenant à son frère aîné sur le papier, au centre du scandale. Le tribunal a déclaré que Lee a demandé à des responsables de DAS de constituer des fonds secrets et commis d’autres irrégularités.

Le sujet concernant la propriété de DAS avait été l’un des principaux points litigieux dans ce procès car le scandale évoluait en grande partie autour de cette société dont Lee était soupçonné depuis longtemps d’être le vrai propriétaire.

Une fois au pouvoir, Lee Myung-bak avait utilisé ses prérogatives présidentielles pour des accorder des avantages à la société DAS, à sa famille et à lui-même.

Un autre chef d’accusation a porté sur le versement indû de frais de justice, pour un montant de plus de 4 millions d’euros, par Samsung Electronics au profit de DAS. le conglomérat sud-coréen, notoirement lié aux conservateurs et de sinistre réputation pour ses pratiques antisyndicales et antisociales, est le plus puissant du pays ; la justice a soupçonné que la contrepartie à la prise en charge de ces frais était la recherche d’une mesure de grâce présidentielle dans le cadre d’un procès pour évasion fiscale de Lee Kun-hee, actuel président de Samsung. Lee Kun-hee a effectivement bénéficié d’une grâce présidentielle.

Le Comité international pour les libertés démocratiques en Corée du Sud appelle à un jugement complet de l’ancien président Lee Myung-bak  pour l’ensemble des chefs d’accusation à son encontre.

 

Mouvement #MeToo : l’ancien directeur de théâtre Lee Youn-taek condamné à 6 ans de prison

La condamnation à six ans de prison par la cour du district central de Séoul de Lee Youn-taek, ancien directeur de la troupe de théâtre de rue Yeonhee, pour des agressions sexuelles répétées sur des actrices, traduit la vigueur du mouvement #MeToo en République de Corée.

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Aussi importants que la condamnation elle-même, les attendus du jugement doivent être soulignés : non seulement ils prennent en compte l’abus de la position d’autorité de Lee Youn-taek (qui donnait des leçons à sa victime), mais ils tiennent aussi compte des circonstances des agressions sexuelles : le persécuteur n’a pas utilisé de violence et sa victime n’a pas activement protesté. Les traumatismes post-agression – notamment une dépression – ont été pris en considération dans le jugement en première instance des juges, qui ont dénoncé des actes semblables à des viols et à des agressions – tandis que Lee Youn-taek opposait un démenti.

Manifestation à Séoul pour les droits des réfugiés

Alors que l’accueil de réfugiés yéménites en République de Corée a soulevé une vague de racisme, les progressistes ont relevé la tête en organisant à Séoul, le 16 septembre 2018, une manifestation pour les droits des réfugiés, qui faisait face à une autre manifestation anti-réfugiés – attestant que ces derniers n’ont en aucun cas le monopole de l’expression publique en Corée du Sud.

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Accueillir les réfugiés quels que soient leurs origines ethniques, leurs croyances et leurs religions, conformément aux engagements internationaux de la République de Corée : tel est le message qui a été délivré par les manifestants en faveur des réfugiés le 16 septembre 2018 à Séoul. La manifestation avait été organisée, entre autres, par le Centre pour les droits des réfugiés en Corée du Sud (NANCEN), la branche coréenne d’Amnesty International et Amis de l’Asie.

Leurs mots d’ordre ont été relayés par les représentants de syndicats (dont Bong Hey-yeong, vice-président de la Confédération coréenne des syndicats – KCTU), des organisations de défense des travailleurs ainsi que d’organisations en faveur des droits des personnes LGTB et d’autres groupes sociaux minoritaires.

Des manifestants homophobes ont bloqué le premier Festival culturel queer à Incheon

Le 8 septembre 2018 était prévu à Incheon le premier Festival culturel queer. Mais 300 participants ont été bloqués pendant près de 5 heures par 1000 militants chrétiens anti-LGBT. Deux jours plus tard, les organisateurs ont dénoncé lors d’une conférence de presse le manque de préparation de la police qui aurait dû assurer la bonne organisation de la manifestation.

Les puissantes églises chrétiennes sud-coréennes font régner un climat de terreur et d’intolérance contre les personnes LGBTi : s’il n’y a pas officiellement de répression de l’homosexualité en Corée c’est tout simplement parce qu’elle ne figure dans aucun texte normatif – et le corollaire est que les violences homophobes, attestées lors du rassemblement qui s’est tenu à Incheon, ne sont pas pénalisées.

Ce n’est pas la première fois que les conservateurs homophobes attaquent les personnes LGBTi ou tentent d’empêcher leurs manifestations : alors que le dernier Festival culturel Queer à Séoul a réuni, du 13 au 22 juillet 2018, 120 000 participants, une pétition pour empêcher sa tenue et adressée à la présidence de la République avait réuni plus de 200 000 signatures, toujours à l’initiative d’églises chrétiennes protestantes.

L’attitude de l’opinion publique sur les droits des homosexuels reflète aussi un clivage générationnel : si 28,5 % des personnes interrogées soutenaient le mariage entre personnes de même sexe en 2014 (en hausse par rapport à 2010 : 16,9 %), cette proportion s’élevait à 47,7 % chez les moins de 30 ans et 7,1 % chez les plus de 60 ans.

Pour une célébrité des médias, faire ouvertement état de son homosexualité signale généralement la fin d’une carrière.

Le combat pour les droits des minorités sexuelles est, en Corée, indissociable de celui contre l’intolérance religieuse.

Stupeur et colère après l’acquittement de l’ex-gouverneur Ahn Hee-jung, accusé de viol

Ancien étoile montante du Parti démocrate au pouvoir, Ahn Hee-jung, ancien gouverneur de la province du Chungcheong du Sud, avait dû quitter la politique et présenter des excuses après avoir été accusé d’avoir violé à quatre reprises sa secrétaire, Kim Ji-eun. Or le 14 août 2018 M. Ahn a été acquitté en première instance, le tribunal ayant considéré que les allégations de Mme Kim quant à des relations sexuelles non consenties n’étaient pas suffisamment étayées. Alors que le parquet a annoncé qu’il ferait appel d’une décision qu’il juge « difficile à comprendre« , les manifestations féministes ont été relancées en République de Corée – en étant rejointes par un nombre croissant d’hommes. Lorsque le mouvement #MeToo avait gagné la Corée, au printemps 2018, le cas de l’ancien gouverneur Ahn était en effet devenu emblématique des attentes de nombreux Sud-Coréens que l’impunité devait cesser pour ceux qui ont commis des viols, alors que la plupart des victimes choisissent le silence, par peur des représailles.

En Corée du Sud, la plupart des personnes accusées de viol sont condamnées à verser de simples amendes. Beaucoup des crimes sont de surcroît commis dans un cadre hiérarchique, qui place les victimes dans une situation particulièrement déséquilibrée.

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Ces différents éléments étant réunis dans le cas du procès intenté par Kim Ji-eun à Ahn Hee-jung (poursuivi pour abus sexuels et abus sexuels commis par une personne en position d’autorité), c’est la stupeur qui a gagné les rangs des mouvements féministes (comme Femi Flame Action) à l’annonce du verdict acquittant l’ancien gouverneur Ahn, relançant les manifestations dans le pays – qui avaient réuni 70 000 personnes le 4 août dans les rues de Séoul. D’autres revendications se sont greffés sur celui des viols, notamment l’usage des caméras espions.

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Dans la très conservatrice société sud-coréenne, ceux qui soutiennent Ahn Hee-jung restent encore nombreux – d’autant qu’un acteur et un professeur d’université accusés de harcèlement sexuel se sont suicidés après avoir été mis en cause pour viol. Le gouvernement Moon Jae-in a annoncé des réformes : plan pour lutter contre le harcèlement sexuel en milieu professionnel, possibilité de dénoncer anonymement les crimes sexuels… Mais les changements tardent à se concrétiser et seront de trop faible portée sans une modification profonde des mentalités – et les manifestations y contribuent.

Sources : Le Monde, Quartz.

Par dizaines de milliers, les Coréens manifestent contre les caméras espions

Le voyeurisme à l’aide de caméras espions, dans les toilettes, les vestiaires, ou cachées dans de nombreux petits appareils du quotidien (cravates, chaussures, briquets…), sont un fléau contre lequel la société sud-coréenne se mobilise de plus en plus fortement : ils étaient dernièrement entre 20 000 (selon la police) et 70 000 (selon les organisateurs), soit 10 000 de plus que lors de la précédente manifestation mensuelle.

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Si la République de Corée a de solides habituelles patriarcales, le mouvement #MeToo y a connu un grand succès témoignant de la prise de conscience de plus en plus large de la population de la nécessité de mettre fin aux abus et de respecter les droits des femmes. Ils et elles ont ainsi choisi de manifester régulièrement contre le phénomène des caméras-espios, ou molka en coréen, en exigeant du gouvernement Moon Jae-in qu’il intervienne pour renforcer très significativement des amendes ou des peines de prison avec sursis aujourd’hui très peu dissuasives. Il en va de la dignité des femmes, Monsieur le Président !