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Des « prisonniers de conscience » en République de Corée

En juin 2016, plusieurs membres du Comité international pour les libertés démocratiques en Corée du Sud (CILD) ont visité le Sud de la péninsule : Maurice Cukierman, Gérard Halie et Nguyen Dac Nhumai, qui a rédigé l’article ci-après pour exiger la libération des prisonniers de conscience membres de l’Alliance coréenne.

Manifestation_Park-Geun-Hye_Paris_3-juin-2016

Manifestation du CILD à Paris le 3 juin 2016, pour la libération de Kim Hye-young et de tous les prisonniers politiques sud-coréens

«Un prisonnier de conscience est un prisonnier de trop » a dit Ms Daw Aung San Suu Kyi, lors de la conférence Nobel, Oslo, 16 juin 2012 concernant les détenus en Birmanie (1). En effet, en République de Corée la loi de sécurité nationale édictée depuis 1948, exerce la répression à l’égard du Parti Progressiste Unifié (PPU) et de l’Alliance coréenne. Le PPU se battant pour la démocratie et la réunification avec plus de 16% des voix aux dernières élections, a été interdit le 19 décembre 2014, et nombre de ses militants incarcérés, et menacés de lourdes condamnations pour un complot imaginaire, sur la base de témoignages de complaisance (2)

Concernant les «prisonniers de conscience» en République de Corée il serait urgent de porter à la connaissance de la communauté internationale leur situation à l’égard des principes fondamentaux relatifs au traitement des détenus en particulier sur le cas de Kim Hye-young.

Par ailleurs, le 24 juin 2016, trois membres incarcérés de l’Alliance coréenne (émanation du PPU), Han Jun-hye, Kim Kyoung-koo et Choi Min ont été libérés suite à une campagne nationale et internationale en particulier du CILD – AAFC et d’Amnesty international. Ils ont été arrêtés le 20 Décembre 2015 et maintenus en détention à Daejeon. Le tribunal de première instance les a condamnés à 1 an six mois de prison avec sursis à exécution de deux ans le 24 Juin à 2016. Tous trois ont fait la grève de la faim pendant 10 jours au détachement de sécurité de Mokcheon de la province de Chungnam.

Actuellement sont détenus les membres de l’Alliance coréenne suivants:

1-Kim Hye-young, membre du Comité organisateur du Forum International de Corée, a été arrêtée le 26 juillet 2015 et détenue au centre de détention de Seoul.- Elle souffre du cancer de la thyroïde. La cour d’appel l’a condamnée à 2 ans de prison à la date du 26 mai 2016. Dès le 26 mai 2016, elle a fait la grève de la faim jusqu’au 14 Juin 2016, après 20 jours dont 10 jours au poste de police de Namdaemun. Le 18 juin 2016 les délégués étrangers du Forum International de Corée sur la paix et la réunification, Derek Ford (USA), Gérard Halie, Maurice Cukierman et Nguyen Dac Nhu-Mai (France) sont allés la voir pendant 10 minutes et lui apporter leur solidarité.

2-Lee Sang-hun, co-président de l’Alliance coréenne, co-représentant de l’Alliance coréenne, ancien vice-président du comité de Séoul du PPU depuis 2012, a été arrêté le 23 Juillet 2015 et est détenu au centre de détention de Séoul. La cour d’appel l’a condamné à 2 ans de prison ferme le 26 mai 2016. Il a fait la grève de la faim pendant 10 jours au poste de police de Jongno et au centre de détention de Séoul. Je suis allée le voir le 21 juin pendant 10 minutes pour lui apporter notre soutien. Comme la précédente fois, toute la communication a été enregistrée.

3-Ji Young-chul, co-président de l’Alliance coréenne, ancien co-représentant et ancien représentant du Centre économique alternatif, a été arrêté le 20 octobre 2015 et est détenu au centre de détention de Séoul. – Le tribunal de première instance l’a condamné à 2 ans de prison ferme le 28 Avril 2016. Il a fait la grève de la faim pendant 10 jours au poste de police Jongno.

4-Lee Mi-sook, membre de l‘Alliance coréenne, ancienne secrétaire générale du Comité européen du DLP et Secrétaire générale du Forum international de Corée (IFC), a été arrêtée le 9 Août 2015 et est détenue au centre de détention de Séoul. La cour d’appel l’a condamnée à 2 ans de prison ferme le 26 mai 2016. (Elle a fait la grève de la faim pendant 10 jours aux postes de police Namdaemun et Seongdong Institut correctionnel).

5-Kim Dae-bong, membre de l‘Alliance coréenne, arrêté le 28 Octobre 2015 a été incarcéré à la détention de Suwon. Le tribunal de première instance l’a condamné à 1 an et 6 mois d’emprisonnement ferme le 20 mai 2016. Il a fait la grève de la faim pendant 10 jours au poste de police Nambu Suwon.

Les membres de l’Alliance coréenne incarcérés sans détention sont les suivants :

6- Kim Jeong-hee: ancienne vice-présidente du Comité Choongnam du PPU et directrice du centre Choongnam pour l’éducation et de la culture pour l’égalité des sexes. Elle a été arrêtée le 9 Août 2015 et libérée après 48 heures de garde à vue. – La cour d’appel l’a condamnée à 2 mois de prison, mais 3 ans de sursis à exécution. Elle a fait la grève de la faim pendant 48 heures au poste de police Namdaemun.

7-Kang Soon-young, ancienne rédactrice en cheffe de l’organe central du DLP, a été arrêtée le 15 Juillet 2015 et libérée après 48 heures de garde à vue. – La cour d’appel l’a condamnée à 1 an et 6 mois d’emprisonnement, mais trois années de sursis à exécution. Elle a fait la grève de la faim pendant 48 heures à la station de police Jongno.

8-Kim Dong-gwan, rédacteur en chef du journal en ligne «Journal of Progressive Workers», a été arrêté le 24 Juillet 2015 et libéré après 48 heures de garde à vue. – La cour d’appel l’a condamné à 1 an et 6 mois d’emprisonnement, mais trois années de sursis à exécution. Il a fait la grève de la faim et a coupé l’eau pendant 48 heures au poste de police Seodaemun.

9-Lee Dong-keun, ancien président du comité sur les collectivités territoriales de Choongnam, province DLP, a été arrêté le 26 Juillet 2015 et libéré après 48 heures de garde à vue. – La cour d’appel l’a condamné à 1 an et 6 mois d’emprisonnement ferme. Il a fait la grève de la faim la grève de la faim et a coupé l’eau pendant 48 heures au poste de police Seodaemun.

La situation de répression politique relative à la liberté d’expression exercée à l’encontre des membres de l’Alliance coréenne est certes intolérable. La santé de Kim Hye-young, souffrant du cancer de la thyroïde est très préoccupante car les autorités carcérales ne l’ont pas autorisée à consulter un médecin à l’extérieur pour des soins appropriés. Cet acte est contraire aux Principes fondamentaux relatifs au traitement des détenus et à ceux relatifs à l’éthique médicale élaborés par le Haut-commissariat des Nations Unies aux droits humains (3).

La communauté internationale ne devrait pas oublier les prisonniers de conscience encore incarcérés en particulier en République de Corée (cas des 9 membres de l’Alliance coréenne) comme en Iran (cas de Ms Nisria Sotoudeh), au Burundi (cas de Pierre C. Mbonimpa), aux Etats-Unis d’Amérique (cas de Ms Ana Belén Montés) et d’autres en Birmanie. Elle devrait agir pour réclamer leur libération immédiate.

Nguyen Dac Nhu-Mai, Membre du CILD et de l’AAFC

Notes
(1) S’il faut se réjouir de la libération de nombreux prisonniers politiques depuis mai 2011, plusieurs centaines sont toujours détenus dans les prisons birmanes et le nombre croissant de détentions arbitraires donne à réfléchir. Depuis janvier 2012, il y a eu au moins 200 arrestations politiquement motivées. Le gouvernement actuel utilise en effet la législation pour persécuter et intimider les personnes qui osent exprimer des opinions contraires aux intérêts de l’Etat. In http://www.info-birmanie.org/un-prisonnier-de-conscience-est-un-prisonnier-de-trop/
(2) Charles Hoareau : Condamnation de l’interdiction du Parti Progressiste Unifié en Corée du Sud . In
http://www.reveilcommuniste.fr/article-le-parti-progressiste-unifie-de-coree-du-sud-interdit-125367215.html
(3) La reproduction, en tout ou en partie, de la teneur des documents publiés dans la présente publication est autorisée. Toutefois, en pareil cas, il est demandé que mention soit faite de la source et qu’un exemplaire de l’ouvrage où sera reproduit l’extrait cité soit communiqué au Haut-commissariat des Nations Unies aux droits de l’homme, Palais des Nations Unies. Il est possible de se procurer des exemplaires du Manuel, du Guide du formateur, du Guide de poche et de la présente Compilation en s’adressant au : Haut-commissariat des Nations Unies aux droits de l’homme, Palais des Nations 8-14, avenue de la Paix 1211 Genève 10 (Suisse)

                                                                        *

Site Web : http://www.ohchr.org e-mail : publications@ohchr.orgons, 8-14, avenue de la Paix, CH-1211 Genève 10, Suisse. In
http://www.ohchr.org/Documents/Publications/training11Add1fr.pdf

18. Principes fondamentaux relatifs au traitement des détenus

5. Sauf pour ce qui est des limitations qui sont évidemment rendues nécessaires par leur incarcération, tous les détenus doivent continuer à jouir des droits de l’homme et des libertés fondamentales énoncés dans la Déclaration universelle des droits de l’homme et, lorsque l’État concerné y est partie, le Pacte international relatif aux droits économiques, sociaux et culturels, le Pacte international relatif aux droits civils et politiques et le Protocole facultatif qui l’accompagne, ainsi que de tous les autres droits énoncés dans d’autres Pactes des Nations Unies.(p.229)

9. Les détenus ont accès aux services de santé existant dans le pays, sans discrimination aucune du fait de leur statut juridique.

32. Principes d’éthique médicale applicables au rôle du personnel de santé, en particulier des médecins, dans la protection des prisonniers et des détenus contre la torture et autres peines ou traitements cruels, inhumains ou dégradants

Principe 1 : Les membres du personnel de santé, en particulier les médecins, chargés de dispenser des soins médicaux aux prisonniers et aux détenus sont tenus d’assurer la protection de leur santé physique et mentale et, en cas de maladie, de leur dispenser un traitement de la même qualité et répondant aux mêmes normes que celui dont bénéficient les personnes qui ne sont pas emprisonnées ou détenues. (p.371)

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Des parlementaires français interpellent le Gouvernement sur les droits de l’homme en Corée du Sud : la France doit condamner les atteintes aux libertés démocratiques !

Suite à la visite en France de la présidente sud-coréenne Park Geun-hye, du 1er au 4 juin 2016, plusieurs parlementaires français demandent au Gouvernement des explications sur le bilan de cette visite, notamment en ce qui concerne le respect des libertés publiques et des droits de l’homme en Corée du Sud. En particulier, les parlementaires plaident pour une intervention de la France en faveur de Kim Hye-young et Park Rae-gun, prisonniers politiques.

Christophe PrematQuestion de M. Christophe Premat, député des Français établis hors de France (groupe Socialiste, écologiste et républicain ), n°96599 publiée au Journal officiel le 14 juin 2016

M. Christophe Premat attire l’attention de M. le ministre des affaires étrangères et du développement international sur la situation de prisonniers en Corée du Sud tels que Park Rae-gun, directeur du Centre des droits de l’Homme de la République de Corée. Suite à la visite d’État de la présidente sud-coréenne en France, Park Geun-hye, la libération de ces prisonniers serait un signe positif. Un certain nombre de décisions politiques en Corée du Sud ces dernières années ont porté préjudice aux libertés syndicales et à l’expression du pluralisme politique. En 2013, l’Internationale des services publics (PSI) avait appelé ses membres à exhorter les autorités sud-coréennes à reconnaître le KGEU (Syndicat coréen des employés du gouvernement), à ne pas dissoudre le KTU (Syndicat coréen des enseignants et des travailleurs de l’éducation) et à se conformer aux recommandations de l’Organisation internationale du travail (OIT). Si les relations de tension avec la Corée du Nord ne peuvent être la seule lecture de cette situation, il aimerait savoir si le ministère entend adopter une stratégie d’influence pour contribuer à l’expression d’un pluralisme politique. Le ministère a proposé dans le passé des campagnes très efficaces sur la diplomatie des valeurs (sur la peine de mort avec une influence sur la Mongolie) et il serait judicieux de contribuer au retour de ce pluralisme en Corée du Sud.

source : questions.assemblee-nationale.fr/q14/14-96599QE.htm

Andre ChassaigneQuestion du M. André Chassaigne, député du Puy-de-Dôme (groupe Gauche démocrate et républicaine), n°96600 publiée au Journal officiel le 14 juin 2016

M. André Chassaigne attire l’attention de M. le ministre des affaires étrangères et du développement international sur les atteintes aux libertés démocratiques et la situation des prisonniers politiques en Corée-du-Sud. Suite à la visite d’État de quatre jours en France de la présidente de la République de Corée du Sud Park Geun-hye aucun élément n’a en effet été rendu public sur la situation des prisonniers politiques et des militants syndicaux en Corée du Sud et sur les atteintes aux libertés démocratiques que connaît le pays ces dernières années. L’interdiction en 2013 du Syndicat des enseignants (KTU) puis celle du principal parti de gauche en Corée du Sud, le Parti progressiste unifié (PPU) en 2014, pourtant représenté au Parlement avec près de 10 % des voix aux dernières élections législatives en 2012 accompagne une répression permanente du pouvoir contre les initiatives des organisations politiques et syndicales en faveur de la défense des droits humains fondamentaux. Le Comité international pour les libertés démocratiques en Corée du Sud a, à plusieurs reprises, dénoncé ces derniers mois en France l’accroissement de ces atteintes aux droits de l’Homme et aux libertés publiques, avec l’emprisonnement de 9 militants de l’Alliance coréenne (émanation du PPU interdit), ce qui porterait le nombre de prisonniers politiques en Corée du Sud à 57 personnes. Par ailleurs, la cour d’appel de Séoul a confirmé le 26 mai 2016 la condamnation à deux ans de prison ferme de plusieurs militants, et notamment de Kim Hye-young, une femme atteinte d’un cancer de la thyroïde qui a été arrêtée pour avoir participé à une manifestation pacifique. Comme le dénonce l’ONG Amnesty International, « alors qu’elle a développé des troubles mentaux en détention, elle observe une grève de la faim et les autorités continuent de refuser qu’elle bénéficie de soins médicaux à l’extérieur de la prison ». Le 7 juin 2016, alors qu’elle entame son 13ème jour de grève de la faim sans bénéficier des soins auxquels elle a droit selon les règles minima des Nations-Unies pour le traitement des détenus, d’autres prisonniers politiques viennent d’annoncer une grève de la faim illimitée afin d’exiger la libération de Kim Hye-young et le respect des droits humains et politiques en Corée du Sud. Aussi, il apparaît indispensable que la France, fidèle à sa tradition de défense des droits de l’Homme, cesse son mutisme face à cette situation et retrouve le chemin d’une action diplomatique résolue en faveur du respect des droits de l’Homme et des libertés publiques et politiques en Corée du Sud. Il souhaiterait donc connaître les engagements que compte prendre rapidement M. le Ministre en ce sens, et d’abord en faveur de la libération urgente de Mme Kim Hye-young.

source : questions.assemblee-nationale.fr/q14/14-96600QE.htm

Jean-Luc LaurentQuestion de M. Jean-Luc Laurent, député du Val-de-Marne (groupe Socialiste, écologiste et républicain), n°96601 publiée au Journal officiel le 14 juin 2016

M. Jean-Luc Laurent interroge M. le ministre des affaires étrangères et du développement international sur les relations franco-coréennes. La visite d’État de la présidente de Corée du Sud en France du 1er au 4 juin 2016, à l’occasion de la célébration des 130 ans de relations diplomatiques entre la France et la Corée du Sud, intervient dans un contexte de vives tensions entre les deux Corées : la zone industrielle de Kaesong ayant été fermée au mois de février 2016. Cette zone où des entreprises sud-coréennes employaient des ouvriers nord-coréens représentait un symbole fort et solitaire de coopération entre les deux pays. 63 ans après le cessez-le-feu, la péninsule coréenne reste une zone de tensions extrêmes dont la déstabilisation pourrait avoir des conséquences non seulement pour l’ensemble des acteurs ayant des intérêts économiques, politiques et militaires directs (la Chine, les États unis d’Amérique, le Japon) mais aussi pour le monde entier. Malgré la crise nord-coréenne et la montée des tensions régionales en Mer de Chine, la Corée du Sud reste l’une des économies les plus dynamiques de la région. Il aimerait connaître le bilan que le Gouvernement fait de cette visite d’État et les perspectives de renforcement des relations bilatérales entre la France et la Corée du Sud.

source : questions.assemblee-nationale.fr/q14/14-96601QE.htm

Cecile CukiermanQuestion de Mme Cécile Cukierman, sénatrice de la Loire (groupe Communiste, républicain et citoyen), n°22339 publiée au Journal officiel le 16 juin 2016.

Mme Cécile Cukierman attire l’attention de M. le ministre des affaires étrangères et du développement international sur les atteintes aux libertés démocratiques et la situation des prisonniers politiques en Corée du Sud. Suite à la visite d’État de quatre jours en France en juin 2016 de la présidente de la République de Corée du Sud, aucun élément n’a en effet été rendu public sur la situation des prisonniers politiques et des militants syndicaux en Corée du Sud et sur les atteintes aux libertés démocratiques qu’a connues le pays ces dernières années. L’interdiction en 2013 du syndicat des enseignants (KTU) puis celle du principal parti de gauche en Corée du Sud, le parti progressiste unifié (PPU) en 2014, pourtant représenté au Parlement avec près de 10 % des voix aux dernières élections législatives en 2012, accompagnent une répression permanente du pouvoir contre les initiatives des organisations politiques et syndicales en faveur de la défense des droits humains fondamentaux. Le comité international pour les libertés démocratiques en Corée du Sud a, à plusieurs reprises, dénoncé ces derniers mois en France l’accroissement de ces atteintes aux droits de l’homme et aux libertés publiques, avec l’emprisonnement de neuf militants de l’alliance coréenne (émanation du PPU interdit), ce qui porterait le nombre de prisonniers politiques en Corée du Sud à 57 personnes. Par ailleurs, la cour d’appel de Séoul a confirmé le 26 mai 2016 la condamnation à deux ans de prison ferme de plusieurs militants, et notamment d’une femme atteinte d’un cancer de la thyroïde qui a été arrêtée pour avoir participé à une manifestation pacifique. Comme le dénonce l’organisation non gouvernementale Amnesty international, « alors qu’elle a développé des troubles mentaux en détention, elle observe une grève de la faim et les autorités continuent de refuser qu’elle bénéficie de soins médicaux à l’extérieur de la prison ». Le 7 juin 2016, alors qu’elle entamait son treizième jour de grève de la faim sans bénéficier des soins auxquels elle a droit selon les règles minima des Nations unies pour le traitement des détenus, d’autres prisonniers politiques ont annoncé une grève de la faim illimitée afin d’exiger sa libération et le respect des droits humains et politiques en Corée du Sud. Aussi, il apparaît indispensable que la France, fidèle à sa tradition de défense des droits de l’homme, cesse son mutisme face à cette situation et retrouve le chemin d’une action diplomatique résolue en faveur du respect des droits de l’homme et des libertés publiques et politiques en Corée du Sud. Elle souhaiterait donc connaître les engagements qu’il compte prendre rapidement en ce sens, et d’abord en faveur de la libération urgente de cette opposante.

source : http://www.senat.fr/questions/base/2016/qSEQ160622339.html

Michel BilloutPar ailleurs, M. Michel Billout, sénateur de Seine-et-Marne (groupe Communiste, républicain et citoyen), a adressé le 13 juin 2016 une lettre au ministre des Affaires étrangères et du Développement international, Jean-Marc Ayrault :

Monsieur le Ministre,

Mme Park Geun-hye, Présidente de la République de Corée était en visite officielle en France, dans le cadre des années croisées France-Corée.

L’occasion, peut-on lire dans un communiqué émanant de votre ministère de « renforcer les liens entre nos deux pays dans tous les domaines, tant politique, qu’économique et culturel. » (…) « Cette visite d’État permettra de renforcer la coopération sur les questions de politique, étrangère, notamment la lutte contre le terrorisme, la contribution à la paix et au développement en Afrique et au Moyen-Orient. Ils aborderont également la situation en Corée du Nord et en particulier la question de la prolifération nucléaire et des droits de l’Homme. »

Sur ce dernier sujet, je souhaiterais savoir si vous avez évoqué , lors de votre entretien avec la Présidente de la République de Corée, la dégradation de la situation des droits de l’Homme dans son propre pays. La répression des opposants s’est en effet intensifiée depuis l’élection de M. Lee Myung-bak à la présidence de la République en décembre 2007. Les médias et les syndicats de travailleurs ont été les premiers visés et, dans le cas des médias, particulièrement les syndicats de journalistes.

La remise en cause des libertés démocratiques s’est ensuite accrue avec l’élection de Mme Park Geun-hye, en décembre 2012, avec une forte ingérence des services de renseignement sud-coréens, en s’étendant aux partis politiques – jusqu’à l’interdiction du Parti progressiste unifié (PPU). Douze militants de l’Alliance coréenne , émanation du PPU interdit, sont actuellement en prison en Corée du Sud, portant le nombre de prisonniers politiques à 60 dans le Sud de la péninsule coréenne.

Le dirigeant de la principale centrale syndicale sud-coréenne, la KCTU, est également prisonnier des geôles sud-coréennes. Son « crime » est d’avoir organisé les manifestations de masse les plus importantes qu’aient connues la Corée du Sud en un quart de siècle. Ce pays détient le record mondial du nombre d’objecteurs de conscience emprisonnés, comme l’a condamné Amnesty International dans un rapport de 2015. Plusieurs d’entre eux ont déjà obtenu l’asile politique dans le monde, le premier d’entre eux ayant été Lee Yeda en France.

Dernièrement, les tentatives de démantèlement du Code du travail en Corée du sud, la précarisation des travailleurs et les coups portés au syndicat des enseignants ont pour toile de fond l’adoption d’une nouvelle loi antiterroriste, adoptée le 3 mars, qui s’ajoute à la loi de sécurité nationale comme outil de répression des oppositions politiques et syndicales. Intimidations de la presse, restrictions de la liberté de manifestation, censure d’Internet, arrestations arbitraires – dont celle du militant historique des droits de l’homme Park Rae-gun, coupable d’avoir défendu les familles des victimes du naufrage du ferry « Sewol ». Les signes de la dérive autoritaire à l’œuvre à Séoul se multiplient, dans l’indifférence des capitales occidentales soucieuses de développer les échanges économiques et commerciaux avec la Corée du Sud.

A ce titre, je n’ignore pas que les liens économiques entre nos deux pays sont particulièrement forts. La Corée se situe en effet au 5ème excédent global de la France.

Pour autant, je souhaite savoir si la France a porté, dans ces échanges, le sujet des nombreuses atteintes aux droits de l’homme et aux libertés démocratiques dont les autorités sud-coréennes sont coupables et la nature des engagements éventuellement obtenus.

Dans cette attente, je vous prie de croire, Monsieur le ministre, en l’expression de mes salutations les plus distinguées.

source : www.michelbillout.fr/activite-des-senateurs/les-courriers-officiels/article/droits-de-l-homme-en-coree-du-sud-la-france-doit-condamner-les-atteintes-aux

Répression politique et antisyndicale : témoignage à Paris

jin-yongha_yang-goeun_alliance-coréenne_libertés-syndicalesLe 21 mai 2016, le Comité international pour les libertés démocratiques en Corée du Sud (CILD) a organisé une rencontre à Paris, dans le sixième arrondissement, avec deux militants sud-coréens : JIN Yongha, secrétaire général de l’Association des travailleurs, et YANG Goeun, co-présidente de l’Alliance coréenne pour la réunification indépendante et la démocratie. Ils ont témoigné de la répression politique et antisyndicale en cours dans le Sud de la péninsule coréenne, faisant ainsi ressortir le besoin urgent de développer la solidarité avec les militants pour les libertés démocratiques en Corée du Sud.

Après avoir dressé un rappel des conditions historiques du combat politique et syndical en République de Corée (Corée du Sud), dans le contexte d’une division de la péninsule coréenne et d’une présence militaire américaine ininterrompue depuis le déclenchement de la guerre de Corée en 1950, Jin Yongha, lui-même poursuivi par la justice de son pays en tant que militant syndical, a souligné que la répression s’était intensifiée avec l’élection du conservateur Lee Myung-bak à la présidence de la République en décembre 2007. Les médias et les syndicats de travailleurs ont été les premiers visés (et, dans le cas des médias, les syndicats de journalistes). La remise en cause des libertés démocratiques s’est ensuite accrue avec l’élection de Mme Park Geun-hye, en décembre 2012, avec une forte ingérence des services de renseignement sud-coréens, en s’étendant aux partis politiques – jusqu’à l’interdiction du Parti progressiste unifié. Les tentatives de démantèlement du Code du travail, la précarisation des travailleurs et les coups portés au syndicat des enseignants ont pour toile de fond l’adoption d’une nouvelle loi antiterroriste, qui s’ajoute à la loi de sécurité nationale comme outil de répression des oppositions politiques et syndicales.

En mai 2016, on compte 57 prisonniers politiques en Corée du Sud, et en 2015 plus de 10 millions de communications (sous forme de méls, d’appels téléphoniques ou de SMS) ont été interceptées par les services de renseignement (NIS). M. Jin Yongha a lui-même fait l’objet d’une surveillance au titre de ses communications à 22 reprises.

Mme Yang Goeun a apporté des détails sur la répression spécifique qui s’abat contre l’Alliance coréenne, dont l’autre co-président est actuellement sous mandat d’arrêt. 9 militants de l’Alliance coréenne sont actuellement en prison ou en détention provisoire. Un militant a été libéré après sa condamnation. 32 autres sont dans l’attente d’un jugement. Dès qu’ils sont arrêtés (la détention provisoire est limitée à 48 heures en Corée du Sud), les militants de l’Alliance coréenne engagent une grève de la faim et refusent de parler – car tout ce qu’ils disent pourrait être retenu contre eux. Ils ont engagé des manifestations à une personne, qu’autorise la réglementation en Corée du Sud sans déclaration préalable, mais celles-ci donnent désormais lieu à des arrestations et des placements en détention provisoire par les forces de l’ordre. Des actions similaires sont conduites à l’étranger, avec une manifestation de l’Alliance coréenne devant la Maison blanche américaine depuis 180 jours. Enfin, les médias liés à l’Alliance coréenne – notamment le journal en ligne Minjok Ilbo – sont frappés par la répression.

Dans ce contexte, le combat pour les libertés démocratiques doit être mené en permanence – notamment par la distribution de tracts et avec le soutien d’autres organisations et de pasteurs progressistes.

Le CILD appelle toutes les hommes et les femmes sincèrement attachés aux libertés démocratiques et à la justice à rejoindre le camp de la solidarité avec les travailleurs et les militants emprisonnés en Corée du Sud, dans la continuité des actions menées depuis plus d’un an, à l’instar de la manifestation place du Châtelet, à Paris, le 2 avril 2016, pour l’abrogation de la loi « antiterroriste » sud-coréenne et la libération des prisonniers politiques, de la pétition lancée en août 2015 pour la libération du militant des droits de l’homme Park Rae-gun qui défend les familles des victimes du naufrage du ferry Sewol, et pour le rétablissement du Parti progressiste unifié, interdit dans des conditions iniques en décembre 2014.

Contre la loi antiterroriste, pour la libération des prisonniers politiques en Corée du Sud : le CILD a manifesté à Paris

Le 2 avril 2016, à l’appel du Comité international pour les libertés démocratiques en Corée du Sud (CILD) une manifestation a été organisée place du Châtelet, à Paris, pour exiger le retrait de la loi antiterroriste en République de Corée (Corée du Sud) et la libération de tous les prisonniers politiques détenus dans le Sud de la péninsule.

Il y a un mois, dans la nuit du 2 au 3 mars 2016, la loi antiterroriste était adoptée en Corée du Sud : alors que la menace terroriste est inexistante en Corée, les attentats du 13 novembre 2015 à Paris ont servi de prétexte à l’adoption d’un nouveau texte qui vise, une fois encore, à renforcer les pouvoirs de la sinistre Agence nationale de renseignement (acronyme anglais, NIS), héritière directe de services de renseignement parmi les plus brutaux au monde qui ont tué des milliers d’opposants. Comme l’a souligné le professeur Jean Salem, président du CILD, le NIS est le bras armé des conservateurs pour restreindre les libertés publiques en ciblant l’ensemble des opposants, politiques comme syndicaux. C’est le NIS au pouvoir qui est intervenu massivement en faveur des conservateurs au pouvoir pour favoriser l’élection de la Présidente Park Geun-hye. C’est encore le NIS qui a fabriqué le procès truqué ayant conduit à l’emprisonnement du député Lee Seok-ki puis à l’interdiction du Parti progressiste unifié, principal parti de gauche, en décembre 2014. C’est encore et toujours le NIS qui est à la manoeuvre dans les poursuites contre le dirigeant de la KCTU, sur fond de dérive sécuritaire et austéritaire : il ne fait pas bon, en Corée du Sud, critiquer les réformes visant à déréglementer le marché du travail, ou tendant encore à instaurer un révisionnisme historique afin de présenter sous un jour favorable dans les manuels scolaires la dictature militaire de Park Chung-hee, père de l’actuelle présidente Mme Park Geun-hye. Et c’est bien le NIS, dont les mains sont tachées de sang, auquel la loi antiterroriste donne des pouvoirs exorbitants aux règles de base d’une démocratie, sur la base d’une définition de ce qu’est le terrorisme particulièrement floue et imprécise, pour s’adapter aux besoins répressifs d’un pouvoir autoritaire.

Après le professeur Jean Salem, Olivier Bouchard est intervenu au nom du collectif SOLIDA (Solidarité pour la Liberté et la Démocratie en Asie), à l’origine des manifestations en France contre la révision de l’article 9 de la Constitution japonaise qui autorise, pour la première fois depuis 1945, le déploiement de troupes japonaises dans des combats en dehors de l’archipel. Les conditions dans lesquelles ce texte a été adopté, à rebours de la volonté pacifiste d’une majorité de Japonais, témoigne de la convergence des luttes pour la paix et la démocratie en Corée du Sud et au Japon.

Lee Jihye, militante de l’Alliance coréenne, a ensuite témoigné de la répression féroce qui s’est abattue contre son organisation, que le CILD a soutenue dès le début dans son combat pour la liberté d’expression, la démocratie et les droits de l’homme : huit militants de l’Alliance coréenne sont toujours en prison, quand d’autres doivent se cacher. Des portraits géants des militants de l’Alliance coréenne derrière les barreaux étaient d’ailleurs brandis, pour exiger la libération de tous les prisonniers politiques en Corée du Sud qui détient le triste record des peines d’emprisonnement parmi les plus longues au monde : à Séoul en avril-mai 2015, Jean Salem avait rencontré des prisonniers politiques qui ont été torturés et ont croupi dans les geôles de Séoul pendant parfois plus de quarante ans.

Patrick Kuentzmann, secrétaire général de l’Association d’amitié franco-coréenne, a ensuite témoigné comment la vindicte des autorités sud-coréennes s’abat également sur les citoyens d’autres pays qui s’obstinent à ne penser droit, lui-même ayant été expulsé et interdit de séjour en Corée du Sud au motif que ses activités, pourtant conduites dans un cadre entièrement pacifique et légal, constitueraient une menace pour la sécurité de l’Etat sud-coréen.

Opportunisme par rapport aux victimes d’attentats terroristes bien réels pour réprimer toute opposition au nom d’une menace terroriste qui n’existe pas dans leur pays, multiplication des emprisonnements d’opposants, les autorités sud-coréennes dévoilent leur vrai visage : celui d’un régime autoritaire que continuent pourtant de courtiser des dirigeants occidentaux dont le silence face aux atteintes aux droits de l’homme en Corée du Sud est synonyme de complicité. Pour ces gouvernements, les contrats avec les firmes sud-coréennes et les profits semblent bien valoir davantage que la vie et la liberté des opposants sud-coréens.

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Après la libération de Nam Chang-woo, le combat continue contre la loi de sécurité nationale, pour la libération des militants progressistes emprisonnés en Corée du Sud

Le 3 décembre 2015, le Comité international pour les libertés démocratiques en Corée du Sud (CILD) a reçu le témoignage suivant des militants de l’Alliance coréenne, membres du Parti progressiste unifié interdit il y a un an sur la base d’un procès contraire aux règles démocratiques. Ce message prouve l’importance de la solidarité internationale pour obtenir la libération de tous les prisonniers d’opinion emprisonnés en Corée du Sud, alors que nous apprenons l’excellente nouvelle de la libération de Nam Chang-woo.

Le 1er décembre [2015] Han Jun-hye, Kim Kyoung-koo, Choi Min-who, anciens membres du Parti progressiste unifié (PPU), ont manifesté pacifiquement devant l’ambassade américaine à Séoul, en Corée du Sud.

C’était le jour anniversaire de l’adoption de la loi de sécurité nationale (LSN). Cette loi porte atteinte à la liberté d’expression des Sud-Coréens. C’est en son nom que Han, Kim et Choi ont passé près de quatre mois en prison, et à cause d’elle qu’ils ont été recherchés pendant quatre mois avec pour motif d’avoir enfreint la LSN.

Ils ont été placés en garde à vue pendant 48 heures. Leurs familles, d’anciens membres du PPU, de l’Alliance coréenne et de nombreux progressistes ont manifesté jour et nuit devant la station de police de Yongsan, à Séoul, pour exiger leur libération immédiate.

Finalement, et heureusement, après 48 heures de détention, ils ont tous été libérés.

En outre, le 18 novembre 2015, Nam Chang-woo, ancien président de l’organisation de jeunesse de Choongnam du PPU, a été libéré après 196 jours de détention. Il avait été arrêté le 6 mai 2015, au motif d’avoir enfreint la LSN.

Sa libération signifie que pour la justice ses activités ne constituent pas une menace à la sécurité de l’Etat, ce qui est une évidence.

Tous luttent chaque jour pour la libération des autres membres de l’Alliance coréenne qui sont toujours emprisonnés.

Quel que soit leur combat judiciaire dans l’attente du jugement final, ils ne pourront pas être libérés sans la lutte. Cela montre combien la LSN est surannée et que le régime sud-coréen l’utilise à des fins de répression politique.

Il est évident que les autorités gouvernementales répriment largement les mouvements progressistes. En effet, le 5 décembre aura lieu le second mouvement populaire de lutte à Séoul. Lors de la première journée de lutte, plus de 100 000 travailleurs, paysans et citoyens se sont rassemblés à Séoul, demandant la démission de la présidente Park Geun-hye. C’est pourquoi elle craint le pouvoir du peuple.

« Corée du Sud. Ci-gît la liberté d’opinion » (Lina Sankari, « L’Humanité »)

Alors que François Hollande arrivait en République de Corée (Corée du Sud), le quotidien L’Humanité a publié, le 4 novembre 2015, un article de Lina Sankari intitulé « Corée du Sud. Ci-gît la liberté d’opinion » dénonçant le silence des autorités françaises sur les atteintes de plus en plus graves aux droits de l’homme commises au Sud de la péninsule, alors qu’au contraire des initiatives ont été prises par plusieurs parlementaires et anciens parlementaires communistes français. Nous reproduisons ci-après l’article de Lina Sankari, qui fait non seulement référence au Comité international pour les libertés démocratiques en Corée du Sud, mais reprend aussi nos analyses et relaie nos combats. Alors, une question : jusqu’à quand, Monsieur le Président de la République, pourrez-vous prétendre que vous ne saviez pas ? Le CILD attend toujours une réponse à son courrier au chef de l’Etat  demandant la libération du militant des droits de l’homme Park Rae-gun.

François Hollande entame aujourd’hui une visite à Séoul pour lancer l’année croisée France-Corée. Demandera-t-il des comptes à son homologue sur la sévère répression qui frappe militants politiques et syndicaux ?

Il y aura d’un côté le faste et 
les célébrations, de l’autre, l’ombre des progressistes qui croupissent en prison. Un mois après le lancement de l’année croisée France-Corée qui marque le 130e  anniversaire de l’établissement des relations diplomatiques, le président Hollande se rend aujourd’hui en Corée du Sud. Selon l’Élysée, l’objectif de ce déplacement est de relancer le partenariat avec l’une des plus grandes économies numériques de la planète où la France réalise son quatrième excédent commercial global. Au cœur de la douzième puissance mondiale, qui reste un allié sans faille de Washington, le président français devrait évoquer la COP21 et la situation en Corée du Nord avec son homologue Park Geun-hye. Il y a, en revanche, fort à parier qu’il ne fera aucun cas du sort des militants politiques ou syndicaux qui subissent la répression du pouvoir.

Dictature et émergence des conglomérats

Park Geun-hye, qui se rêve en hybride coréen de Margaret Thatcher et Angela Merkel ou répond volontiers au surnom de « Dame de fer », semble déterminée à en finir avec l’opposition de gauche. Pour fêter le premier anniversaire de son accession à la Maison-Bleue, la présidence sud-coréenne, il y a un an, la fille de l’ancien dictateur Park Chung-hee a interdit le Parti progressiste unifié (coalition de patriotes de gauche, de communistes, de progressistes sociaux-démocrates et de syndicalistes) et déchu de leurs droits ses treize parlementaires. En décembre 2013 toujours, la police pénètre violemment dans les locaux du puissant syndicat KCTU, à la recherche d’adhérents de l’Union coréenne des chemins de fer contre lesquels l’exécutif a lancé un mandat d’arrêt. Le Syndicat des enseignants (KTU) est interdit le même mois. Si, pendant la campagne électorale, la présidente avait été obligée de présenter ses excuses aux opposants politiques, victimes du régime autoritaire de son père, elle semble aujourd’hui développer une certaine idée du capitalisme autoritaire en pourchassant les progressistes au nom d’une loi sur la sécurité… datée de 1948, élaborée sous la dictature. Cette dernière assume d’ailleurs l’héritage économique de son père qui ouvrit le pays aux exportations. Un essor qui justifia alors la dictature et favorisa l’émergence des conglomérats (chaebols).

Le secrétaire général de l’Alliance coréenne arrêté

Le 28 octobre, Kim Dae-bong, le secrétaire général de l’Alliance coréenne (émanation du Parti progressiste unifié), a ainsi été arrêté alors qu’il manifestait devant le centre de rétention de Séoul pour apporter son soutien à ses camarades détenus. Dans un appel adressé au ministre des Affaires étrangères Laurent Fabius, le sénateur communiste Michel Billout, l’eurodéputée Marie-Christine Vergiat et Francis Wurtz en sa qualité d’eurodéputé honoraire demandaient la libération immédiate des militants. « Plusieurs dizaines d’entre eux sont pourchassés, une quinzaine est retenue en détention depuis la fin de l’été, près de la capitale. Parmi eux, un député et une femme atteinte de cancer qui se voit refuser de suivre son traitement. Un mouvement de grève de la faim a été entamé par certains d’entre eux, pour protester contre leurs conditions de détention et les atteintes aux libertés. » Le Comité international pour les libertés démocratiques en Corée du Sud, animé par le philosophe Jean Salem et l’économiste Samir Amin, dénonce également les atteintes au droit fondamental et les conditions dans lesquelles le Parti progressiste unifié (PPU) a été interdit. « Il n’est reproché au PPU, et encore moins prouvé, aucun acte délictuel concret, mais seulement de développer des thèses de tendance socialiste, qui, de ce fait, seraient la preuve d’une obédience à la République populaire démocratique de Corée (Corée du Nord). » Un délit d’opinion qui, aux yeux du pouvoir sud-coréen, est justifié par le fait que le pays est techniquement toujours en guerre avec son voisin septentrional (la guerre de Corée a pris fin en 1953 avec un simple cessez-le-feu et non un traité d’armistice). On appréciera que toute idéologie progressiste soit associée à une marque de filiation idéologique avec le régime de Pyongyang.

Les autorités sud-coréennes s’acharnent sur Kim Dae-bong, secrétaire général de l’Alliance coréenne

Le 28 octobre 2015, 9h33 : alors qu’ils manifestaient devant l’ambassade américaine à Séoul, plusieurs militants sud-coréens de l’Alliance coréenne ont été emmenés de force par des hommes en civile de la police sud-coréenne, sous les yeux de plusieurs témoins éberlués – dont un chauffeur de taxi.

Si la plupart ont été libérés après 48h (durée maximale de la garde à vue), le secrétaire général de l’Alliance coréenne, Kim Dae-bong, est pour sa part, à l’heure où nous écrivons ces lignes, toujours détenu dans la sinistre prison de Dongdaemun, célèbre pour avoir été le théâtre de tortures par les forces d’occupation japonaise, puis pendant la dictature militaire sud-coréenne. L’Alliance coréenne a organisé en riposte une manifestation permanente à une personne.

Le motif est toujours le même : infraction à la loi de sécurité nationale, prétexte à la répression des forces de gauche et de tous les opposants en Corée du Sud depuis près de 70 ans et, auparavant, par le régime colonial japonais.

Le fait que ce soit le secrétaire général de l’Alliance coréenne qui soit visé ne surprend guère : la répression est ciblée sur les dirigeants de l’opposition, afin de la paralyser définitivement.

Le Comité international pour les libertés démocratiques en Corée du Sud réaffirme solennellement son appel à libérer tous les militants pour la démocratie emprisonnés en Corée du Sud, à abroger la loi de sécurité nationale et à rétablir le Parti progressiste unifié interdit en décembre 2014 à l’issue d’un procès qui n’a été qu’une farce judiciaire.