Pratiques antisyndicales : perquisitions judiciaires dans les bureaux de Samsung Electronics

Le groupe Samsung, qui représente près d’un quart du PIB sud-coréen, est également emblématique des atteintes aux droits des travailleurs en République de Corée et de la collusion de certains milieux d’affaires avec les conservateurs. La visite en France, fin 2016, d’une délégation des travailleurs de Samsung, avec le soutien du Comité international pour les libertés démocratiques en Corée du Sud (CILD), avait ainsi mis en lumière la politique d’obstruction du groupe pour faire reconnaître les leucémies dont sont victimes ses salariés comme des maladies professionnelles, les persécutions à l’encontre des travailleurs tentant de créer des syndicats indépendants en combinant, pêle-mêle, licenciements, procès, mises sur écoute et filatures et achat du silence des médias, tout comme les pratiques honteuses de Samsung vis-à-vis de ses sous-traitants. Mais la révolution des bougies, qui a conduit à chasser du pouvoir la très autoritaires Park Geun-hye, a eu également des effets sur le conglomérat sud-coréen, avec la condamnation à 5 ans de prison, en août 2017, de Lee Jae-yong, dirigeant de fait du groupe familial, dans le cadre du scandale Choi Soon-sil ayant éclaboussé Park Geun-hye – l’une et l’autre condamnées depuis à des peines de plus de 20 ans de prison. Une nouvelle étape dans le refus de l’impunité patronale vis-à-vis du libre exercice de l’activité syndicale a été franchie avec des perquisitions, début avril 2018, dans deux bureaux régionaux de service après-vente de Samsung Electronics (l’un des fleurons du groupe). Comme l’a précisé l’agence sud-coréenne Yonhap, ces perquisitions ont eu lieu « dans le cadre d’une enquête sur des allégations selon lesquelles le groupe Samsung a cherché à empêcher l’établissement de syndicats au sein de ses filiales« .

Urging full probe into Samsung''s alleged union sabotage

Rassemblement devant le siège du parquet, à Séoul, pour soutenir l’enquête sur les pratiques antisyndicales au sein de Samsung

Plusieurs milliers de pages de documents ont été saisies pour déterminer l’étendue des pratiques visant à empêcher la constitution de syndicats à Samsung – alors que la répression antisyndicale à Samsung est un secret de polichinelle, notamment depuis que la députée et ancienne candidate à l’élection présidentielle, Sim Sang-jung (Parti de la justice, social-démocrate), avait révélé, en 2013, un rapport interne au groupe, datant de 2012, précisant les directives à suivre pour empêcher la constitution de syndicats.

La perquisition d’avril 2018 a pris place dans le contexte de l’accélération des enquêtes visant l’ancien président conservateur sud-coréen Lee Myung-bak. Selon l’agence Yonhap,

Ces documents ont été saisis au cours de perquisitions dans deux locaux de Samsung Electronics dans le cadre d’une enquête sur des soupçons d’après lesquels la société a payé des frais judiciaires au nom d’une société dont l’ancien président Lee Myung-bak est soupçonné d’être le réel patron.

La nature du plan d’action syndical, qui a conduit à des abus ayant mené au suicide d’un salarié, a ainsi été précisée par Lina Sankari, dans un article publié par L’Humanité :

Les enquêteurs ont ainsi saisi documents et disques durs permettant de prouver que l’entreprise a mis sur pied une stratégie coordonnée de répression de l’activité syndicale en son sein. Selon les procureurs, Samsung disposerait d’un « plan » destiné à entraver la création et le fonctionnement des syndicats. La semaine dernière, une perquisition du même type avait eu lieu au siège du conglomérat à Suwon. Interrogés par la justice, des dirigeants syndicaux ont confirmé que des abus graves de l’encadrement avaient conduit au suicide d’un employé en 2013.

Alors que le harcèlement sur les salariés et leurs familles pour empêcher toute action syndicale concerne également les entreprises approvisionnant les sociétés du groupe (en menaçant d’annuler leurs commandes si des syndicats se créaient en leur sein), un espoir nouveau se lève pour que la justice condamne les pratiques illégales du conglomérat – ce qui marquerait un changement de cap, après l’abandon par le Parquet, en 2015, des poursuites engagées à l’initiative de salariés syndiqués du groupe, appartenant à la société Samsung Everland Inc.

 

 

Publicités

Un employé militaire détenant des livres nord-coréens reconnu non coupable

C’est la fin d’un marathon judiciaire qui aurait duré 6 ans, depuis mars 2012 : un employé du ministère de la Défense de la République de Corée, M. Kang, a été reconnu non coupable, après avoir été mis en cause parce qu’il possédait des ouvrages publiés en Corée du Nord (notamment des écrits relatifs aux idées du Juche, l’idéologie directrice du pays).

detention-de-livres-nord-coreens_loi-de-securite-nationale_acquittement_coree.jpg

En première instance et en appel, M. Kang, qui avait déclaré détenir ces ouvrages pour préparer son entrée à l’Université des études nord-coréennes, avait été déclaré non coupable. Mais il aura fallu l’épuisement des voies de recours et un jugement de la Cour suprême pour qu’il soit reconnu définitivement non coupable de violation de la loi de sécurité nationale, après six années de procédure.

Si l’issue judiciaire doit être saluée dans l’intérêt de M. Kang, elle n’en témoigne pas moins du caractère inique et arbitraire de la loi de sécurité nationale, héritage de la dictature militaire dont les ONG de défense des droits de l’homme continuent d’exiger l’abrogation.

« Jamais nous ne l’oublierons » : manifestation des Coréens de France au 4e anniversaire du naufrage du « Sewol »

Le 16 avril 2014, le ferry Sewol – un navire hors d’âge – coulait sur le trajet entre Incheon et Jeju : 304 des 476 passagers sont morts, traduisant un désastre des opérations de sauvetage, sur lequel les autorités sud-coréennes doivent encore la vérité aux victimes, à leurs familles et aux citoyens. Quatre ans plus tard, pour ne pas oublier et faire éclater la vérité, les Coréens de France réunis dans le collectif 416 Global network_Paris ont manifesté place de la République, à Paris, le 15 avril 2018. Nous revenons ci-après en images sur cette manifestation, qu’a soutenue le Comité international pour les libertés démocratiques en Corée du Sud (CILD).

manifestation_164-global-network_paris_sewol

manifestation_sewol_verite_coreensmanifestation_place-de-la-republique_15-avril-2018_coreemanifestation_naufrage-du-ferry-sewol_crime_etat

« Break of day », ou le douloureux récit des adolescentes coréennes pratiquant l’IVG

Dans un article publié sur Asialyst le 28 mars 2018, Gwenaël Germain a interrogé Kim Kyoung-ju, la réalisatrice de Break of Day, qui a rappelé que l’interruption volontaire de grossesse (IVG) reste strictement limitée en République de Corée (Corée du Sud) et n’est possible (en pratique, pas en droit) pour les adolescentes mineures que si elles viennent accompagnées d’un adulte qui signe pour elles – ce qui est s’avère complexe, dans la très conservatrice société sud-coréenne où la vente de préservatifs sur Internet est réservée aux adultes.  Ce film sort en salles au moment où les mouvements pour la légalisation de l’IVG gagnent en puissance, alors qu’officiellement l’avortement n’est possible que dans les cas limitativement énumérés de « violences sexuelles« , et pour les femmes majeures.

break-of-day_kim-kyoung-ju_avortement_corée-du-sud

Une chambre d’auberge glauque, sans même un lit, une jeune fille attendant sous la pluie le visage caché sous un imperméable, et enfin un étudiant en médecine qui pratique l’IVG clandestinement, moyennant finances, pour des adolescentes… le décor est planté et traduit les conditions dans lesquelles se pratique l’avortement pour les mineures en Corée du Sud. Car s’il est possible de réaliser des IVG dans les cliniques privées (la pratique étant plus libérale que la loi) pour les adultes, les obstacles sont multiples pour les adolescentes, comme l’observe la réalisatrice Kim Kyoung-ju :

En fait, j’ai pensé à faire ce film en découvrant dans la presse qu’une adolescente avait accouchée dans des toilettes publiques, avant d’abandonner son nourrisson. En réalisant ce film, je voulais questionner la façon dont la société coréenne se préoccupe de la santé sexuelle des mineurs. En Corée du Sud, il est compliqué pour les adolescents d’acheter des préservatifs : les sites Internet qui en vendent sont restreints aux adultes et c’est la même chose pour les sites qui permettent de se renseigner. Les Coréens sont assez conservateurs. Beaucoup pensent que les préservatifs ne devraient pas se trouver entre les mains des jeunes. En en limitant leur accès, ils pensent protéger la jeunesse. Or, on sait aujourd’hui que cette soit-disant « protection » de la jeunesse est contre-productive. Du coup, les jeunes ne se protègent pas du tout. Et puis, j’ai choisi de parler de l’avortement des adolescentes parce qu’il reste totalement illégal en Corée du sud. Malgré l’interdiction, il est possible pour les adultes de se faire avorter dans des cliniques privées. Mais c’est beaucoup plus compliqué pour les mineures. Si une adolescente tombe enceinte, tout le fardeau lui revient. Elle doit se débrouiller seule. Je voulais faire un film qui raconte cela.

Au-delà de la mise en cause du conservatisme social, c’est aussi un message social qu’a voulu délivrer Kim Kyung-ju, à l’intention des adolescentes ayant des relations sexuelles non protégées :

L’idée de base, c’est que le personnage principal a eu un petit ami avec lequel elle a couché. Il n’a pas mis de préservatif et elle est tombée enceinte. Le garçon n’a pas voulu ou pu l’aider et elle n’a pas su ou ne pouvait pas demander d’aide aux adultes. Et bien sûr, il était totalement inimaginable pour elle d’interroger ses parents, et encore moins le voisinage. Le faire serait risquer de porter une marque indélébile jusqu’à la fin de sa vie. C’est cette volonté de rester anonyme qui l’a conduit dans cette petite chambre crasseuse et loin de tout. C’est aussi un message que je souhaitais adresser aux jeunes filles : si vous avez des rapports sexuels non protégés, vous risquez de vous retrouver dans la situation délicate que je montre dans le film.

Manifestation le 15 avril 2018 à Paris : pour que toute la vérité soit faite sur le naufrage du « Sewol » !

Le dimanche 15 avril 2018, à l’initiative d’un collectif de Coréens vivant en France, une manifestation aura lieu à partir de 16 heures* place de la République (*et non 15 heures comme annoncé dans un premier temps), à Paris, à l’occasion du quatrième anniversaire de la tragédie du « Sewol » – du nom du ferry sud-coréen qui a coulé le 16 avril 2014, faisant plus de 300 morts parmi ses 476 passagers – majoritairement des lycéens en voyage scolaire. Le Comité international pour les libertés démocratiques en Corée du Sud (CILD) appelle à participer à cette manifestation et à la relayer la plus largement possible, pour faire enfin éclater la vérité.

sewol_manifestation_paris_15-avril-2018

Outre l’ampleur de la tragédie, le naufrage du « Sewol » est symptomatique des maux de la société sud-coréenne : intervention inadéquate des secours qui aura sinon permis de sauver de nombreuses vies ; négligence coupable du propriétaire utilisant une législation lacunaire en matière de sécurité des passagers, dont la vie a été sacrifiée sur l’autel du profit ; manoeuvres dilatoires des autorités conservatrices sud-coréennes pour refuser de faire éclater la vérité (le propriétaire de fait du navire, le pasteur évangéliste Yoo Byung-eun, était un proche du parti au pouvoir, un artiste dont la renommée avait été créée de toutes pièces en France, et dont le nom était apparu dans le suicide collectif de membres de son église…) et – bien sûr – criminaliser les militants voulant comprendre ce qui s’est passé, et empêcher que de tels drames ne surviennent de nouveau.

La présidente Park Geun-hye, injoignable pendant de longues heures au moment des faits, a été depuis chassée par la rue et est aujourd’hui en prison – et la colère du peuple coréen après la gestion honteuse du naufrage du « Sewol » n’est pas étrangère à sa destitution pour corruption. Mais la connaissance de la vérité piétine, la réglementation n’évolue que timidement : il est plus que jamais urgent de poursuivre la mobilisation, pour les victimes, pour leurs familles, pour le peuple coréen.

A propos de l’objection de conscience en Corée du Sud : des témoignages vidéo d’Amnesty International

L’ONG Amnesty International mène campagne pour que la République de Corée (Corée du Sud) reconnaisse l’objection de conscience. Le Comité international pour les libertés démocratiques en Corée du Sud (CILD) soutient pleinement cette campagne, alors que la République de Corée détient le triste record du nombre d’objecteurs de conscience emprisonnés dans le monde, et que la nouvelle administration démocrate de Moon Jae-in ne semble pas devoir remettre en cause cette situation. Dans ce cadre, nous publions ci-après plusieurs vidéos mises en ligne en 2015 faisant le portrait d’objecteurs de conscience – dont Lee Yeda, qui a obtenu à ce titre l’asile politique en France (à l’instar d’autres de ses compatriotes qui ont ensuite obtenu de statut en France après lui).

Lee Yeda : https://www.youtube.com/watch?v=agAtrbRYKJY

Song In Ho : https://www.youtube.com/watch?v=fgpLtwYklcs

Yang Ji Woon : https://www.youtube.com/watch?v=b5qyprBMVIU

L’ancien président Lee Myung-bak auditionné dans plusieurs affaires de corruption

Dans notre édition du 12 novembre 2017, nous rendions compte du resserrement de l’étau judiciaire autour de l’ancien président (2008-2013) de la République de Corée Lee Myung-bak, ainsi que des membres de sa famille. Si l’audition par le Parquet de Séoul le 14 mars 2018 a porté sur les seules accusations de corruption, celles-ci pourraient également toucher à la pratique autoritaire du pouvoir par l’ancien chef de l’Etat – notamment son utilisation des services de renseignement.

lee-myung-bak_audience_corruption_14-mars-2018

Vingt heures d’audition attendues, 120 pages de questions pour une vingtaine de délits présumés : c’est bien l’ouverture d’un procès fleuve dont il s’agit, et dont les premières pages commencent seulement à être écrites – les poursuites ayant été sinon gelées, du moins retardées, pendant le mandat de la très autoritaire Park Geun-hye (2013-2017), aujourd’hui en prison pour corruption.

Le pardon présidentiel accordé en 2009 à l’ancien dirigeant de Samsung Lee Kun-hee, condamné pour évasion fiscale, a-t-il eu des contreparties, notamment un versement de 4,5 millions d’euros à Lee Myung-bak ? Cette question, si elle est centrale au regard des liens en tout genre qu’entretiennent le géant sud-coréen Samsung et les conservateurs, n’est pas la seule : l’ancien chef de l’Etat devra aussi répondre, entre autres, de versements qu’il aurait pu recevoir de Lee Pal-sung pour l’aider à prendre la direction du groupe Woori Financial, ou encore de possibles détournements de fonds d’une usine de pièces automobiles.