Prostitution près des bases américaines : la justice reconnaît la responsabilité de l’Etat sud-coréen

Si les gouvernements sud-coréens mettent en avant (et à juste titre) – quelle que soit leur orientation politique – la question des « femmes de réconfort » (esclaves sexuelles de l’armée japonaise, originaires de Corée et d’autres pays, avant et pendant la Seconde guerre mondiale), la question de l’encouragement des autorités sud-coréennes pour que des femmes sud-coréennes se prostituent pour les soldats américains reste un sujet encore largement tabou. La reconnaissance de la responsabilité de l’Etat sud-coréen, dans une décision rendue le 8 février 2018 par le juge Lee Beom-gyun de la 22e division (affaires civiles) de la Haute cour de Séoul, devrait enfin aider à faire bouger les lignes dans la reconnaissance d’une atteinte majeure à la dignité de la personne humaine, aux droits humains et aux droits des femmes.


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Les anciennes prostituées près des bases américaines ont tenu une conférence de presse devant le tribunal, après la décision rendue le 8 février 2018

La plainte collective avait été déposée en juin 2014, pour des faits dont les plus anciens remontaient aux années 1950.

La cour a reconnu que les autorités de la République de Corée avaient activement justifié ou encouragé la prostitution de citoyennes sud-coréennes dans les villes de garnisons des soldats américains, à la fois en tant qu’un « devoir patriotique » – pour renforcer l’alliance militaire entre les Etats-Unis et la Corée du Sud – et dans le but d’apporter des devises au pays. Par conséquent, la cour a jugé que « le gouvernement avait violé son obligation de de protéger les droits humains » des prostituées et ordonné la paiement d’indemnité aux 117 requérantes, à hauteur de 7 millions de won (soit 5 290 euros) pour 74 d’entre elles et 3 millions de won (soit 2 270 euros) pour les 43 autres plaignantes.

En effet, le gouvernement sud-coréen gérait les camps militaires et, dans ce cadre, a encouragé et justifié la prostitution de femmes coréennes pour le réconfort des soldats américains.

Toujours selon la cour, les dommages ont été non seulement psychologiques mais aussi physiques, du fait notamment d’un traitement inapproprié des maladies sexuellement transmissibles.

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« Les Jeux olympiques nous tuent » : la révolte des perdants des Jeux

Loin des paillettes et des caméras des Jeux olympiques de Pyeongchang, de nombreux Sud-Coréens, propriétaires d’enseignes dont l’activité saisonnière est liée aux sports d’hiver, exigent une compensation après avoir été ruinés : à la tête de l’association des entreprises de ski, Jong Cheon-lim a déployé une banderole en anglais soulignant que « Les Jeux olympiques nous tuent« . Reportage sur la face cachée des Jeux olympiques.

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Jong Cheon-lim, dont la boutique loue des skis, a perdu 80 % de son chiffre d’affaires, très concentré sur 5 mois de l’année : la fermeture aux touristes venus skier de nombreuses pistes découlant directement de l’organisation des Jeux olympiques a eu un effet catastrophique sur son activité, comme sur celle de ses collègues et concurrents, réunis pour souligner les conséquences économiques de l’événement sportif : 50 des 70 entreprises du secteur ont cessé leurs activités. Mais c’est plus largement toute une région (l’une des moins riches de Corée) qui est sinistrée économiquement : les restaurateurs et les hôteliers ont également vu partir leur clientèle, et l’espoir d’une reprise l’an prochain est faible – car la notoriété des Jeux en termes de flux touristiques futurs profitera essentiellement aux quelques sites les plus connus.

Les demandes d’indemnisation seront-elles entendues ?  Il est permis d’en douter, dans la mesure où les organisateurs des Jeux n’ont pas répondu à M. Jong et à ses collègues.

Les conséquences néfastes sur l’économie et la démocratie des Jeux olympiques ne sont propres aux Jeux de Pyeongchang. Comme l’a observé Jonny Colemann, cinq mécanismes sont à l’oeuvre : la création de multiples travailleurs pauvres, soumis à une exploitation accrue ; le détournement des ressources locales (avec à la clé une baisse des investissements publics répondant à des besoins de base des populations) vers les projets pharaoniques qu’exigent les organisateurs, nonobstant les conséquences à plus long terme de l’endettement public ; les déplacements forcés de populations ; les pouvoirs renforcés donnés aux forces de l’ordre ; la corruption au sein des organisations olympiques. Dès lors, il n’y a rien de surprenant à ce que l’attribution des Jeux olympiques à la République de Corée ait eu lieu alors qu’une junte militaire était au pouvoir (pour l’attribution des Jeux de Séoul, en 1988) ou que le pouvoir conservateur sud-coréen était engagé sur une voie autoritaire (pour l’attribution, en 2011, des Jeux de Pyeongchang).

Des centaines de milliers de Coréens défilent contre les conversions forcées

Le dimanche 28 janvier 2018, ils ont été 200 000 dans toute la République de Corée à manifester contre les conversions forcées – en mettant en exergue le cas dramatique de la jeune Ji In Gu, tuée par ses parents à l’âge de 25 ans, le 9 janvier 2018, à Gwangju, dans le Cheolla. Elle était devenue la figure iconique du combat contre les conversions religieuses forcées : en juillet 2016, elle avait lancé une pétition à la Présidente de la République (restée sans réponse) pour dénoncer ce qu’elle avait vécu – séquestrée pendant 44 jours par ses parents pour la forcer à se convertir à leur foi religieuse protestante.

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L’impunité des autorités vis-à-vis de certaines églises – protestantes évangéliques – pour pratiquer les conversions forcées est tout sauf accidentelle : les politiques sud-coréens ne veulent pas se mettre à dos les puissantes églises coréennes, lesquelles répondent que les conversions forcées n’existeraient pas mais relèveraient de  consultations menées avec l’accord des familles… et des victimes. De fait, les familles sont bien placées dans une situation de culpabilité, par des techniques de manipulation mentale, si leurs proches ne se convertissent pas.

L’exemple de Ji In Gu – une parmi les 1 000 victimes de conversions forcées – vient rappeler la nécessité du combat pour la liberté de croire ou de ne pas croire, conduit par l’Association des droits de l’homme pour les victimes de la conversion forcée : le Comité international pour les libertés démocratiques en Corée du Sud (CILD) appelle à mener ce combat, qui exige que l’opinion publique internationale sache enfin et que les gouvernements occidentaux cessent d’être complices par leur silence.

Les membres du CILD ont rendu hommage à Jean Salem

Le 14 janvier 2018, nous avions la tristesse d’apprendre et de faire savoir la disparition du Président du Comité international pour les libertés démocratiques en Corée du Sud (CILD), le philosophe et professeur des universités Jean Salem. Le 26 janvier 2018, les membres du CILD basés à Paris lui ont rendu hommage, lors d’une cérémonie où ont également pris la parole, entre autres, des représentants de l’Association d’amitié franco-coréenne, du Parti Révolutionnaire – COMMUNISTES et du collectif Polex.

Du matérialisme de Démocrite et d’Epicure au matérialisme dialectique, il y a une continuité dans la philosophie et dans l’action qu’a su exprimer Jean Salem dans ses engagements, notamment pour la cause coréenne, qui lui avait tant tenu à coeur depuis 2013. C’est ce qu’ont rappelé les participants du CILD lors d’une cérémonie d’hommage émouvante, le soir du 26 janvier 2018 à Paris, à laquelle ont également participé des militants progressistes sud-coréens engagés pour les droits de l’homme, et lors de laquelle ont alterné projections d’images et de vidéos et témoignages.

Femmes de réconfort, soutien aux familles des victimes du « Sewol », exigence de libérer les prisonniers politiques et syndicaux, abrogation de la loi de sécurité nationale : en cinq ans, Jean Salem avait été sur tous les fronts du combat pour les libertés démocratiques et les droits de l’homme en République de Corée (Corée du Sud). Un combat difficile, où trop souvent les militants du CILD ont dû se heurter à l’indifférence des grands médias, et à la complicité des gouvernements des pays occidentaux – France en tête –  avec le régime sud-coréen qui a multiplié les atteintes aux libertés publiques, jusqu’à ce qu’une révolution chasse du pouvoir la Présidente (désormais emprisonnée) Mme Park Geun-hye. Mais l’alternance politique ne signifie pas la libération des prisonniers politiques ni l’abrogation des lois anti-démocratiques, et le combat pour les libertés démocratiques en Corée du Sud doit se poursuivre et se poursuivra.

Forts de ton engagement, Jean, nous continuerons d’animer la flamme de la résistance, en Corée du Sud et partout dans le monde. Nous ne t’oublierons pas, Jean ! Puisse ton exemple continuer à inspirer les luttes du CILD.

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L’université chrétienne Handong sous le feu des critiques pour avoir sanctionné des étudiants et des professeurs à la suite de l’organisation d’un séminaire

Comme l’a indiqué le Korea Herald, le 8 décembre 2017, le club « Fleur sauvage » (créé pour promouvoir les droits des minorités sociales) de l’université protestante Handong organisait un séminaire consacré à l’égalité femmes-hommes et à la prostitution, en présence de Lim Ok-hee, professeure de littérature anglaise et présidente du Centre pour les études culturelles sur les femmes, ainsi que de deux militantes féministes, les soeurs Hong Seung-eun et Seong-hee. Peu après, cinq étudiants organisateurs de la rencontre (ou ayant diffusé l’annonce sur les réseaux sociaux) ont dû s’expliquer devant un comité d’orientation, tandis que deux enseignants ont fait l’objet, pour l’un d’eux (Na Youn-sook), d’une surveillance, et pour l’autre, d’un non-renouvellement de son contrat (Kim Dae-ok).

seminaire_egalite-des-sexes_universite-chretienne_coree                                                     L’affiche du séminaire

Officiellement, les décisions prises qui apparaissent comme des sanctions ont été liées à l’organisation du séminaire dans une période trop rapprochée des examens. Sauf que le comportement des autorités universitaires indique bien une forme plus pernicieuse de censure à l’encontre d’idées jugées déviantes : cinq heures avant la conférence il a été demandé – en vain – à ses organisateurs d’annuler la réunion. Puis le doyen en charge des affaires étudiantes a organisé une manifestation de protestation avec 20 étudiants qui ont fait leur les slogans suivants : Rejetons le féminisme qui encourage les comportements de promiscuité sexuelle et : Nous nous opposons au féminisme qui détruit l’ordre familial établi par Dieu.

Cette affaire révèle la nécessité de lutter contre les tentatives de certains groupes protestants d’imposer en Corée du Sud l’équivalent chrétien de la charia, en contradiction avec les lois nationales. Le combat contre l’intolérance religieuse et pour la laïcité doit plus que jamais être mené en République de Corée.

Jean Salem nous a quittés

Président du Comité d’initiative pour les libertés démocratiques en Corée du Sud, devenu le Comité international pour les libertés démocratiques en Corée du Sud (CILD), depuis sa fondation en 2015, le philosophe Jean Salem, professeur à l’Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne, nous a quittés le 14 janvier 2018 à l’âge de 65 ans, des suites d’une longue maladie. Le CILD rend hommage à un homme de combats, modeste et ouvert, d’une générosité rare, qui a jusqu’à la fin soutenu les luttes pour la démocratie en République de Corée. Son exemple doit continuer à nous inspirer.

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A l’instar de son père, Henri Alleg, qui s’était très tôt investi dans les mobilisations pour la réunification de la Corée et la démocratie au Sud de la péninsule, Jean Salem n’aimait pas se mettre en avant, jugeant que les causes justes exigent de dépasser les clivages et les luttes de chapelle : à cet égard, le séminaire « Marx au XXIe siècle : l’esprit et la lettre », qu’il avait animé à la Sorbonne depuis 2005, était un lieu irremplaçable d’échanges et de débats sur la philosophie de Marx aujourd’hui et les questions qu’elle suscite. C’est d’ailleurs dans le cadre de ce séminaire qu’il avait à plusieurs reprises donné la parole aux militants sud-coréens frappés par la répression, qui luttent pour les droits politiques et sociaux, à mille lieux des clichés qui veulent voir dans la République de Corée une démocratie dite libérale.

Ayant participé aux manifestations du 1er mai à Séoul, il avait pu témoigner de l’engagement de tout un peuple pour défendre des libertés démocratiques durement acquises dans la lutte contre la junte militaire, puis pour chasser du pouvoir la très autoritaire présidente Park Geun-hye. Quand les droits politiques des Sud-Coréens étaient sacrifiés sur l’autel des intérêts économiques et stratégiques des capitales occidentales, qui se taisant honteusement sur des atteintes systématiques aux droits de l’homme à Séoul, Jean Salem était toujours présent, rappelant l’indispensable solidarité qui doit s’établir avec les prisonniers politiques qui sont aujourd’hui toujours derrière les barreaux à Séoul.

Jean Salem était un homme fidèle à ses convictions, qui s’était engagé sans faiblir dans le combat encore largement ignoré pour les droits de l’homme en Corée du Sud. Le CILD continuera son oeuvre. Nous lui rendons hommage et présentons nos condoléances à sa famille, ses amis et ses camarades.

Les biens de Park Geun-hye menacés

Le 8 janvier 2018, le Parquet central du district de Séoul a indiqué avoir demandé une saisie temporaire d’actifs détenus par l’ancienne présidente Park Geun-hye, afin de permettre leur saisie en cas de condamnation.

Jour après jour, la justice s’évertue à démêler l’écheveau des affaires qui ont conduit à la destitution de l’ancienne chef de l’Etat. Le 4 janvier, les procureurs l’ont mise en examen concernant l’utilisation de 3,65 milliards de won (soit près de 2,9 millions d’euros) reçus de l’agence nationale de renseignement entre mai 2013 et juillet 2016. Cette somme aurait servi de caisse noire, dont l’existence aurait été tenue secrète sauf à un petit groupe de proches de la présidence pour des dépenses à caractère personnel (toilettes, vacances, entretien immobilier…).

Les actifs gelés de l’ancienne présidente étaient estimés à 3,73 milliards de won fin 2016, avant qu’elle ne doive engager d’importantes dépenses en frais d’avocat pour assurer sa défense : une vingtaine de chefs d’accusation pèsent sur Mme Park.