Le CILD a organisé une conférence sur les luttes des femmes pour leurs droits en Corée du Sud

À l’occasion de la Journée internationale des droits des femmes célébrée le 8 mars, le Comité international pour les libertés démocratiques en Corée du Sud (CILD) a organisé à Paris, le 3 mars 2017, une conférence sur les luttes des femmes pour leurs droits en Corée du Sud, avec les témoignages et interventions de Kim Jeong-hee, présidente de l’Association pour l’égalité femmes-hommes de la province de Cheongnam, présidente du comité préparatoire de Daejeon du Parti démocratique populaire (PDP), et de Han Hye-in, présidente du comité préparatoire des étudiants du PDP.

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Kim Jeong-hee et Han Hye-in

Mme Kim Jeong-hee a resitué le combat des femmes pour leurs droits en Corée du Sud dans les luttes politiques qu’elle mène au nom de son organisation, le PDP, ce qui l’a conduit à subir la répression des autorités sud-coréennes : elle-même a été condamnée à un an et demi de prison et son mari est toujours incarcéré comme prisonnier politique.

Elle a tout d’abord souligné les inégalités au travail que subissent les Sud-Coréennes, les différences de salaires entre les femmes et les hommes étant, en République de Corée, les plus importantes au sein des États membres de l’OCDE. En Corée du Sud, si on retient une base de 100 pour le salaire d’un homme disposant d’un emploi stable (travail à temps plein en CDI), la rémunération d’un homme travailleur précaire n’est que de 53 ; une femme disposant d’un emploi stable reçoit un salaire de 66, et de 33 si son emploi est précaire. Les femmes de plus de 40 ans sont particulièrement touchées par la précarisation de l’emploi, dans un contexte de net ralentissement économique en Corée du Sud.

Le harcèlement sexuel dans l’entreprise n’est en général pas dénoncé par les victimes, qui craignent de perdre leur emploi.

Les femmes subissent une triple peine, puisqu’elles doivent se consacrer à leurs activités professionnelles, à l’éducation de leurs enfants et aux tâches domestiques. Le réseau des équipements publics pour l’accueil des enfants s’avère très insuffisant en Corée du Sud, cette lacune n’étant que partiellement palliée par des établissements privés aux tarifs onéreux, ce qui génère des inégalités d’accès aux équipements collectifs. Les grands-parents sont ainsi de plus en plus sollicités par les parents.

Les violences faites aux femmes sont à la fois domestiques (130 femmes sud-coréennes sont violées chaque jour par leur mari ou leur compagnon) et liées à la situation politique de la Corée du Sud, qui en dix ans de présidence conservatrice a dérivé vers un régime autoritaire. Parmi les 42 prisonniers politiques que compte la Corée du Sud selon le PDP, 8 sont des militants du PDP, parmi lesquelles 4 femmes dont la situation personnelle témoigne de la violation de leurs droits civiques :

– Mme Kim Hye-young, maintenue en détention malgré un cancer de la thyroïde, a observé une grève de la faim pendant 20 jours en 2016, a été condamnée en appel en deux ans de prison ferme, malgré une campagne internationale de solidarité – à laquelle a notamment participé le CILD, par la publication de témoignages et l’organisation de manifestations publiques, tandis que des parlementaires français ont interpellé le gouvernement de Manuel Valls ;

– Mme Lee Mi-sook, condamnée à une peine de prison ferme, a été arrêtée en pleine nuit, les forces de l’ordre ayant procédé à son interpellation ayant menacé de faire usage d’armes de type Taser ;

– Mme Yang Go-eun, porte-parole du PDP, a fait une grève de la faim de 9 jours, en dénonçant notamment le recours à la vidéosurveillance ;

– Mme Han Jung-hye a fait l’objet d’une demande d’emprisonnement de 5 ans fermes par le procureur, avant que ne soit prononcée une peine d’une durée de trois fois inférieure, ce qui témoigne d’un acharnement exceptionnel des autorités sud-coréennes dans la répression politique, dans un contexte où les conservateurs au pouvoir font souffler plus que jamais « le vent du Nord » (c’est-à-dire de Corée du Nord) pour manipuler l’opinion publique nationale et internationale et remporter le prochain scrutin présidentiel, prévu au plus tard en décembre de cette année.

En conclusion, Mme Kim Jeong-hee a souligné que les femmes étaient au premier rang du combat politique et social en Corée.

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Mme Han Hye-in a traité la question de la précarité de l’emploi et du chômage des jeunes, qui touchent plus particulièrement les jeunes Coréennes. La République de Corée compte 1,8 million de chômeurs, dont 42 % sont des jeunes.

Selon les organisations politiques et syndicales progressistes, l’emploi précaire concerne, sous ses différentes formes, la moitié des travailleurs sud-coréens (qui représentent une population active de 26 millions de personnes). Après la crise économique de 1997, la Corée du Sud a libéralisé le code du travail pour faciliter le recours par les employeurs à des contrats précaires, lesquelles tendent aujourd’hui à devenir la norme pour une première embauche.

Le travail précaire affecte plus fortement les femmes compte tenu de la reproduction de schémas de pensée sexistes sur le lieu de travail : elles sont plus fréquemment affectées à des tâches subalternes, doivent subir des remarques discriminatoires et diverses formes de harcèlement moral. Par ailleurs, la mauvaise image des congés maternité par les employeurs conduit de nombreuses salariées à cesser leur activité professionnelle après la fin de leur congé maternité, ou à sacrifier une vie de famille aux impératifs professionnels en décidant de ne pas se marier ou de ne pas avoir d’enfants.

Beaucoup d’étudiants sont contraints de travailler pour payer leurs études : le coût des études restant à la charge des familles est estimé à 33 000 euros, depuis le début de la scolarité obligatoire jusqu’à l’achèvement des études. Le niveau élevé des frais d’inscription, thème majeur de mobilisation sociale en Corée, alourdit le coût des études universitaires, pratiquement généralisées en Corée, et conduit de nombreux étudiants à s’endetter. Des études conduites par les associations d’étudiants ont fait apparaître que, à la fin de la licence, 80 % des étudiants avaient dû travailler sur un emploi précaire pour financer leurs études.

En conclusion, Han Hye-in a mis en exergue la motivation des jeunes femmes à s’engager pour abattre des préjugés sociaux solidement ancrés et entretenus par le capitalisme national et international, en liant le combat pour l’émancipation des femmes et des travailleurs et la lutte pour l’indépendance nationale.

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Le large débat qui a suivi avec les participants, auquel ont également pris part d’autres jeunes militantes et militants du PDP présents à la conférence, a permis de rappeler l’engagement de membres du CILD, à l’occasion de déplacements en Corée du Sud, pour obtenir la libération des prisonniers politiques.

Tout en soulignant les analogies avec les luttes passées et présentes en France et dans le monde pour les droits des femmes, la discussion a également porté sur l’organisation des syndicats de travailleurs et la prise en compte des inégalités qui touchent plus particulièrement les jeunes travailleuses. A cet égard, les organisations syndicales coréennes restent encore peu mobilisées sur ces questions, en comparaison notamment avec les pays occidentaux.

Ont aussi été abordées les questions des très fortes limitations légales à l’interruption volontaire de grossesse (IVG) en République de Corée, ainsi que le niveau parmi les plus bas au monde de l’indice synthétique de fécondité (ISF) en Corée du Sud, qui fait ressortir le besoin d’une politique familiale de protection sociale dans la péninsule.

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