La liste noire ne concernait pas que les artistes

Un des traits les plus significatifs de la dérive autoritaire de la Présidente Park Geun-hye a été l’établissement d’une liste noire de milliers d’artistes qui ne devaient plus recevoir de subventions publiques compte tenu de leur positionnement politique (proche des démocrates ou des sociaux-démocrates, donc pro-Corée du Nord et crypto-communistes dans la grille de lecture des néoconservateurs sud-coréens). Alors que l’enquête judiciaire en cours a conduit à interroger Mo Chul-min, ambassadeur de la République de Corée en France (qui n’est toujours pas revenu en France plus d’un mois après son interrogatoire), puis à l’arrestation de Cho Yoon-sun, ministre de la Culture, du Sport et du Tourisme, de nouvelles révélations du quotidien Hankyoreh indiquent que les artistes n’étaient pas les seuls à figurer dans une liste noire, conforme au fichage de certaines populations dans les régimes dictatoriaux.

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Kim Ki-choon

La roche tarpéienne est décidément bien proche du Capitole : hier tout-puissant, l’ancien chef du personnel de la Présidence Kim Ki-choon est apparu menotté, sous escorte policière, pour être entendu par la police dans l’affaire de la « liste noire » : l’équipe d’enquête spéciale a établi que ce n’était pas seulement les personnalités du monde des arts et de la culture qui étaient « blacklistées », mais bien des milliers de citoyens (8000) et d’organisations (3000) appartenant à tous les secteurs de la société coréenne : travail, santé, emploi, éducation, finances… Les activités secrètes de la « Force de réaction rapide pour le financement du secteur privé » (Private Sector Organization Funding Task Force) irriguaient l’ensemble du cabinet présidentiel, sous les ordres de Mme Park Geun-hye elle-même qui avait appelé, entre autres, à une « renaissance culturelle » en extirpant les germes gauchistes du monde artistique…  Nous ne sommes plus très loin des attaques contre « l’art dégénéré » menées par les nazis.

Naturellement, étaient visés non pas des communistes (inexistants en Corée du Sud, où ils sont interdits d’expression) mais plutôt ceux qui avaient le malheur d’être proches du démocrate Moon Jae-in, candidat malheureux contre Mme Park à la présidentielle de 2012 (48 % des voix), ou encore de l’opposant Ahn Cheol-soo (27% pour son parti au scrutin de liste aux législatives de 2016), suivant des principes classiques d’épuration politique dans les régimes autoritaires : aucune liberté d’expression ne doit être donnée aux ennemis du Gouvernement, amalgamés avec une opposition radicale, même créée de toutes pièces pour les besoins de la répression politique (comme la pseudo « Organisation révolutionnaire« ).

Il est désormais temps que les néoconservateurs au pouvoir à Séoul quittent la place, pour permettre le retour à la démocratie et aux libertés politiques en Corée du Sud.

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