Derrière le naufrage solitaire d’une Présidente autoritaire

Plus la crise politique suscitée par les révélations de l’affaire Choi Soon-sil s’approfondit, plus le monde entier découvre, ébahi, la dérive solitaire d’une Présidente autoritaire : alors que Mme Choi, une chamane mystique et corrompue qui a été la Raspoutine de Mme Park Geun-hye pendant quarante ans, doit répondre de ses actes devant la justice après avoir tenté de s’échapper en Allemagne, la Présidente sud-coréenne multiplie les manoeuvres pour échapper à une démission qu’exige un nombre toujours croissant de Sud-Coréens en colère.

choi-soon-sil-et-park-geun-hyeCelle qui avait refusé d’accepter sa défaite aux législatives du 13 avril 2016 nommerait soudain un Premier ministre, Kim Byong-joon, issu de l’opposition, et s’apprêterait à lui laisser la conduite des affaires intérieures, elle-même se réservant la diplomatie et la défense ? La ficelle est énorme : non seulement l’opposition n’a en aucun cas été associée au choix du Premier ministre putatif (qui ne sera donc pas investi), mais le très opportuniste Kim Byong-joon sera l’obligé de Mme Park, qui pourra continuer de gouverner à sa guise – tout en conservant l’essentiel de ses attributions régaliennes.

La manoeuvre présente les apparences de la cohabitation à la française, mais les apparences seulement : un monarque ne cohabite pas avec les laquais qu’il nomme et répudie à sa guise.

Pur produit de la dictature sud-coréenne de son père, Mme Park Geun-hye en a hérité les méthodes et les principes. Sauf que ses déclarations récentes formulées dans l’espoir de se faire réélire indéfiniment (à l’instar de son dictateur de père), en tenant d’abroger la règle constitutionnelle de non-réélection immédiate du chef de l’Etat sortant, ont fait long feu, quand a éclaté la bombe du scandale Choi Soon-sil : les décisions du gouvernement et de l’administration disparaissaient derrière les visions d’un gourou qui, pour reprendre les termes d’un télégramme diplomatique américain révélé par WikiLeaks, contrôlait le corps et l’esprit de Mme Park Geun-hye. Et cette dernière prétendrait être apte à diriger les affaires étrangères et la défense de la douzième économie mondiale ?

Mme Park Geun-hye et sa clique ont interdit d’expression et emprisonné les opposants politiques et syndicaux dans le cadre de procès truqués, bâillonné les médias indépendants, censuré la création artistique : il est temps que la marionnette cesse ses pantomimes, maintenant que la marionnettiste a été mise hors d’état de nuire.

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