Au nom de l’antiterrorisme, Séoul veut donner les pleins pouvoirs policiers aux services de renseignement

Le 24 février 2016, la députée du parti Minjoo (opposition démocrate, centre-gauche) Eun Soo-mi a été l’auteure de la plus longue obstruction parlementaire de l’histoire du pays : 10 heures et 18 minutes, de 2h30 du matin à 12h48. l’origine de cette passe d’armes historique entre la majoritaire conservatrice autoritaire et l’opposition démocrate, viscéralement attachée aux libertés fondamentales ? Un projet de loi sur l’ « antiterrorisme« , qui vise à restreindre encore davantage les libertés publiques en donnant les pleins pouvoirs policiers à l’Agence nationale de renseignement (NIS), bras armé du régime autoritaire.

Au lendemain des attentats terroristes à Paris le 13 novembre 2015, les faucons au pouvoir à Séoul ont tenté d’accréditer la thèse d’une menace terroriste sur la Corée du Sud – en visant non pas les rares djihadistes sud-coréens mais bien sûr, encore et toujours, la République populaire démocratique de Corée (RPDC, Corée du Nord) – qui n’a pourtant jamais mené la moindre action terroriste au Sud de la Corée. Mais le NIS a évidemment annoncé avoir découvert de possibles attaques terroristes de la RPDC, sans être bien sûr en mesure d’apporter la moindre preuve à l’appui de ses allégations…

En refusant de définir le terrorisme conformément au droit international et au droit tout court, le projet de loi sur l’antiterrorisme a surtout comme objectif de mettre en pas toute opposition en donnant des pouvoirs exceptionnels, non limités dans le temps et l’espace, au sinistre NIS : celui-ci aurait désormais la capacité de surveiller tous les faits et gestes des personnes susceptibles (sic) d’actes terroristes, y compris dans le cadre de perquisitions, en pouvant édicter par ailleurs des interdictions de sortie du territoire. Une telle régression des libertés publiques a été menée de surcroît en dehors de tout consensus politique, révélant le peu de confiance des faucons sud-coréens à Séoul dans la solidité de leur propre pouvoir.

Le refus du projet de loi antiterroriste, qui ouvrira la porte aux mêmes abus que la loi de sécurité nationale vivement dénoncée par les défenseurs des droits de l’homme en Corée du Sud et dans le monde, doit désormais être la bataille principale des défenseurs des libertés dans le Sud de la péninsule coréenne.

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