Comment Park Geun-hye utilise l’antiterrorisme pour réprimer l’opposition

La présidente sud-coréenne Mme Park Geun-hye tente de tirer profit des attaques terroristes à Paris du 13 novembre 2015 pour accentuer la répression contre ses opposants.

Après avoir immédiatement affirmé que le terrorisme islamiste concerne aussi la République de Corée (Corée du Sud) – il est en effet avéré qu’au moins un djihadiste de l’Organisation Etat Islamique (OEI) est un Sud-Coréen – elle a très rapidement ciblé ses opposants politiques et syndicaux, bien plus nombreux et surtout beaucoup plus dangereux pour son régime – notamment au lendemain de la manifestation de 100.000 personnes organisées le 14 novembre dernier par la Confédération coréenne des syndicats (KCTU), sévèrement réprimée et ayant conduit à une descente de police d’une ampleur inouïe dans les locaux de la KCTU, dont le dirigeant doit désormais se cacher.

Franchissant un pas supplémentaire dans les restrictions aux libertés fondamentales, Mme Park Geun-hye a déclaré lors d’une réunion ministérielle qu’il fallait interdire aux manifestants de dissimuler leurs visages, en observant que des masques étaient utilisés par les combattants de l’OEI. Cette comparaison infâme entre ses opposants et l’OEI a entraîné une volée de bois verts de commentaires hostiles, notamment de la part d’Alastair Gale, chef du bureau de Séoul du Wall Street Journal. A l’heure où nous écrivons cet article, nous n’avons pas de nouvelles si Alastair Gale encourt une expulsion et une interdiction du territoire sud-coréen, comme le régime de Séoul en est devenu coutumier vis-à-vis de ses opposants étrangers, voire de journalistes qui ont commis le crime de l’avoir mis en cause.

Dans un article où il rappelé que la chef de l’Etat sud-coréenne était la fille de l’ancien dictateur Park Chung-hee et qu’elle encourait des critiques pour ses tendances autoritaires, voire fascistes, le magazine The Diplomat a observé que la Cour constitutionnelle sud-coréenne avait jugée contraire à la Constitution, en 2008, l’interdiction faite aux manifestants de porter des masques.

Malheureusement, la Cour constitutionnelle a montré depuis son alignement sur les positions gouvernementales les plus autoritaires, notamment dans l’interdiction du Parti progressiste unifié (PPU), principale formation de gauche, en décembre 2014, dans une décision contraire aux règles internationales prise par huit voix contre une, et qui a entraîné la formation de ce qui allait devenir le Comité international pour les libertés démocratiques en Corée du Sud (CILD).

En outre, alors que Mme Park Geun-hye est présente à Paris dans le cadre de la conférence sur le climat COP21, il y a en outre fort à parier que les autorités françaises se garderont une nouvelle fois d’évoquer la dérive autoritaire de la Corée du Sud, prenant ainsi implicitement position pour les bourreaux des autorités sud-coréennes contre leurs victimes, emprisonnées, poursuivies, interdites de droit ou de fait d’activités politiques pour le seul exercice de leur droit aux libertés d’expression et de réunion.

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