« Corée du Sud. Ci-gît la liberté d’opinion » (Lina Sankari, « L’Humanité »)

Alors que François Hollande arrivait en République de Corée (Corée du Sud), le quotidien L’Humanité a publié, le 4 novembre 2015, un article de Lina Sankari intitulé « Corée du Sud. Ci-gît la liberté d’opinion » dénonçant le silence des autorités françaises sur les atteintes de plus en plus graves aux droits de l’homme commises au Sud de la péninsule, alors qu’au contraire des initiatives ont été prises par plusieurs parlementaires et anciens parlementaires communistes français. Nous reproduisons ci-après l’article de Lina Sankari, qui fait non seulement référence au Comité international pour les libertés démocratiques en Corée du Sud, mais reprend aussi nos analyses et relaie nos combats. Alors, une question : jusqu’à quand, Monsieur le Président de la République, pourrez-vous prétendre que vous ne saviez pas ? Le CILD attend toujours une réponse à son courrier au chef de l’Etat  demandant la libération du militant des droits de l’homme Park Rae-gun.

François Hollande entame aujourd’hui une visite à Séoul pour lancer l’année croisée France-Corée. Demandera-t-il des comptes à son homologue sur la sévère répression qui frappe militants politiques et syndicaux ?

Il y aura d’un côté le faste et 
les célébrations, de l’autre, l’ombre des progressistes qui croupissent en prison. Un mois après le lancement de l’année croisée France-Corée qui marque le 130e  anniversaire de l’établissement des relations diplomatiques, le président Hollande se rend aujourd’hui en Corée du Sud. Selon l’Élysée, l’objectif de ce déplacement est de relancer le partenariat avec l’une des plus grandes économies numériques de la planète où la France réalise son quatrième excédent commercial global. Au cœur de la douzième puissance mondiale, qui reste un allié sans faille de Washington, le président français devrait évoquer la COP21 et la situation en Corée du Nord avec son homologue Park Geun-hye. Il y a, en revanche, fort à parier qu’il ne fera aucun cas du sort des militants politiques ou syndicaux qui subissent la répression du pouvoir.

Dictature et émergence des conglomérats

Park Geun-hye, qui se rêve en hybride coréen de Margaret Thatcher et Angela Merkel ou répond volontiers au surnom de « Dame de fer », semble déterminée à en finir avec l’opposition de gauche. Pour fêter le premier anniversaire de son accession à la Maison-Bleue, la présidence sud-coréenne, il y a un an, la fille de l’ancien dictateur Park Chung-hee a interdit le Parti progressiste unifié (coalition de patriotes de gauche, de communistes, de progressistes sociaux-démocrates et de syndicalistes) et déchu de leurs droits ses treize parlementaires. En décembre 2013 toujours, la police pénètre violemment dans les locaux du puissant syndicat KCTU, à la recherche d’adhérents de l’Union coréenne des chemins de fer contre lesquels l’exécutif a lancé un mandat d’arrêt. Le Syndicat des enseignants (KTU) est interdit le même mois. Si, pendant la campagne électorale, la présidente avait été obligée de présenter ses excuses aux opposants politiques, victimes du régime autoritaire de son père, elle semble aujourd’hui développer une certaine idée du capitalisme autoritaire en pourchassant les progressistes au nom d’une loi sur la sécurité… datée de 1948, élaborée sous la dictature. Cette dernière assume d’ailleurs l’héritage économique de son père qui ouvrit le pays aux exportations. Un essor qui justifia alors la dictature et favorisa l’émergence des conglomérats (chaebols).

Le secrétaire général de l’Alliance coréenne arrêté

Le 28 octobre, Kim Dae-bong, le secrétaire général de l’Alliance coréenne (émanation du Parti progressiste unifié), a ainsi été arrêté alors qu’il manifestait devant le centre de rétention de Séoul pour apporter son soutien à ses camarades détenus. Dans un appel adressé au ministre des Affaires étrangères Laurent Fabius, le sénateur communiste Michel Billout, l’eurodéputée Marie-Christine Vergiat et Francis Wurtz en sa qualité d’eurodéputé honoraire demandaient la libération immédiate des militants. « Plusieurs dizaines d’entre eux sont pourchassés, une quinzaine est retenue en détention depuis la fin de l’été, près de la capitale. Parmi eux, un député et une femme atteinte de cancer qui se voit refuser de suivre son traitement. Un mouvement de grève de la faim a été entamé par certains d’entre eux, pour protester contre leurs conditions de détention et les atteintes aux libertés. » Le Comité international pour les libertés démocratiques en Corée du Sud, animé par le philosophe Jean Salem et l’économiste Samir Amin, dénonce également les atteintes au droit fondamental et les conditions dans lesquelles le Parti progressiste unifié (PPU) a été interdit. « Il n’est reproché au PPU, et encore moins prouvé, aucun acte délictuel concret, mais seulement de développer des thèses de tendance socialiste, qui, de ce fait, seraient la preuve d’une obédience à la République populaire démocratique de Corée (Corée du Nord). » Un délit d’opinion qui, aux yeux du pouvoir sud-coréen, est justifié par le fait que le pays est techniquement toujours en guerre avec son voisin septentrional (la guerre de Corée a pris fin en 1953 avec un simple cessez-le-feu et non un traité d’armistice). On appréciera que toute idéologie progressiste soit associée à une marque de filiation idéologique avec le régime de Pyongyang.

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