« Les services secrets (sud-)coréens confrontés à de nouvelles allégations d’écoutes téléphoniques » (The Korea Herald)

Le 14 juillet 2015, un article de Jeong Hunny, du quotidien sud-coréen en langue anglaise The Korea Herald, a fait le point sur les nouvelles révélations quant aux pratiques des services secrets sud-coréens en matière d’écoutes téléphoniques. Nous donnons ci-après une traduction de cet article, qui emploie des termes prudents (« allégations » de liens avec des sociétés privées de piratage, pourtant attestées par les révélations de Wikileaks ; large implication des services de renseignement lors de l’élection présidentielle sud-coréenne de 2012, dont le plus haut responsable a ensuite été condamné pour ingérence flagrante de ses agents lors de ce scrutin) pour ne pas tomber sous le coup de la loi pénale sud-coréenne qui condamne sévèrement les médias diffusant des informations « fausses » ou « infondées »… surtout si elles sont défavorables au pouvoir. Fidèles à leur tactique habituelle, les services de renseignement sud-coréens, directement ou par l’intermédiaire de leurs défenseurs au sein du Parti Saenuri (conservateur, au pouvoir), nient les accusations dont ils sont l’objet autant que faire se peut, en reconnaissant certes leurs liens avec des hackers privés (l’information étant désormais avérée) mais en tendant de la minimiser – quant au nombre de victimes et en arguant qu’ils ne seraient pas les seuls à agir de la sorte… suivant une ligne de défense proprement ahurissante, à l’image d’un criminel qui trouverait une circonstance atténuante dans l’étendue de pratiques criminelles similaires aux siennes.

Le plus haut responsable du renseignement sud-coréen a nié mardi [14 juillet 2015] de nouvelles allégations selon lesquelles l’agence de renseignement du pays aurait illégalement mis sur écoute des citoyens avec l’aide d’un contractant italien.

Il a été rapporté que l’Agence nationale de renseignement (NIS) aurait placé des individus sur écoutes en utilisant un virus acheté auprès de Hacking Team, un fournisseur en technologies de surveillance basé à Milan. Ces allégations surviennent dans un contexte de méfiance publique croissante vis-à-vis de l’agence de renseignement, accusée d’ingérence dans l’élection présidentielle de 2012.

Le chef du NIS Lee Byung-ho a confirmé l’achat du virus, mais a nié l’avoir utilisé contre de simples citoyens, en ajoutant que le virus avait été employé pour surveiller « jusqu’à 20 espions nord-coréens », selon les parlementaires qui l’ont interrogé lors d’une audition parlementaire à huis clos mardi.

Le NIS a accepté d’apporter tous les moyens nécessaires aux députés d’opposition qui n’étaient pas convaincus par les explications de M. Lee, à un jour et à un moment « convenus », selon le député Shin Kyoung-min du principal parti d’opposition, l’Alliance de la nouvelle politique pour la démocratie. Shin a ajouté : « nous espérons que ce sera avant ce week-end ».

Le député du Parti Saenuri Lee Cheol-woo a observé que « le virus a été acheté par 35 gouvernements de par le monde et utilisé par 97 agences chargées du respect de la loi (…). L’information est devenue publique car Hacking Team a été elle-même piratée ».

Plus tôt mardi, le NIS avait été accusé d’avoir acquis un logiciel malveillant et de l’avoir utilisé pour pirater les smartphones d’au moins deux citoyens, restés anonymes. Ces rapports ont cité des enregistrements de courriers électroniques entre des agents présumés du NIS et Hacking Team.

Le NIS aurait acheté des smartphones Samsung, produits et utilisés en Corée, pour envoyer chaque année des échantillons à Hacking Team. L’entreprise italienne utilisait les téléphones pour apporter une assistance technique dans la configuration du virus pour infecter les téléphones et KakaoTalk, une application de messagerie populaire [en Corée].

Les enregistrements de conversations téléphoniques disponibles sur WikiLeaks affirment également que Hacking Team était en contact avec Nanatech, une entreprise sud-coréenne qui aurait été un sous-traitant du NIS, depuis au moins novembre 2010, suggérant ainsi que les écoutes téléphoniques illégales dureraient depuis des années.

Des parlementaires d’opposition ont exprimé leur écoeurement.

Jeon Jin-hoo, député du Parti de la justice (parti minoritaire d’opposition), a déclaré qu’ « il s’agit d’une accusation grave qui doit être examinée dans le cadre d’une commission d’enquête parlementaire ».

Kim Yung-rok, député et porte-parole du groupe parlementaire de l’Alliance de la nouvelle politique pour la démocratie (principal parti d’opposition), a déclaré que « les rapports des médias qui ont soulevé ces allégations apparaissent extrêmement crédibles, surtout après avoir vu les enregistrements de courriers électroniques cités dans les différents récits ».

Ces allégations interviennent dans un contexte de méfiance croissante de l’opinion publique envers l’agence nationale de renseignement.

Des responsables de haut rang du NIS ont été condamnés pour avoir conduit des campagnes de diffamation en ligne, dans les jours ayant précédé l’élection présidentielle de 2012, contre les candidats libéraux en lice contre la candidate conservatrice Mme Park Geun-hye.

Les autorités sud-coréennes ont découvert des preuves montrant que des agents du NIS avaient diffusé des rumeurs infondées contre les principaux candidats d’opposition Moon Jae-in et Ahn Cheol-soo, les accusant d’avoir des penchants pro-Corée du Nord.

Moon et Ahn ont fait campagne contre Park, Ahn ayant retiré sa candidature avant le scrutin.

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