Et maintenant, ils s’attaquent au Festival de Busan

Le Festival international du film de Busan (acronyme anglais : BIFF) est l’un des plus grands festivals de cinéma d’Asie, sinon du monde. Après avoir multiplié les initiatives pour mettre au pas l’opposition politique et syndicale ainsi que les journalistes, le pouvoir conservateur sud-coréen s’attaque désormais au milieu du cinéma, traditionnellement de sensibilité progressiste, dont la liberté d’expression gêne fâcheusement le régime de Mme Park Geun-hye. Il a décidé de cibler le célèbre Festival de Busan. En avril 2014, le naufrage d’un ferry, le « Sewol », a entraîné la mort de 304 passagers, en grande majorité des lycéens. La gestion de la catastrophe, la désinformation des médias (dans leur écrasante majorité conservateurs ou à capitaux publics) et les tentatives des conservateurs pour bloquer tout enquête indépendante ont soulevé la colère des familles des victimes et de l’opinion publique. C’est ce dont rend compte le film  The Truth Will Not Sink with Sewol, (« La vérité ne doit pas couler avec le Sewol »), co-réalisé par le journaliste Lee Sang-ho et le documentariste Ahn Hae-ryong, qui met sévèrement en cause les autorités sud-coréennes. Lee Yong-kwan a refusé de céder aux pressions du maire (conservateur) de Busan, Seo Byeong-soo, qui préside le BIFF, de retirer le film de la programmation du dernier festival en octobre 2014, en tirant argument de l’indépendance du BIFF et du refus de la censure. En rétorsion, la mairie de Séoul a ensuite cherché à pousser Lee Yong-kwan à la démission, en se fondant sur un soi-disant audit dont les autorités municipales n’ont pas présenté les résultats, tout en lançant une campagne d’information hostile sur le coût du BIFF, qui emploie de manière permanente 38 personnes et dont le budget s’élève à 11 millions de dollars (financé à hauteur de 50 % par la municipalité de Séoul). Le 26 janvier 2015, une douzaine d’organisations de l’industrie du cinéma sud-coréen ont publié un communiqué demandant que la mairie de Busan cesse d’exiger la démission de Lee Yong-kwan. Mais le bras-de-fer financier se poursuit pour faire plier le BIFF : lors du week-end du 1er mai, le Conseil du film coréen (acronyme anglais : KOFIC), financé par le gouvernement sud-coréen, a annoncé qu’il diminuait de 45 % sa subvention au BIFF (de 1,33 million de dollars à 732 500 dollars), en expliquant que le BIFF doit augmenter ses ressources propres. L’argument financier serait plus convaincant s’il n’apparaissait pas curieusement au moment d’attaques contre Lee Yong-kwan, et s’il se fondait sur des études sérieuses. En réalité, les conservateurs, par les positions qu’ils occupent (mairie de Busan, gouvernement), agissent de concert pour faire taire toute voie discordante. Plus que jamais, la solidarité doit s’organiser pour la liberté d’expression en Corée du Sud, aux côtés des professionnels coréens du cinéma qui ont dénoncé une nouvelle fois des manœuvres d’intimidation. Nous attendons des autorités françaises, qui co-organiseront à partir de septembre 2015 l’année croisée France-Corée (du Sud), qu’elles cessent leur silence complice contre les atteintes de plus en plus graves aux libertés publiques commises quotidiennement en Corée du Sud.

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